Reconversion

Bien-être : des métiers porteurs de sens dans l’optique d’une reconversion

Début 2024, 21 % des actifs étaient engagés dans un projet de reconversion, tandis que 28 % y songeaient. Parmi les orientations possibles, les métiers du bien-être, qui allient sens au travail et sentiment d’utilité, ont particulièrement le vent en poupe.

Plus d’un professionnel sur deux issu d’une reconversion

Plus d’un professionnel sur deux qui évolue actuellement dans le domaine du bien-être émotionnel est issu d’une reconversion, selon une enquête menée par Psychologue.net. Et le phénomène est très largement féminin : 85 % des reconversions dans le secteur du bien-être concerneraient des femmes.

C’est à la suite d’un bilan de compétences qu’Anne Boura prend conscience de son envie de se lancer dans les métiers du bien-être. Après vingt années passées comme cadre dans le marketing et la communication chez un constructeur automobile, et après le Covid, la jeune quadragénaire saisit l’opportunité d’un plan de départ volontaire pour amorcer une reconversion professionnelle : « C’était la fin d’un cycle. J’avais envie d’être utile et de trouver quelque chose qui avait plus de sens. »

À l’image d’Anne, de nombreuses personnes ont entrepris un virage vers la sophrologie. Une étude de marché du secteur réalisée par le Crédit Agricole recensait 20 814 adhérents à la Chambre syndicale de la sophrologie en octobre 2024, dont 88 % de femmes, contre seulement 10 552 en décembre 2019, soit un quasi-doublement en cinq ans. 95,3 % exercent toujours aujourd’hui et 60,7 % en font leur activité principale.

Anne Boura reconnaît que, s’il y a eu « un très fort engouement autour de ces métiers ces dernières années, ce n’est pas simple d’en vivre. » Pour s’en sortir, elle cible, en plus des particuliers, les entreprises, qui représentent désormais plus de la moitié de son activité. Avec le recul, elle admet qu’elle n’avait pas suffisamment appréhendé le changement : « Passer d’une vie de cadre avec une certaine sécurité à un métier d’indépendante avec des périodes très cycliques n’est pas évident. Il faut mesurer le temps que cela prend de se faire connaître et de se développer. »

Au-delà de la relaxation

Pour se démarquer et sortir du flot de sophrologues nouvellement installés, Jessica Mathieu a choisi d’aller plus loin. Après quinze années passées en tant qu’iconographe pigiste dans de grands groupes de presse, elle entame une reconversion vers la sophrologie, puis vers la psychothérapie. « J’avais déjà en tête la psychologie à la sortie du lycée », confie-t-elle.

Lassée des contrats précaires et du fonctionnement en flux tendu de la presse écrite, celle qui n’était plus alignée avec son premier métier entame une formation de six mois à l’Institut de formation à la sophrologie à Paris. N’étant pas encore prête à exercer et cherchant à aller au-delà de la simple relaxation, elle s’engage dans une formation de trois ans en tant que psychopraticienne.

Sa double casquette de sophrologue et psychopraticienne s’avère être un vrai plus. « J’avais des difficultés à me rémunérer en tant que sophrologue, depuis que je suis psychopraticienne, mon activité a décollé », souligne-elle. Si elle est heureuse de sa reconversion, elle rappelle que le métier demande beaucoup d’écoute, une finesse dans la capacité à soutenir l’autre et à s’adapter aux besoins des patients en acceptant de se remettre en question.

Faire du bien aux autres

Autre voie dans le bien-être qui séduit de nombreux reconvertis : le yoga. La profession étant encore peu structurée et non réglementée, aucune base statistique publique ne recense d’effectifs officiels. D’autant que, d’après le Syndicat national des professeurs de yoga, plus d’un professeur de yoga sur deux (55 %) cumulerait plusieurs activités. Néanmoins, les formations pour devenir enseignant de cette discipline ont augmenté de 12 % en France entre 2022 et 2023, d’après Yoga Alliance International.

C’est la voie qu’a suivie Aude Vignaud. Diplômée d’HEC, elle commence « par facilité » sa carrière dans le consulting au sein d’un grand cabinet de conseil, tout en entamant en parallèle une formation le week-end pour devenir professeure de yoga.

Pratiquante assidue, le yoga lui avait permis de mieux se connaître et de gérer son stress. Elle a donc eu envie, à son tour, de transmettre cette passion pour accompagner d’autres personnes : « C’est une activité où l’on sent vraiment qu’on apporte quelque chose aux autres, et on le voit immédiatement sur leurs visages : leurs sourires, leurs remerciements, leurs mots. »

Si elle réussit à en vivre et à se verser un salaire, même si celui-ci n’est « pas énorme par rapport à ce que je gagnais dans le conseil », elle reconnaît qu’être indépendante peut être « pesant » : « Je ne peux me reposer que sur moi-même et ne bénéficie ni de congés payés ni d’arrêts maladie. Contrairement à un métier classique ou au salariat, où les évolutions sont davantage tracées en termes professionnels ou salariaux, c’est plus flou et on a plus de difficultés à se projeter à long terme, avec moins de certitudes. »



Apolline Dryk, de cadre marketing à nutritionniste

« Je ne regrette rien »

Après « six mois d’enfer » à son retour de congé maternité, Apolline Dryk sombre dans un burn-out sévère. Avec l’aide d’une psychologue, elle entame un travail d’introspection pour comprendre les causes de son mal-être. « Après douze ans en entreprise, je ne me retrouvais plus dans le système ni dans les valeurs. On reste des pions, même en donnant le meilleur de soi-même. »

Attirée depuis toujours par la nutrition et les métiers humains, elle se reconvertit comme nutritionniste, un métier qui concilie ses deux aspirations. Elle quitte son poste et prépare un BTS Diététique en candidate libre, via le CNED et une prépa privée. Après des stages variés – en cantines scolaires, hôpitaux, sociétés de restauration –, elle se spécialise, une fois son diplôme en poche, en santé féminine et troubles hormonaux grâce à plusieurs formations complémentaires.

Depuis janvier, elle consulte deux jours par semaine dans un cabinet à Colombes. Son activité est déjà rentable. Forte de ce succès, elle ouvre en septembre un second cabinet à Rueil-Malmaison : « Je ne regrette rien. Ces six premiers mois m’ont confortée dans mon choix. »

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