Les enjeux de la formation continue

, par La Rédaction

En quoi la formation continue est-elle si importante ? Le système est-il assez lisible ? Voici quelques-unes des questions que nous avons posées aux spécialistes venus le 19 mai dernier débattre dans les locaux de Rebondir.

L’époque où l’on entrait dans une entreprise à 25 ou 30 ans pour en sortir à l’âge de la retraite est révolue. Dans un monde du travail mouvant, la formation continue joue un rôle d’autant plus crucial.
“Le point le plus important pour une entreprise, au-delà de se doter [de] moyens pour développer ses compétences, c’est bien sûr de conserver ses salariés, c’est de les fidéliser et de les faire grandir”, souligne Jean-Mary Marie, DRH du Groupe Mr Bricolage. Les moyens consacrés par les entreprises à la formation continue ne concernent toutefois pas uniquement les personnes en poste, mais aussi les demandeurs d’emploi. Depuis la loi de 2009, les Opca (Organismes paritaires collecteurs agréés), par l’intermédiaire du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels, interviennent également sur ce volet. “Jusqu’alors, on ne s’adressait qu’aux salariés d’entreprises, donc tous ceux qui avaient quitté leur emploi étaient laissés pour compte”, indique Simone Fest, responsable des programmes Inter et Intra PME d’Advancia-Negocia.
“Nous avons en France le dispositif de formation continue le plus complet au monde”, souligne Jean-Michel Pottier, président de la commission Formation et Éducation de la CGPME. Yves Hinnekint, directeur d’Opcalia, approuve mais ajoute : “L’un des plus complets et parfois l’un des plus complexes !”
 

 

Des inégalités qui perdurent
Il peut effectivement être difficile pour les entreprises de s’y retrouver, surtout pour les PME. Les salariés des plus petites structures sont également confrontés à d’autres difficultés, à commencer par le manque de temps. “Quand vous avez une entreprise avec quatre salariés et que l’un s’absente, cela fait 25 % de l’effectif, insiste Gérard Brochoire, directeur de l’INBP (Institut national de la boulangerie pâtisserie). Au sein de l’entreprise, il n’y a pas forcément de plan de carrière. Si je prends l’exemple de la boulangerie-pâtisserie, l’évolution c’est de s’installer à son compte. Mais pour un chef d’entreprise, cela signifie qu’un salarié va le quitter”.
Si les dirigeants sont parfois perdus dans la multitude d’offres et d’acteurs de la formation continue, c’est encore plus obscure pour les salariés, notamment parmi les moins qualifiés.
“L’appétence à la formation est plus forte quand on a un bon niveau”, commente Laurence Pottier-Caudron, fondatrice du réseau d’agences d’emploi Temporis. L’IAE de Paris (Institut d’administration des entreprises) par exemple, qui se situe essentiellement sur des niveaux master et doctorat, accueille des gens qui comme l’explique Christine Pochet, sa directrice, viennent chercher “une actualisation de leurs connaissances, la reconnaissance, via le diplôme, d’un niveau de qualification” mais aussi “des outils conceptuels pour prendre un peu de recul par rapport à leurs pratiques professionnelles”.
La crise a pourtant conduit d’autres profils à se pencher sur cette question, comme le note Pascal Cordon, responsable du Service Conseil du Fongecif Île-de-France :“Auparavant, (…) on ne voyait que très peu les publics de bas niveaux de qualification. Avec la crise, ces gens là ont été en difficulté et se sont réveillés”. Cependant, “on constate qu’ils sont complètement démunis”.
Emmanuel Saunois, directeur de l’Association intercommunale des Blagis, membre du réseau des APP (Ateliers de pédagogie personnalisée), ajoute : “Aujourd’hui, notre gros problème sur le terrain, ce sont les compétences de base, les compétences clés”. En ce qui concerne l’illettrisme, “les gens sont très durs à repérer, ils ne vont pas dire à leur employeur : ‘Je ne sais pas lire, je ne sais pas écrire’”. Surtout lorsqu’ils occupent des fonctions d’encadrement.
 
