Emploi

Emploi des seniors : déconstruire les préjugés et convaincre les recruteurs après 50 ans

Manque d'adaptabilité, difficultés avec le numérique, prétentions salariales excessives… Les candidats seniors restent confrontés à de nombreux stéréotypes qui freinent leur retour à l'emploi. Pour Christel de Foucault, conférencière et formatrice sur les techniques de recherche d’emploi, il est possible de faire tomber ces barrières ; à condition de revoir fondamentalement son discours, son CV et sa posture.

Quels sont les principaux stéréotypes auxquels les seniors sont confrontés ?

Christel de Foucault : Les seniors sont victimes d’étiquettes. On les imagine moins adaptables, dépassés par les nouvelles technologies ou encore difficilement manageables. Le problème est que par définition, un senior « fait peur ».

Beaucoup de candidats renforcent involontairement ces préjugés lorsqu’ils se présentent. Ils racontent toute leur carrière, insistent sur leurs anciens postes de direction ou sur leurs niveaux de rémunération passés. Résultat : s’ils impressionnent, ils effraient surtout le recruteur. Or, en entretien, l’enjeu principal du senior est de rassurer et de montrer qu’il sait évoluer, apprendre et s’adapter.

Comment casser ces préjugés dès l’entretien ?

Il faut absolument abandonner ce que j’appelle le « pitch chronologique », c’est-à-dire cette présentation où l’on déroule l’intégralité de son parcours professionnel.

Le recruteur ne cherche pas à connaître toute votre histoire. Il veut savoir ce que vous pouvez apporter au poste aujourd’hui. J’utilise souvent cette image : un parcours de senior, c’est un excellent film de deux heures trente. En entretien, il ne faut pas projeter le film entier, mais seulement sa bande-annonce. Et cette bande-annonce ne doit pas être construite à partir de ce dont vous êtes le plus fier, mais à partir de ce qui intéresse votre interlocuteur. Il faut sélectionner quelques expériences pertinentes qui démontrent votre valeur ajoutée et permettent de faire tomber les préjugés.

Comment éviter de paraître surqualifié ?

Le senior est souvent perçu comme « trop tout » : trop expérimenté, trop diplômé, trop manager. Pour éviter cela, il faut réduire la voilure.

Si l’annonce ne comporte pas de management, inutile d’insister sur les équipes que vous avez dirigées. Si certaines expériences prestigieuses n’ont aucun lien avec le poste visé, elles n’ont pas à occuper le devant de la scène. L’objectif n’est pas de mentir ou de cacher son parcours, mais d’épurer son discours pour ne conserver que ce qui est utile au recruteur.

Quelle posture adopter face à un employeur ?

L’humilité et l’humour sont essentiels. Une erreur fréquente consiste à arriver en entretien en expliquant à l’entreprise ce qu’elle devrait améliorer. C’est rarement une bonne idée. C’est même à proscrire. Par ailleurs, l’employeur craint souvent le manque d’énergie ou les problèmes de santé. Tout ce qui peut illustrer votre dynamisme, votre curiosité ou votre capacité à relever des défis est utile.

Les recruteurs doivent percevoir une personne engagée, enthousiaste, tournée vers l’avenir et capable de relever des défis. Moi typiquement, si je devais me présenter en entretien, il y a un moment où je parlerais de ma pratique du Wingfoil, un sport de glisse aquatique. Ça permet ici d’insister sur le côté résistance, sportif, énergique.

Le CV doit-il être adapté lui aussi ?

Oui, totalement. Il faut en finir avec l’idée selon laquelle un senior aurait automatiquement besoin de deux pages de CV. Chaque candidat, quelle que soit son expérience, doit pouvoir tout faire tenir sur une page.

On ne développe que les expériences utiles au poste visé. Les fonctions anciennes ou éloignées de son projet peuvent être regroupées ou résumées. Quant aux études, elles peuvent être mentionnées sans détailler l’ensemble du parcours académique. L’objectif est simple : rendre le CV plus lisible et plus impactant.

LinkedIn est-il devenu incontournable pour les seniors ?

Oui, parce que ce réseau social permet de montrer qu’on n’est pas resté bloqué dans les codes d’hier, et qu’on n’est pas fâché avec les nouvelles technologies. Un senior actif sur LinkedIn, qui partage du contenu, qui se montre actif ou même influenceur, démontre qu’il maîtrise les outils numériques, qu’il reste connecté à son secteur et qu’il continue d’apprendre. Il verra les portes s’ouvrir beaucoup plus facilement. Cette visibilité contribue à rassurer les recruteurs.

Comment répondre à une remarque sur l’âge ?

Bien que ce genre de question sorte du cadre légal, je conseille de l’assumer sans aucune honte. Dire de quelqu’un qu’il est « jeune » est vu comme un compliment, dire qu’il est « vieux » serait une insulte ? C’est absurde, c’est simplement un état.

Si le sujet est abordé, il faut expliquer que cet âge permet d’avoir une grande ouverture d’esprit et de la hauteur de vue. Les seniors sont très bons pour rédiger, organiser, et comme ils ont traversé de nombreuses situations, ils sont capables de transférer des solutions efficaces. Il faut assumer cette richesse plutôt que chercher à la minimiser.

Quels arguments les seniors devraient-ils davantage mettre en avant ?

La stabilité est un premier argument fort. Beaucoup d’entreprises souffrent d’un turnover important. Un professionnel expérimenté qui souhaite s’inscrire durablement dans un projet peut représenter une véritable valeur ajoutée.

Le second argument est la transmission. Les seniors n’ont plus forcément besoin de prouver leur valeur ou de gravir les échelons à tout prix. Ils peuvent accompagner les nouveaux arrivants, transmettre leurs connaissances et partager leur expérience. Ce sont souvent d’excellents formateurs et de précieux passeurs de relais.

Comment réagir lorsque les refus s’accumulent ?

Tout dépend du moment où survient le refus. Si vous n’obtenez aucun entretien, c’est probablement votre CV qui doit être retravaillé. Il faut alors l’épurer, supprimer certaines dates ou réduire les expériences les plus anciennes susceptibles d’inquiéter inutilement. Il ne s’agit pas de mentir, mais de choisir ce que l’on affiche sur sa plaquette publicitaire.

En revanche, si vous obtenez des entretiens mais ne passez jamais l’étape suivante, le problème vient souvent de votre présentation orale. C’est généralement le signe qu’il faut abandonner le pitch chronologique et construire un discours plus ciblé sur les besoins du recruteur.

Trois actions concrètes pour améliorer son employabilité après 50 ans ?

La première consiste à construire une véritable vitrine professionnelle sur LinkedIn. C’est aujourd’hui un excellent moyen de montrer son expertise, son dynamisme et sa capacité à évoluer avec son époque.

La deuxième est de se rappeler qu’un recruteur n’est ni un ami ni un psychologue. C’est avant tout un acheteur. Il faut donc concentrer son discours sur ce qui l’intéresse et éviter de mettre en avant des éléments qui pourraient devenir des freins.

Enfin, il est important de changer de référentiel. Le marché du travail n’est plus celui d’il y a vingt ou trente ans. Vouloir absolument retrouver le même salaire ou le même statut peut parfois ralentir le retour à l’emploi. Mieux vaut parfois accepter un poste tremplin, retrouver une dynamique professionnelle et rebondir ensuite que rester durablement éloigné du marché du travail.

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