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Où se cachent les offres d’emploi ?

, par Innocentia Agbe

Vous êtes en recherche d’emploi et un peu perdu sur cette question cruciale : où sont les offres ? Petites annonces sur Internet, forums, réseaux sociaux professionnels…, les canaux se sont multipliés et les chances de ne pas s’y retrouver aussi. Cependant, comprendre comment fonctionne le marché vous permettra de vous y retrouver.

Fin septembre 2015, de nombreux journaux titraient sur le lancement officiel des contrôles renforcés des chômeurs par Pôle emploi. Alors que les défenseurs de cette mesure y voyaient une chance pour les demandeurs d’emploi de bénéficier de davantage de suivi, d’autres l’ont interprétée comme une stigmatisation. Car il peut être difficile de s’entendre dire à longueur de journée que des centaines de milliers d’offres restent non pourvues alors que le nombre de chômeurs explose. En somme qu’il y a du travail en France pour qui veut bien le voir, quand on a le sentiment d’avoir déjà cherché partout. Car la réalité est que la situation est complexe. Entre le marché caché ou les annonces trop exigeantes, il n’est pas facile de trouver l’opportunité qui convient à son profil. Mais mieux comprendre le système permet d’augmenter ses chances.

 

Gare à l’autocensure

Le canal le plus utilisé pour trouver un emploi est celui des annonces par affichage, presse et surtout aujourd’hui via Internet (par exemple Pôle emploi et les sites Web dédiés). C’est sûrement aussi votre principale source, puisque 8 chercheurs d’emplois sur 10 étudient les annonces*. Pourtant, une enquête du CEE (Centre d’études de l’emploi) rappelle que moins de 7 % des salariés ont finalement trouvé leur emploi actuel par le biais d’une annonce. Plusieurs freins expliquent cette situation. Il y en a peut-être un qui vous concerne. En premier lieu, le CEE parle “d’auto-sélection”. “La difficile maîtrise des codes de l’écrit et de l’outil numérique peut conduire à une auto-sélection des individus de nationalité étrangère à la naissance, des seniors et des personnes non diplômées qui lisent moins les annonces que les autres.” Dans ce cas, un accompagnement peut vraiment permettre de dépasser cette barrière, comme l’explique Vincent Godebout, délégué général de l’association Solidarités nouvelles face au chômage. “Certains profils sont plus touchés par cette difficulté comme les personnes peu qualifiées, en zones rurales, et les seniors. C’est pour cela que nous avons créé des ateliers dans certaines villes, pour les aider à se positionner.”

 

Maîtriser les codes

En effet, si un grand nombre de demandeurs d’emploi étudient les annonces, au final, près d’un sur deux n’y répond pas par autocensure. “Les exigences en matière de diplôme et d’expérience peuvent engendrer une auto-selection de ceux qui ne s’y conforment pas et qui répondent moins que les autres aux annonces qu’ils étudient”, explique le CEE. D’autant plus que les recruteurs ont tendance à être plus exigeants quand ils postent une annonce. “Le diplôme est un critère standard très mobilisé dans la sélection des candidatures reçues”, remarque ainsi le CEE. Alors que sans avoir le diplôme précis, certaines personnes ont quand même les compétences adéquates. “Ces exigences peuvent freiner même ceux qui ont de l’expérience dans le métier recherché”, constate Vincent Godebout. Ainsi, les annonces sont plus efficaces pour les diplômés. Cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter d’y répondre, mais plutôt apprendre à maximiser ses chances. “Parfois, les demandeurs d’emploi ne savent pas qu’il faut utiliser certains mots clés pour que leur candidature passe à travers les algorithmes (les robots qui trient les candidatures dans les bases de données en fonction des mots utilisés, ndlr). Ils ne maîtrisent pas les codes.” Ainsi certaines associations, comme Solidarités nouvelles face au chômage, forment aussi à cette problématique.

 

La difficulté du marché caché

Mais la bonne stratégie semble être de multiplier les types de démarches, en allant aussi à la rencontre des entreprises lors des forums d’emploi. Elles publient en général en avance les offres qui seront à pourvoir sur le site Internet de l’événement. “Il est intéressant d’essayer de forcer les portes, d’entrer en contact avec les recruteurs lors des forums d’emploi ou d’autres manifestations qui concernent le secteur visé comme des cocktails, des salons…”, illustre Vincent Godebout. Il admet que l’exercice n’est pas forcément simple. Mais cela vous permet de dépasser le seul critère du diplôme pour vous vendre. Ce sont aussi des moyens efficaces pour partir à l’assaut du marché caché. Il s’agit des entreprises qui recrutent mais ne diffusent pas d’annonce. Il n’y a pas de chiffres officiels sur ce phénomène, mais il est de notoriété publique qu’il est très important en France.  “Je pense qu’il représente au moins 60 % des offres”, estime Julien Dauzats, chargé de mission projets emploi et formation au sein de la CGPME (Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises).

 

Le pouvoir des branches professionnelles

Cette réalité concerne en particulier les petites et moyennes entreprises (PME/TPE) or ce sont les principales pourvoyeuses d’emplois. “Il y a beaucoup d’offres dans ce type de structures mais les patrons ne savent pas forcément vers qui s’orienter pour les rendre publiques. Avant ils les diffusaient par la presse écrite mais maintenant que le système est devenu virtuel, c’est plus difficile de s’y retrouver. Du coup, ces chefs d’entreprise passent par notre biais, leur réseau personnel, des connaissances ou encore les personnes dans l’entourage proche de l’entreprise.” Ainsi, Julien Dauzats conseille aux demandeurs d’emploi de ne pas hésiter à se rapprocher des confédérations comme la sienne ou des branches professionnelles qui regroupent des entreprises du même secteur. Ces structures publient parfois des annonces d’emploi. Et il y a encore d’autres façons d’atteindre le marché caché.

 

La mix-candidature

“La candidature spontanée est une démarche intéressante”, illustre Julien Dauzats. Un point de vue partagé par le délégué général de l’association Solidarités nouvelles face au chômage. “Cela permet une démonstration de motivation. L’entreprise se sent ciblée. Je crois que cela augmente d’autant les chances du candidat.” Il est également convaincu que les entreprises mettent vraiment de côté les candidatures qui les intéressent même si elles n’ont pas d’opportunité à offrir dans l’immédiat. Pour cibler les recruteurs, il conseille aussi d’aller sur les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn ou Viadeo. “La candidature via les réseaux sociaux en ciblant les personnes en poste, cela peut aussi fonctionner.” En effet, vous pouvez par ce biais envoyer vos CV et lettre de motivation à un responsable de service, même s’il ne s’agit pas directement d’un DRH ou lui écrire pour lui demander des conseils. Pensez aussi à travailler votre réseau, c’est-à-dire à parler de votre recherche autour de vous. “Nous devons changer de regard sur les chercheurs d’emploi. Ces derniers ne devraient pas avoir honte de le dire”, insiste Vincent Godebout. Encore une fois, ne vous auto-censurez pas, car vous ne savez jamais de qui pourrait venir une opportunité. Pour conclure, Vincent Godebout rappelle qu’il n’y a pas de méthode idéale pour trouver les offres. Cependant, il est convaincu que nous sommes “dans une situation de mix-candidature avec une dose de réseau social, une autre de rencontres humaines, de candidatures spontanées, de réponses aux offres”.

 

* Chiffres de l’Insee publiés dans l’enquête du Centre d’études de l’emploi (CEE), “Trouver du travail par annonce : une porte étroite” de Guillemette de Larquier et Géraldine Rieucau.  

 

 

 

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Innocentia Agbe
Journaliste pour Rebondir


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