Enquêtes Apprenti

Apprentissage : booster son employabilité grâce aux concours et au théâtre

, par Camille Boulate

Alors que François Hollande a annoncé en janvier faire de l’apprentissage l’une de ses priorités en matière de reprise d’emploi, coup de projecteur sur ces opérations qui entendent valoriser les apprentis et leur employabilité à long terme.

Atteindre les 500 000 apprentis en 2017, c’est l’objectif affiché du gouvernement. Et pourtant, depuis quatre ans, le nombre de jeunes passant par une formation en alternance est en baisse. Selon la Dares (dépendant du Ministère du Travail), en deux ans, le nombre de nouveaux contrats signés a ainsi chuté de 11 %, s’élevant à 265 000 fin 2014. Une baisse qui a perduré en 2015, avec une diminution du nombre d’apprentis d’environ 1,5 %. Pour Isabelle Muller, chargée de l’organisation du concours “Un des meilleurs apprentis de France” (MAF), si le nombre d’apprentis diminue, c’est notamment parce qu’il y a trop de contraintes légales pour les entreprises. “Elles ne peuvent responsabiliser les jeunes, même si certaines prérogatives rentrent dans leurs métiers de base. Par exemple, pour des questions de sécurité, dans le secteur du bâtiment, un jeune ne pourra monter seul sur une échelle”, détaille-t-elle. Dans ce contexte, difficile de convaincre les jeunes et leurs proches d’intégrer une formation par apprentissage, encore victime de certains clichés. “Certains qui participent au MAF doivent lutter contre leurs parents qui voulaient les envoyer vers des filières générales. Dans ces situations, avoir une médaille rassure les parents”, souligne Marie Strootsbants, chargée de communication au sein de la société Meilleurs ouvriers de France (MOF), chargée de l’organisation des MAF.

 

Concours MAF : approfondir ses connaissances

Le concours “Un des meilleurs apprentis de France” est fait, selon Isabelle Muller, pour valoriser le travail des jeunes en cours de formation mais aussi promouvoir l’apprentissage auprès du grand public notamment. Calqué sur le système des Meilleurs ouvriers de France, le concours MAF se déroule chaque année en trois étapes  -départementale, régionale et nationale- et balaye une centaine de métiers allant de la restauration (arts de la table, boulangerie, cuisine froide) au carreleur-mosaïste, en passant par le toilettage canin. “L’objectif est de montrer que l’on peut être fier d’exercer des métiers manuels et que ce n’est pas une voie de garage”, explique Marie Strootbants, chargée de communication au sein de la société MOF. Tous les ans, ce sont plus de 5 000 apprentis qui participent aux différentes épreuves et environ 300 qui sont distingués Meilleur Apprenti de France, devant des personnalités politiques et des chefs d’entreprise. Parmi eux, Adrien Beaugendre, primé en 2008 dans la catégorie zinguerie (technique de couverture).“C’était avant tout une façon d’approfondir mon travail, car cela nécessite un nombre d’heures conséquent pour préparer l’œuvre sur laquelle j’allais être jugé”, confie-t-il.

 

Un plus sur le CV

Une distinction qui a conduit le jeune homme de 25 ans, employé comme chef d’équipe en couverture dans une entreprise spécialisée dans la rénovation des toitures de monuments historiques, à passer le concours MOF en 2015, catégorie couverture. “Cela légitimise. Car quand on est jeune et que l’on gère des chantiers, avec sous ses ordres des personnes plus âgées que soi, on peut finalement vous prendre pour un rigolo”, souligne-t-il. Pour d’autres, le concours MAF aurait eu un véritable impact auprès des employeurs. À l’instar de Serge Rukwavu, distingué en 2011 dans la catégorie horlogerie. “La médaille MAF a fait que les employeurs ont porté une attention très particulière à mon profil. Il  y a des réponses que j’ai reçues grâce à ça. Et même si cela n’aboutissait pas, c’était souvent après un essai”, souligne-t-il. Pour autant, le titre de Meilleur Apprenti de France ne fait pas tout et ne remplace pas l’expérience à faire valoir auprès des employeurs. “Il y a une vraie modestie à avoir quand on devient MAF. On a un bout de tissu ‘bleu, blanc, rouge’ qui prouve des choses, mais c’est loin d’être tout : il nous reste beaucoup à apprendre”, estime Serge Rukwavu, aujourd’hui employé au service après-vente du Printemps du Louvre.

