Vous publiez cet ouvrage après plus de vingt ans d’expérience dans l’entrepreneuriat, pourquoi ?
Ce livre est né de mon observation de la transformation du monde du travail, et c’est aussi ce qui a fait que j’ai créé Envi, mon école de formation des indépendants. Aujourd’hui, des millions de gens en France veulent créer leur structure et travailler autrement. Mais l’envie ne suffit pas, il faut être capable de la transformer en revenu durable. Personnellement, cela fait 25 ans que j’entreprends et que j’investis, j’ai donc aussi tiré dans cette expérience pour écrire cette « Bible des indépendants », comme une boîte à outils, un mode d’emploi pour aider les aspirants entrepreneurs à se lancer sur de bonnes bases.
Vous affirmez notamment qu’il faut adopter un état d’esprit d’entrepreneur, même quand on est salarié ?
Oui, je pense qu’on a tout à y gagner. Cela permet de s’adapter vite et de se distinguer en entreprise. Les entrepreneurs à succès ont en commun trois grandes dimensions : les motivations, les ressources et les aptitudes. La motivation au sens large, le « je veux », c’est le moteur de tout, ce qui nous pousse à agir. Quand on entreprend, cela commence par « je veux répondre à tel problème ou à tel besoin ». Les ressources, ce sont notre « je peux » et les principales ressources pour entreprendre sont l’entourage, la confiance et la capacité de travail. Et enfin, les aptitudes, ce sont les capacités naturelles qui nous prédisposent, et les chercheurs avec qui j’ai échangé en distinguent cinq : les capacités à découvrir, percevoir, persévérer, être orienté résultat et à se remettre en cause. Il faut s’inspirer de tout cela pour ses futurs projets et travailler chacun de ces points pour en faire des forces. Quand je conseille d’être dans un état d’esprit d’entrepreneur même en tant que salarié, je parle donc d’une posture d’action, de transformation. Dans mon entreprise, j’encourage l’autonomie décisionnelle, la créativité, les propositions. Avoir un état d’esprit entreprenant prépare à devenir entrepreneur.
Si on ne dispose pas de ces trois dimensions, il vaut donc mieux éviter de se lancer ?
Déjà, si on n’a pas l’envie ou la motivation, il ne faut pas y aller. Et si l’on est mal entouré que l’on n’a pas un socle solide autour de soi, des gens qui nous disent « vas-y, je crois en toi », qui nourrissent notre confiance, on risque d’avancer plus lentement. Cela peut être vos proches, mais aussi des gens qui ont déjà fait le chemin avant et qui vous guident, des mentors. Il faut aussi être persévérant, être entrepreneur ce n’est pas avoir une idée géniale, c’est capter un besoin et y répondre. C’est pour cela qu’il faut avoir l’intelligence de l’autre, et qu’il faut avoir la peau dure et la capacité de se remettre en cause, parce que parfois on prend des baffes du matin au soir.
Dans le livre, vous parlez beaucoup de la confiance en soi, comment la définissez-vous ?
La confiance, c’est être convaincu, même si on ne sait pas comment on va faire, mais qu’on a quelque part en soi et autour de soi les ressources pour avancer. Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas d’échec, ça ne veut pas dire qu’on a la solution à tout, mais ça veut simplement dire que je suis convaincue que j’ai en moi et autour de moi ce qu’il faut pour y arriver. En quelque sorte, cela revient à dire je parie sur moi et sur ma valeur. C’est pour cela qu’il faut s’entourer de gens qui vont nourrir votre confiance et éviter les gens toxiques qui vous critiquent sans être constructifs, qui doutent de nous.
Les bonnes questions à se poser avant de se lancer, selon Catherine Barba :
- Suis-je fait et prêt pour entreprendre ?
- Pourquoi (et pour quoi) je veux y aller ?
- Sur qui vais-je m’appuyer ?
- Comment vais-je financer le démarrage ?
- Combien de temps je me donne ?
- À quoi suis-je prêt à renoncer ?
- Suis-je prêt à devenir multitâches ?
Il est également important de dépasser les mythes autour de l’entrepreneuriat ?
Bien sûr ! Toujours plus de personnes veulent entreprendre, mais on a encore trop souvent une idée fausse de la réalité de la vie d’entrepreneur. On peut se préparer, on peut anticiper, planifier, rêver… Mais à un moment donné, il faut se frotter au réel et voir comment cela se passe. Dans le livre, je fais un listing des quelques mythes les plus courants : il faut avoir une idée révolutionnaire pour se lancer, il faut être animé d’une passion brûlante pour réussir, entreprendre c’est la liberté assurée… Être entrepreneur, c’est effectivement être libre… de travailler 24 heures sur 24 ! C’est être en pleine incertitude sur son revenu, c’est devoir en permanence rendre des comptes, à ses clients, ses équipes.
Surtout, il s’agit de passer dès que possible à l’aspect concret du projet ?
Oui, la passion ou l’idée, ce ne sont pas des raisons suffisantes ou viables pour se lancer, il faut rapidement passer au concret, aller chercher ses clients, définir son offre, ses prix… Et pour cela, il faut penser client et penser besoin : un business qui marché répond mieux que les autres aux besoins de ses clients. Il faut être capable d’être très au clair sur ses cibles et de dire en une phrase quels sont leurs besoins. Je dis souvent aux gens : « explique-moi pourquoi ta boîte va marcher ? » ou bien « j’ai plusieurs autres propositions similaires, pourquoi je devrais travailler avec toi ? », et je ne suis pas convaincue par les réponses trop évasives. Il faut savoir ce que l’on a d’unique, travailler sur la singularité de son offre, quel que soit le domaine d’activité.
La première chose, c’est donc de réfléchir à ses futurs clients, de définir sa cible pour pouvoir construire son offre. Pour brosser le portrait type, on peut faire des hypothèses et les valider en effectuant ses recherches ou en allant sur le terrain. Et c’est en dégageant des caractéristiques communes chez ses premiers clients qu’on pourra trouver les suivants. Il ne faut jamais rester dans le flou quand on entreprend : plus on connaît ses cibles, plus on vend.