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Jacques Cheminade contre “la mystique de l’équilibre budgétaire”

, par Aline Gérard

Jacques Cheminade, candidat pour Solidarité et Progrès à l’élection présidentielle, a été l’un des premiers à déposer ses parrainages devant le Conseil constitutionnel. Celui qui rêve d’un “monde sans la City ni Wall Street” et d’un crédit au service de la production, a répondu aux questions de la rédaction.

Quel bilan tirez-vous du mandat de Nicolas Sarkozy, notamment sur le front de l’emploi et sur celui de l’économie ?
Je crois qu’il est assez facile de conclure. Il a fait un excellent discours à Toulon le 25 septembre 2008, dans lequel il avait promis qu’il s’en prendrait aux excès du système financier international, des paradis fiscaux. Et puis pratiquement rien n’est venu dans les G20 parce qu’il n’a pas été un homme de caractère à la hauteur de ses engagements. Il n’a pas pu faire la politique qu’il aurait dû faire parce qu’il a cédé à la contrainte financière mondiale.

Vous êtes très dur vis-à-vis du système financier et du monde de la finance. Qu’est-ce que vous proposez ?
Je propose d’abord que l’on coupe “les banques en deux”. C’est-à-dire que pour faire sauter le verrou financier, on rétablisse une commission d’enquête parlementaire, que les banques soient contraintes de publier ce qu’elles ont dans leurs bilans (qu’elles ne veulent pas montrer) et que l’on mette d’un côté tout ce qui relève des activités d’affaires, et de l’autre ce qui relève de l’activité de dépôt et de crédit. On protège les activités de dépôt et de crédit, en revanche pour ce qui relève des activités d’affaires, si les banques sont dans une bonne situation tant mieux pour elles, si elle est mauvaise on ne les renfloue pas.

Si vous étiez élu, quelle serait votre première mesure pour relancer l’économie et l’emploi ?
Je dirais qu’il faut que l’on se donne les moyens du développement économique et de l’emploi, c’est-à-dire que l’on fasse du crédit productif public. Et que ce crédit productif public soit orienté par la création d’une grande banque publique d’investissement (ce que d’autres appellent un pôle financier public) qui inclurait entre autres les moyens actuels d’Oséo, avec un secteur spécialisé dans les PME-PMI innovantes. (…)
Il faut ajouter à cela, ce que d’autres ont dit et ce à quoi l’Europe s’oppose – mais là il faut s’imposer vis-à-vis de l’Europe -, c’est donner aux PME-PMI la possibilité de bénéficier du fameux droit d’un accès à 25 % à tout contrat confié à une instance gouvernementale. Dans cet ordre des choses, on devrait protéger les jeunes pousses de leurs concurrents étrangers des zones à bas salaires et du dumping social et recentrer le crédit impôt recherche sur les PME-PMI innovantes, qui sont celles qui en ont le plus besoin. Il y a eu détournement, là encore par le financier, pour élaborer des algorithmes et opérer sur les marchés. Il faudrait très rapidement prendre des mesures pour l’écarter. La production physique de biens devrait être favorisée.
Parallèlement à cela, je vais proposer une vraie TVA sociale, c’est-à-dire une TVA qui protège davantage des importations et qui permette de financer les dépenses sociales, l’augmentation du Smic pour avoir une production et une consommation qui croissent en même temps. Or, en Europe aujourd’hui, ce que l’on voit, c’est la mythologie ou la mystique de l’équilibre budgétaire. (…) C’est pourtant le crédit qui permet le développement d’une économie.

Il ne faut donc pas avoir peur de la dette ?
Non. Il y en a toute une partie qui est illégitime, les dettes de jeu doivent être réexaminées de près, on doit séparer la dette légitime de la dette illégitime, à l’échelle internationale d’ailleurs. Cela ne peut pas être fait à l’échelle d’un seul État. Dans beaucoup de pays, on a transféré de la dette privée dans de la dette publique, il y a encore de la dette privée, et ces dettes ne pourront jamais être remboursées. Il vaut mieux le constater vite et ne pas émettre de la monnaie de singe pour payer les dettes et permettre de continuer sans que la production n’augmente. C’est ce qu’on voit aux États-Unis.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux cadres et quelles mesures pouvez-vous leur annoncer ?
Ce qu’il faut arrêter pour les cadres, c’est toute cette souffrance au travail que l’on vue à France Telecom et que l’on voit maintenant à La Poste. Ce qu’il faut apporter, c’est une fidélisation entre le cadre et l’entreprise. Pour apporter cette fidélisation, je pense qu’il y a toute une série de mesures qui doivent garantir un emploi constant et préserver le cadre de ce harcèlement au travail que l’on voit beaucoup trop aujourd’hui. (…)
Il y a une très grande différence entre ceux qui ont fait de grandes écoles, HEC, Polytechnique, et les autres. Le problème, ce sont les autres, et comment on va assurer à ces autres d’avoir une solidité, une assurance dans l’emploi. Je ne sais pas… Cela passe par une expérimentation sur le contrat de travail unique, par le droit au reclassement régional en créant un véritable observatoire pour l’emploi dans chaque région qui puisse soutenir la politique des Pôles emploi et, pour l’entreprise, un système de bonus-malus en matière de licenciements. C’est tout à fait envisageable, mais je crois que toutes ces choses qui revêtissent une utilité certaine sont insuffisantes. Ce ne sont que des mesures de soutien à une politique beaucoup plus générale de création d’emplois qualifiés qu’il faut refaire et redévelopper.

Si vous n’êtes pas au second tour, quel candidat allez-vous soutenir ?
Nous sommes encore loin du second tour, je pense que je ne prendrai parti ni pour Nicolas Sarkozy, ni pour Marine Le Pen – si elle parvenait par malheur au second tour – ni pour François Bayrou, parce qu’ils sont tombés dans cette politique de rigueur budgétaire qui était le désastre des années 30. (…) Ce sont les politiques qu’ont poursuivies Brüning en Allemagne et Laval, en 1935 en France, et qui ont été désastreuses. On va moins loin mais exactement dans la même direction. Je ne pourrai donc pas me prononcer pour eux. (…) Vous me direz, il reste François Hollande ! Lorsqu’il déclare que le principal adversaire c’est le monde de la finance, je suis d’accord. Mais lorsqu’à Londres, il dit qu’il se montrera bienveillant et gentil et qu’il ne sera pas un danger, cela ne va plus. Il y a une très grande différence, pour moi, entre le monde de l’industrie, du travail industriel, la création réelle de richesses physiques, et le monde de la finance.

Vous êtes déçu de la position de François Hollande mais vous pourriez tout de même  appeler à voter pour lui ?
Voilà. Mais je n’accepterais certainement pas de responsabilité dans un gouvernement de François Hollande. Je pourrais être libre de critiquer de l’extérieur (je serais plus utile là d’ailleurs) et s’il faisait de bonnes choses qui me paraissent utiles, le faire connaître à l’extérieur, à l’international. Car quel que puisse être le chef d’État français élu, ce sera très difficile pour lui.

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Aline Gérard
Rédactrice en chef de Rebondir


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