Valoriser l’apprentissage par le théâtre

D’autres opérations existent pour mettre en avant l’apprentissage mais aussi améliorer les compétences professionnelles des jeunes en entreprise. C’est l’objectif de l’opération ApprentiScènes, créée il y a dix ans. Cet événement francilien, qui a vocation à devenir national, propose une formation de douze heures aux apprentis durant lesquelles ils travaillent des axes d’amélioration voulus par l’entreprise qui les emploie (confiance en soi, expression, gestion du temps, organisation…) Loik Kumar, actuellement en première année BTS management des unités commerciales et employé d’un magasin Wurth dans le Val-d’Oise (95), participe à l’opération cette année pour “améliorer plusieurs axes comme la confiance en soi, l’expression et le travail en groupe”, détaille l’apprenti. Et selon la nouvelle étude effectuée par ApprentiScènes et la région Île-de-France, les employeurs indiquent percevoir le bénéfice des ces formations puisqu’ils sont 81 % à estimer qu’il y a une progression sur la confiance en soi, 70 % sur l’expression, 72 % sur le respect du cadre ou encore 74 % sur le travail en équipe. Pour Loik Kumar, l’aventure ApprentiScènes porte d’ores et déjà ses fruits, après seulement quelques sessions. “Notamment pour le travail en groupe, je vois tout de suite la différence. J’ai vraiment appris ce que c’était et je suis davantage à l’écoute des autres”, estime-t-il. Cet impact, son employeur, Céline Bedouet, le constate également, surtout vis-à-vis de la clientèle. “Avant, Loik n’osait pas proposer des produits aux clients de peur de ne pas leur proposer les bonnes choses. Aujourd’hui, il n’hésite pas à poser des questions pour s’adapter au mieux aux besoins du client. Dans la vie du magasin également, il est beaucoup plus proactif et est moins réticent à faire valoir ses idées, sur la mise en rayon par exemple”, analyse Céline Bedouet, gérante du magasin Wurth. De son côté, l’apprenti en est persuadé, participer à ApprentiScènes fera la différence sur le long terme auprès des employeurs. “Car on peut valoriser sur quels axes on a progressé”, confie-t-il.

 

Ibrahim Khalil : “C’est un investissement personnel important”

Ibrahim Khalil, en poste au sein du Café de l’homme (XVIe arrondissement) à Paris, a été distingué Meilleur apprenti de France pour la catégorie “Cuisine Froide”, en septembre 2015. Un concours qui, selon lui, nécessite passion et entraînement. Devenu Meilleur apprenti de France en septembre 2015, aux côtés de six autres jeunes, Ibrahim Khalil l’assure “pour faire ce concours, il faut être passionné”. Notamment parce que cela demande une préparation importante. Si la phase finale de son épreuve se déroulait en septembre dans les cuisines de son école (CFA Mederic, à Paris), Ibrahim Khalil a dû passer les étapes régionales et départementales. “On passe plusieurs fois devant le jury avec des sujets différents que l’on a à l’avance. Cela permet de nous entraîner en amont. Mais cela reste un investissement humain très important”, explique-t-il.
Une fois décroché, le titre de Meilleur Apprenti de France a été un véritable plus pour le jeune homme de 20 ans. Surtout, cela lui a permis de mieux appréhender son avenir professionnel. Car actuellement en troisième année de bac professionnel cuisine, Ibrahim Khalil souhaitait entrer immédiatement dans la vie active après son cursus scolaire. “Mais lors du concours MAF, les chefs m’ont conseillé plusieurs choses pour la suite. Je me suis donc dit qu’il était mieux de poursuivre sur un BTS Arts de la Table, dès la rentrée prochaine, toujours en alternance”, détaille-t-il. Et le fait d’être Meilleur apprenti de France serait aujourd’hui déjà un atout en plus pour le jeune homme.“Des restaurants m’ont déjà contacté pour travailler avec eux, mais pour l’instant, je leur ai précisé que je souhaitais continuer mon cursus scolaire. Mais pour la rentrée prochaine, j’ai déjà commencé à envoyer des CV et j’ai eu des réponses rapidement, dont quelques entretiens”, précise Ibrahim Khalil.

gplus-profile-picture

Camille Boulate


Sur le même thème


Réagir à cet article

Un système de modération est en place sur ce site. Votre commentaire sera en ligne après vérification.


*

* Champs obligatoires