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Assurance chômage : “la réforme va instituer des inégalités surréalistes”

, par Fabien Soyez

D’après l’Unédic, la réforme de l’assurance chômage pourrait pénaliser 1,15 million de personnes. Mais ses conséquences sociales pourraient aussi s’étaler sur le long terme, nous explique le sociologue Mathieu Grégoire.

En quoi la réforme de l’assurance chômage pourrait avoir un impact négatif sur les demandeurs d’emploi ?

Le paradoxe est que le fait d’avoir connu du chômage par le passé vous retirera des droits dans le présent. Vous ne serez pas impacté si vous étiez à temps plein, avec une période de chômage précédente linéaire. Ce n’est pas le cas pour les intermittents, qui alternent emploi et chômage : leur salaire journalier de référence (SJR) sera considérablement réduit. Mais ils ne sont pas les seuls. Tout salarié ayant connu un épisode de chômage dans les 24 derniers mois, même court, sera pénalisé. Certains n’en ont pas conscience. Les jeunes apprendront en perdant leur premier emploi que le fait d’avoir fait de petits jobs auparavant a créé des périodes d’inactivité préjudiciables pour leurs indemnités. Même un cadre avec un bon salaire pourra se voir rappeler qu’il a travaillé en intérim autrefois, et voir ses droits diminués. Cette réforme risque aussi de créer des inégalités de traitement surréalistes et aléatoires, car l’ordre des séquences d’emplois et de chômage aura une influence sur le calcul du SJR. Selon que leur emploi était fractionné ou non, certains gagneront 1 144 euros pour 30 jours de chômage, d’autres 32 euros, même si la période de référence est la même.

 

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Le rythme de renouvellement des droits sera aussi ralenti : en quoi est-ce un problème ?

Le gouvernement avance que si les droits seront moindres, ils dureront plus longtemps. Mais avoir des droits plus longs risque d’être inutile dans au moins deux cas. D’abord, quand vous retrouvez un emploi avant d’avoir épuisé vos droits : si vous obtenez un CDI au bout de 6 mois, tout ce que cela changera, ce sont des droits diminués pendant 6 mois, que vous n’aurez pas épuisés. Ensuite, quand vous travaillez assez pendant votre épisode d’indemnisation pour recharger des droits : ils seront renouvelés de toute manière, mais plus lentement, avec des allocations plus basses. L’Unédic a mesuré que 66 % des allocataires en sortiront perdants. Ceux qui verront leur situation s’améliorer (24 %) sont ceux pour qui certains mois n’étaient pas indemnisés, et qui le deviendront. Mais ils sont minoritaires.

 

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Dans vos recherches sur les effets de la réforme, vous parlez d’un “effet papillon”, sur le long terme…

Le gouvernement avance que les droits étant plus longs, leur capital augmentera. Mais vos droits pour le présent seront surtout baissés au profit d’une masse de droits futurs inaccessible. Vous pourriez être tenté d’exercer votre droit d’option, qui permet de renoncer à un droit faible, pour bénéficier immédiatement d’un autre qui est supérieur. Mais les conditions pour l’exercer vont être durcies par le nouveau calcul du SJR. Ainsi, même si votre emploi était bien payé, vous risquez de devoir d’abord épuiser un droit plus faible. Ensuite, il faut garder en tête qu’un simple contrat court pourrait avoir des conséquences importantes sur vos droits. Même s’il remonte beaucoup plus loin dans le temps que les 24 mois servant de période de calcul.

Enfin, un demandeur d’emploi qui enchaînait jusque-là les contrats courts risque d’être incité à accepter n’importe quel emploi, afin d’éviter les périodes non travaillées. Une injonction contradictoire et problématique : d’une part, accepter tout ce qui passe, d’autre part, faire attention à ne pas perdre trop de droits…

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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