Reconversion & Formation reconversion

Reconversion : de caméraman à chaudronnier

, par Marie Roques

Se jeter dans le grand bain de la reconversion n’est jamais une chose aisée. La motivation et la préparation restent des ingrédients indispensables, comme le montre le parcours d’Olivier Innait, passé du monde de l’image à celui de l’industrie.

 

Il l’avoue sans détour, chaudronnier n’était pas sa vocation première. Pourtant, Olivier Innait s’y accompli aujourd’hui parfaitement. Au moment où il amorce sa reconversion, le jeune homme, âgé aujourd’hui de 37 ans, mène plusieurs métiers de front. Tous, selon lui, auront une importance dans la réussite de sa nouvelle vie. “J’ai une formation de chef opérateur cameraman et j’ai longtemps travaillé à mon compte en tant qu’intermittent du spectacle et en auto-entrepreneur”, explique-t-il. Or, pour financer ses études, Olivier Innait doit contracter un emprunt bancaire. Il commence alors un contrat de 20 heures au sein de l’enseigne Décathlon. Un poste qu’il a gardé plusieurs années ce qui lui a ainsi permis de gravir les échelons. “Je suis passé technicien SAV, et je me suis rendu compte que j’assumais des responsabilités d’un 35 heures sur 20 heures”, lance-t-il. C’est alors qu’il passe, en candidat libre, une Validation des acquis de l’expérience (VAE) pour obtenir un CQP cycle, vente et réparation atelier.

 

Grand Saut

Dans le même temps, son métier d’origine de cadreur-monteur et JRI, semble de plus en plus difficile à exercer. “Les entreprises pour lesquelles je travaillais me demandaient d’assumer de plus en plus de choses, il fallait être compétent sur plusieurs métiers en même temps, c’était devenu très compliqué car cela engendrait beaucoup de stress”, assure-t-il. À cette période, Olivier Innait a déjà en tête son projet de reconversion. “À un moment donné, je me suis posé les bonnes questions, à savoir : qu’est-ce que tu sais faire ? Qu’as-tu envie de faire et dans quelle direction souhaites-tu aller ?”, énumère-t-il. Il avoue ainsi avoir toujours été intéressé par la mécanique et qu’il aurait aimé faire un BEP. Mais à l’époque on le pousse plutôt à continuer des études générales, à suivre un Deug cinéma, audiovisuel, art du spectacle à l’université de Paris-Saint Denis. Il intègre ensuite une école supérieure de communication visuelle spécialisée dans l’image et la réalisation.

“Après plusieurs années, je me suis rendu compte que le secteur était vraiment bouché et qu’il fallait que je change de cap”. C’est alors qu’il entame une formation en chaudronnerie au sein de l’Afpa par le biais d’un Congé individuel de formation (CIF). Un grand saut d’un univers à un autre qu’il assure avoir mûrement réfléchi. “Avant de me lancer, j’ai rencontré plusieurs entreprises de chaudronnerie-métallerie alors que je n’étais pas encore en formation, témoigne-t-il. Il est important de voir comment les choses se déroulent sur place. Il fallait, en premier lieu que je sache tout simplement si le métier me plaisait.”

Son succès est dû, selon lui, aux bonnes conditions dans lesquelles s’est déroulée sa formation. Son salaire était pris en charge à 100 %. “Cela m’a permis d’apprendre un nouveau métier et de me former neuf mois en étant concentré et serein pour obtenir le titre professionnel de chaudronnier (niveau IV délivré par le ministère du Travail, Ndlr.)”

 

Varier les plaisirs

Si Olivier Innait a choisi cette voie, ce n’est pas totalement par hasard. Il savait que la plupart des métiers autour de la chaudronnerie étaient en tension. Résultat, aussitôt sorti de sa formation, il n’a eu aucun mal à trouver du travail. “Au bout de trois semaines j’ai trouvé un emploi chez Escal PVI. J’ai ainsi eu l’occasion de travailler pour des entreprises comme Air France ou encore Renault. Nous fabriquions des pièces en très petits séries, de l’adaptation d’accessoires.” Cette première expérience lui donne aussi l’occasion de travailler sur de grosses structures comme par exemple un système de rangement pour l’Opéra Bastille. “Un meuble gigantesque”, s’enthousiasme-t-il. Et c’est notamment cette variété qui lui plaît dans sa nouvelle activité. Sachant que l’objectif d’Olivier Innait est, à terme, de créer sa propre entreprise de chaudronnerie d’ici trois ans, le temps de monter suffisamment en compétences.

Quand on lui demande si ses études universitaires l’ont aidé dans sa reconversion, il assure que oui. “Les études supérieures m’ont apporté des compétences transférables dans la communication, par exemple. Mais le maniement de la caméra m’a aussi apporté, sans que je ne m’en rende compte, des compétences manuelles.” C’est d’ailleurs cette alliance “tête-main”, comme il l’exprime lui-même, qui l’intéresse. Réfléchir et ensuite mettre en application.

Quand il se retourne sur son parcours, Olivier Innait est satisfait. Il conseille cependant de ne pas hésiter à réaliser un bilan de compétences. “Si j’en avais fait un, j’aurais gagné du temps”, assure-t-il. La clé d’un projet de reconversion réussi réside également, selon lui, dans la qualité de l’accompagnement dont on peut bénéficier. “Rester dans le réel en étant en contact avec les entreprises, participer à des journées découvertes avant même de commencer la formation est aussi très important,” conclut-il.
 
 

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Marie Roques
Journaliste pour Rebondir


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