Marché de l'emploi denis

Croissance : réelle hausse ou trompe-l’œil ?

, par Julie Tadduni

Il y a quelques jours, l’Insee annonçait une croissance de + 0,6 % au premier trimestre, après une stabilité au dernier trimestre 2014. Faut-il pour autant y voir des signes de reprise ? Le point avec Denis Jacquet, entrepreneur et fondateur de l’association Parrainer la Croissance (promotion  et accompagnement du développement de la croissance par celui des PME).

1 – L’Insee a annoncé un rebond de la croissance de 0,6 %, peut-on parler de reprise d’après vous ?
Ce chiffre a été essentiellement poussé par des facteurs que l’on ne maîtrise pas. La France, comme beaucoup d’autres pays, est très liée à la conjoncture mondiale, nous en avons donc récupéré quelques miettes qui n’en font pas une reprise, il faut être très prudent. Le plus inquiétant dans tout cela est que nous n’avons pas notre destin entre nos mains sur ce qui pourrait favoriser cette croissance. Cela fait pourtant des années que les politiques nous font croire qu’ils en ont la maîtrise.

2 – Comment s’explique ce chiffre ?
Il y a eu des prévisions contradictoires. Michel Sapin n’a pas voulu reproduire l’erreur de l’inversement de la courbe du chômage. C’est une précaution confirmée par une réalité. C’est donc extrêmement fragile, non maîtrisé et cela ne crée pas d’emplois. On ne peut pas dire qu’il y ait eu une reprise franche des investissements, ni que les gens se sont rués dans les magasins. Il s’agit des conséquences d’un pétrole faible compensé par un euro faible.  

3 – Que proposez-vous pour retrouver la maîtrise de la croissance du pays ?
Il faudrait se pencher sur le rôle de l’État, sur les missions qu’il doit assumer et sur celles qu’il doit en revanche abandonner au privé. Aucun gouvernement ne s’est intéressé à cela depuis trente ans. Il faudrait réaliser un grand processus de rupture, une sorte de vraie loi Macron et réduire le rôle de l’État au sein des collectivités publiques.
Je pense également qu’une application plus stricte des délais de paiement serait nécessaire. Les raccourcir, ne serait-ce que de dix jours, serait déterminant pour de nombreuses PME qui gagneraient en visibilité. C’est un point dont personne ne veut parler alors que cela permettrait d’entrer dans un phénomène vertueux que l’on a cassé. Les gouvernements successifs ne résonnent que Cac 40 alors que ce sont bel et bien les PME qui créent des richesses. Presque tous les pays européens ont des délais de paiement plus courts. Cette mesure ne coûterait rien et doperait les PME qui n’arrivent plus à assumer leurs besoins en fonds de roulement.
Il est également important de relâcher la pression fiscale sur les entreprises et les ménages si l’on veut encourager les dépenses.

4 – Quelles sont vos prévisions pour l’avenir ?
Ce début de croissance a de fortes chances d’être cassé par la présidentielle. Tout le monde se demande ce qu’il va se passer en 2017, il s’agit d’une des élections les plus incertaines depuis longtemps, donc cela va tout figer pendant six mois. Nous allons certes continuer à être portés par le monde, tirés par un certain nombre de facteurs, mais tant qu’il n’y aura pas une énorme croissance dans la zone Europe, il n’y aura pas de quoi crier victoire. Il suffit ne serait-ce que d’une bulle Internet qui explose pour avoir des conséquences désastreuses.

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Julie Tadduni
Journaliste Web et community manager pour Rebondir


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