Reconversion

Reconversion : comment cette professeure est devenue cheffe cuisinière

Virginie Legrand vient tout juste de fêter ses 44 ans. Passionnée par la cuisine et le partage, elle a quitté ses habits de prof pour un tablier de cheffe cuisinière. Avec pour fil rouge de sa carrière, l’envie de transmettre.

Fille unique, Virginie Legrand évoque d’abord le rôle déterminant de son père, Patrice, dans sa découverte des plaisirs de la table. “C’est mon papa qui m’a donné le virus de la cuisine, il m’a appris à aller au marché, dans les bons restaurants, l’art de vivre à la française”, raconte-t-elle. Dans le cercle familial, les spécialités régionales l’inspirent déjà. “Ma mère est du Nord, j’aimais la carbonnade flamande, ma grand-mère Jeanine (qui a fêté ses 100 ans l’année dernière) était de Dordogne et faisait du civet. Le civet de mamie Jeanine était extraordinaire, mais ma madeleine de Proust, ce sont ses bugnes !” Une passion culinaire ancrée dès l’enfance donc, même si, en grandissant, elle ne s’oriente pas immédiatement vers cette voie.

Son parcours prend en effet un autre tournant au lycée. “Je me suis passionnée pour la langue de Goethe, ça résonnait dans mon âme d’alsacienne.” Dans la foulée, elle choisit de suivre une licence LLCER (Langue, Littérature et Civilisation), puis une maîtrise en germanistique, déjà avec le désir de transmettre. “Je savais que je voulais être prof, je suis allée taper à la porte d’une école privée, j’ai rencontré le chef d’établissement, je suis rentrée dans son école et j’y suis restée pendant 11 ans.” À partir de là, elle se consacre à l’enseignement et s’y investit pleinement : “J’adorais les lettres et je faisais aussi passer des oraux de français.”

Faire d’une épreuve une opportunité

Parallèlement, Virginie Legrand continue d’explorer sa passion culinaire. Jusqu’à ce qu’un nouveau défi se présente à elle en 2013 : “On m’a proposé de devenir directrice d’une nouvelle école privée, j’ai donc donné ma démission.” La surprise est totale lorsqu’elle découvre, à peine un mois et demi plus tard, que l’école se trouve en redressement judiciaire. “Heureusement que j’avais le chômage, je me suis dit que c’était le moment ou jamais, la croisée des chemins pour me lancer dans ma passion, poursuit-elle. On était début novembre 2013, je me suis immatriculée le mois d’après.”

L’envie d’être cheffe la pousse à se lancer, mais avec vers un concept bien précis en tête : « À mes débuts, j’avais une petite fille de trois ans dont je devais m’occuper et je ne voulais pas travailler en restauration ; je voulais proposer des services à domicile. J’avais déjà donné des cours particuliers et j’aimais cette proximité.” Pour mettre en lumière ce nouveau projet, elle contacte l’agence “La Belle Assiette”. “J’ai pu organiser un dîner test avec des fondateurs, des blogueurs, des gourmets… Grosse pression ! C’était le 25 mars 2014”, se souvient-elle. Verdict ? “Tout le monde a adoré, j’ai fait un joli service et ils m’ont tout de suite mis sur la gamme premium.”

Cette première réussite l’aide à franchir un cap. “Cela a tout confirmé pour moi, précise-t-elle. J’ai trouvé des clients et commencé à sentir cette légitimité, à combattre ce symptôme de l’imposteur, à voguer sur mon propre bateau.” Un autre déclic, plus brutal celui-ci, survient début 2020. “Le Covid est arrivé, et j’avais des prestations calées jusqu’à juillet. Cela a été l’enfer, tout s’est arrêté brutalement, avec une petite dépression pour couronner le tout”, confie-t-elle. Paradoxalement, cette période difficile débouche sur un projet d’écriture : “J’ai écrit mon premier livre à ce moment car je sentais ma flamme vaciller. J’ai tout enclenché à la fin du confinement.”

Des liens durables

Peu après, de belles opportunités se présentent de nouveau. “J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer beaucoup de gens du milieu, de belles amitiés sont nées, indique-t-elle. J’ai été appelée par François Adamski, Bocuse d’or 2001, qui travaille pour Air France afin de réaliser les plateaux de la première classe, pour aider son équipe. J’ai été formée par un MOF et j’ai commencé à graviter dans ce milieu-là. Je suis maintenant jury dans beaucoup de concours.” Les demandes affluent, et des liens durables se tissent avec la clientèle : “Par exemple, un client pour lequel j’avais organisé, en 2014, un dîner pour sa femme autour du chocolat, continue encore aujourd’hui de faire appel à mes services. Cela va faire 11 ans et 13 prestations, c’est devenu un ami.” D’autres sollicitations l’amènent à Zurich ou encore à Londres. Entre-temps, Virginie poursuit d’autres initiatives. “J’ai même lancé un podcast, intitulé ‘Passion sans modération’, se réjouit-elle. J’y reçois tous les acteurs de la gastronomie, avec, à chaque épisode, quatre personnes et moi. J’y rencontre des gens de tous les horizons culinaires.” À ses yeux, tout tourne autour de la transmission : “En plus de tout cela, je fais beaucoup de team-building, j’adore transmettre.” Aujourd’hui, qu’il s’agisse d’un dîner sur mesure ou d’une grande réception, elle met toujours en avant l’envie de partager. Onze ans après ses débuts, Virginie Legrand ne regrette en rien d’avoir suivi sa passion. Et de conclure : “Quand les personnes en face reçoivent tout l’engagement que je mets, ce n’est que de l’amour !”

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