Pourquoi si peu de lisibilité ?
Si la complexité du système français en matière de formation continue ne fait aucun doute, Guillaume Allais, président du Groupe Anveol, interroge : “Comment optimiser l’ensemble pour vraiment arriver à quelque chose tant pour les personnes que pour les entreprises ?”
La loi de 2009 aurait pu apporter les réponses à cette question, mais n’y est pas réellement parvenue. Pour Jean-Michel Pottier qui a participé aux négociations débouchant sur l’Accord national interprofessionnel (Ani) du 7 janvier 2009, “la complexité vient de la commande” faite par le gouvernement. “Face à cette complexité, il y a quand même une réponse, c’est les Opca !”, nuance-t-il. Leur regroupement doit en effet permettre “une action de proximité en matière de conseil et d’assistance”.
 
Faire le lien entre emploi et formation
Outre cet aspect, le cœur du problème réside aussi dans le désir de formation. Comme le remarque Dominique Viard, directeur adjoint à la formation professionnelle du Groupe ESSCA, les salariés doivent de plus en plus s’impliquer dans leur évolution et prendre en main leur formation professionnelle.
“Aujourd’hui, en 2011, si l’on compare par rapport à ce qui s’est passé il y a dix ans, vingt ans, il y a une explosion du désir de la formation”, se réjouit Georges Nikakis, directeur délégué au sein d’EML (EM Lyon Business School).
“Au total, 40 % environ des salariés français se forment chaque année. Évidemment, c’est une moyenne”, indique Jean-Michel Pottier, qui pointe toutefois le manque d’intérêt de certains salariés des TPE et PME pour la formation. Pour Jean-Marie Filloque, président de la Conférence des directeurs de service universitaire de formation continue, “il faudrait que dans notre système éducatif, les gens soient préparés à ce que leur formation initiale ne soit pas définitive”.
Toutefois, même lorsque l’on a intériorisé l’importance de la formation tout au long de la vie, il est parfois compliqué, quel que soit son niveau de diplôme initial, de savoir laquelle choisir. C’est pourquoi, “tant qu’on ne fera pas un lien entre formation et emploi, on n’y arrivera pas, insiste Simone Fest. Là dessus, je crois qu’il y a une défaillance en général du management”. Le manager dispose pourtant d’un certain nombre d’outils comme l’entretien professionnel annuel pour faire le point sur les compétences du salarié et sur celles dont il a besoin pour s’adapter ou évoluer.“L’appétence à la formation continue viendra de l’exemplarité qui sera faite par l’encadrement”, confirme Gérard Rodach, du cabinet Dalett.
 
Redonner le goût de la formation
Christine Audibert-Leteneur, chef de département Emploi et Mutations économiques au sein d’Agefos-PME, souligne les problèmes rencontrés par un certain nombre de personnes peu diplômées (jusqu’au niveau V) : “Ce sont des gens qui ont peur de retourner à l’école !”
“L’un des blocages pour beaucoup d’adultes, c’est le retour à des situations d’échec,acquiesce Gilles Schildknecht, directeur national délégué à la formation au Cnam. Il y a la peur de ne pas réussir, d’être jugé par leur famille, leurs enfants”. La formation doit alors se faire plus pragmatique, pour éviter de retrouver les sensations connues sur les bancs de l’école. Si elle n’est qu’un outil et non la réponse à tous les maux, elle redonne à certains une “dignité”. Car au-delà des compétences acquises, aux yeux de Catherine Hellio, responsable des programmes Formation continue d’Audencia, “le premier des bénéfices, c’est l’évolution personnelle des individus, c’est l’immense développement de prise de confiance en soi. Parce qu’on a passé une étape supérieure, parce qu’on a un diplôme nouveau, parce qu’on a partagé avec des pairs, on s’est remis en question, mis en danger et on a réussi !”   

 

 

Ils étaient présents au débat

– Laurence Pottier-Caudron, Temporis

– Christine Pochet, IAE Paris

– Georges Nikakis, EML / EM Lyon Business School

– Gérard Rodach, Dalett

– Jean-Michel Pottier, CGPME

– Christine Audibert-Leteneur, Agefos-PME

– Pascal Cordon, Fongecif Île-de-France

– Yves Hinnekint, Opcalia

– Gérard Brochoire, INBP

– Dominique Viard, ESSCA

– Frédéric Marchal, CSP Formation

– Gilles Schildknecht, Cnam

– Jean-Marie Filloque, Formation continue universitaire

– Emmanuel Saunois, Association intercommunale des Blagis

– Julie Bonnafoux, APAPP

– Simone Fest, Advancia-Negocia

– Catherine Hellio, Audencia

– Jean-Mary Marie, Groupe Mr Bricolage

– Guillaume Allais, Groupe Anveol

– Valérie Graylen, Groupe Anveol

La Rédaction


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