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Migraine au travail, quelles solutions ?

, par Léo Potier

Le mardi 21 juin 2022 se tenait la journée mondiale de solidarité pour la migraine. Encore peu reconnue et souvent mésestimée, la migraine est pourtant une pathologie répandue dans notre société : selon les chiffres de l’Inserm, environ 15% de la population mondiale est concernée, posant de réels problèmes dans leur vie personnelle et professionnelle. Analyse de ce phénomène avec Sabine Debremaeker, cofondatrice de l’association La Voix des Migraineux.

Quel est le rôle de La Voix des Migraineux ?

Avec trois autres patientes souffrant de migraines chroniques, nous avons fondé l’association La Voix des Migraineux en 2018, Le déclic m’est venu d’un constat sur les réseaux sociaux : les personnes atteintes de migraines étaient très souvent isolées, stigmatisées et largement sujettes à la désinformation, faisant d’elles des proies faciles de pseudos-praticiens mal avisés. Souffrant moi-même de migraine chronique depuis l’enfance, je connaissais leur tourment. Je pouvais avoir jusqu’à 25 jours consécutifs de crise en un même mois ! Avec tout le flou qui entoure cette pathologie, j’ai eu la volonté de tendre la main à ces personnes et de créer une entité capable de les aider, de les guider. Notre association compte aujourd’hui 29 membres et réponds à 3 maîtres-mots : reconnaître, informer, soutenir. Reconnaître la migraine comme une pathologie et un handicap réel. Informer les personnes atteintes des bonnes personnes et des bons traitements vers lesquels se tourner et les soutenir face à leurs difficultés en leur prodiguant conseils et écoute.

Quelles sont les conséquences de la migraine sur le travail des personnes concernées ? Qu’en est-il de la recherche d’emploi ?

Selon nos statistiques, 15% des personnes atteintes de migraines sont en incapacité d’avoir un emploi du fait de leur condition. On estime également qu’1 personne sur 4 aurait perdu des opportunités professionnelles à cause de leur état migraineux. En ce qui concerne la recherche d’emploi, le fait d’être migraineux est à double tranchant : soit l’employeur aura peur de votre handicap et préfèrera donc embaucher une personne ne souffrant pas de migraines, soit l’employeur minimisera votre état et vous traitera une fois en entreprise comme si vous n’aviez qu’une maladie bénigne. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut, dès votre entretien d’embauche, être le plus clair possible sur votre situation. Qui plus est, notre devoir à tous est d’arrêter de stigmatiser les personnes migraineuses en jugeant qu’elles sont un poids pour l’entreprise. Cette association d’idée est similaire au cas d’une femme enceinte et d’une personne souffrant d’un autre handicap, et s’apparente à de la discrimination. Elle est en théorie réprimée par la loi, mais en pratique difficile à prouver. Il y a donc en priorité un message de fond à transmettre. 

Selon vous, pourquoi la migraine n’est pas perçue en France comme une pathologie handicapante en tant que telle ?

La réponse est finalement la même pour tout phénomène souffrant d’un manque de reconnaissance : parce qu’ils sont la cible de préjugés et d’idées reçues tenaces.  « Ce n’est qu’un petit mal de tête », « ça va passer », « quand on veut, on peut », et bien sûr le fameux « ce n’est pas une réelle maladie ». Ajoutez à cela le fait que la migraine est encore mal connue du corps médical, très peu enseignée et étudiée. Cela fait de la migraine quelque chose de bénin aux yeux de l’opinion générale. La migraine figure pourtant parmi les maladies les plus invalidantes selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Sachant cela, seulement 1% des personnes souffrant de migraines en France sont reconnues comme étant invalides. Vous voyez bien le problème, il y a aussi un manque de volonté politique sur ce sujet, ce à quoi l’association porte véhément sa voix.

« Il n’existe à ce jour aucun remède capable de guérir complètement la migraine. »

Que faire pour soulager une crise migraineuse ? Existe t-il un traitement ?

Pour ce qui est d’apaiser une crise en elle-même, il est possible d’avoir recours à des triptans [ndlr : traitement à base de sérotonine prévu pour soulager des crises de migraine aïgue]. Seul bémol, ce remède est d’une efficacité variable et son utilisation est limitée à huit fois par mois. L’usage d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens (aspirine, ibuprofène, etc.) peut s’avérer efficace également, mais ceux-ci ont également leurs limites. En ce qui concerne le traitement de fond, il n’existe à ce jour aucun remède capable de guérir complètement la migraine. La plupart des traitements prescrits par les neurologues s’avèrent être des anti-dépresseurs ou des antileptiques, autrement dit des médications non adaptées possédant des effets secondaires. Il me parait tout de même important de mentionner l’existence des anti-CGRP, qui sont à l’heure actuelle l’une des rares substances dédiée au traitement de la migraine. Les anti-CGRP ne sont malheureusement pas encore couverts par la Sécurité sociale, alors même que leur efficacité est avérée, et ce sans effets secondaires très contraignants.

Que conseillez-vous à une personne souffrant de migraines en quête d’un emploi ? 

Si jamais vous estimez que votre état peut nuire à vos capacités de travail, le mieux est d’en informer votre employeur et la médecine du travail dès l’entretien, et dès votre arrivée en entreprise. L’idée est d’instaurer le plus tôt possible un environnement sain qui, d’une part, n’aggraverait pas votre état, et d’autre part, serait en mesure de vous porter assistance. La reconnaissance et le respect de vos collègues et supérieurs est également primordial, quitte à en référer à son employeur. Sachez qu’il vous est possible de faire une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) afin d’officialiser votre statut. Pour cela, n’hésitez pas à vous rapprocher de l’Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées (AGEFIPH) ou de notre association bien sûr ! Ces dernières pourront également aider et accompagner les personnes atteintes de migraines dans leur recherche de travail, en les représentant en cas de problèmes à l’embauche, en les conseillant sur l’attitude à adopter en entretien et en leur apprenant comment aborder la question de leur handicap.

 

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Léo Potier
Journaliste


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