Premier atout de la Bretagne : son taux de chômage qui s’établit à 6 % de la population active, contre 7,3 % au niveau national, et en fait la deuxième région avec le plus haut taux d’emploi derrière les Pays de la Loire. Ce territoire peut compter sur la vitalité de Rennes et de son département d’Ille-et-Vilaine (35), qui représentent la moitié des créations d’emplois de la région. Et cela n’est pas près de s’arrêter ! « La Bretagne est une des régions qui sera la plus dynamique d’ici à 2030 en termes de créations d’emplois et d’opportunités, confirme Angélique Goodall, directrice régionale de France Travail Bretagne. La difficulté, c’est qu’en raison du taux de chômage très bas, nous comptons une multitude de secteurs en tension. » Et pour cause, les métiers pour lesquels les difficultés de recrutement vont s’accentuer dans les années à venir représentent 42 % de l’emploi actuel en Bretagne, soit le plus haut taux national. Et 42 000 postes supplémentaires seront à pourvoir chaque année d’ici à 2030, dont plus de 6 000 par des travailleurs en provenance d’autres régions, selon France Stratégie.
Entre terre et mer
Au rang des spécificités régionales, la Bretagne s’affirme comme la première région agricole française pour la production et la transformation de viande, et présente un secteur agroalimentaire particulièrement actif en termes de recrutement. « Il s’agit du premier secteur industriel de Bretagne, avec plus de 1 300 entreprises et 66 000 salariés. Cette année, le nombre de projets d’embauche dans l’agroalimentaire avoisinait les 24 000. Avec cette particularité de tout faire dans la région : on part du produit qui sort de la terre ou de la mer, jusqu’à sa vente en commerce ou dans la grande distribution, en passant par sa transformation. C’est une chaîne d’activités et d’emplois qui nourrit la population, avec également de plus en plus d’initiatives pour participer à la transition écologique« , explique Angélique Goodall. Symbole du poids de l’agroalimentaire breton, France Travail a signé, en octobre dernier, un partenariat avec Agromousquetaires, qui réunit 7 000 travailleurs répartis dans 25 usines et sites logistiques bretons, pour mettre en avant les métiers du secteur. « L’industrie de l’agroalimentaire recrute sur toute une diversité d’emplois, rapporte Roberto Monti, DRH d’Agromousquetaires. Du conducteur de ligne à l’opérateur de production ou de transformation en usine en passant par des postes de cadres du contrôle qualité, de l’ingénierie et de la R&D. Cela fait partie des domaines accessibles sans diplômes.«
Autre secteur prégnant : celui de la pêche et des activités maritimes et navales, avec notamment les activités des cinq ports de commerce du territoire (Saint-Malo, Saint-Brieuc-Le Légué, Lorient, Roscoff-Bloscon et Brest). Les métiers du tourisme sont également surreprésentés, la Bretagne étant la 4e région française pour l’accueil de touristes. De même que l’industrie automobile, avec notamment la présence du géant Stellantis dans l’agglomération rennaise. Aussi, parmi les secteurs d’avenir, le numérique et les télécommunications émergent comme de nouveaux piliers de l’économie locale, faisant de la région le deuxième pôle national dans ce domaine. Le territoire se distingue également par le développement des activités autour de la cybersécurité et de la data, avec, par exemple, l’écosystème French Tech Rennes-Saint-Malo. Une dynamique que confirme Marion Boutruche, responsable RH de Luminess, ESN spécialisée dans les outils de traitement de données et d’automatisation, basée à Rennes : « Nos besoins de recrutement augmentent avec l’évolution de notre secteur, notamment sur les compétences autour de l’IA et de la data. Sur les deux derniers mois de l’année, je recrute 20 profils, sur trois orientations : le développement de logiciel et la programmation ; la gestion de données et le deep learning ; et l’hébergement de données sur des plateformes sécurisées et automatisées. Le vivier de Rennes et de son territoire est très riche sur l’aspect tech et sur la cybersécurité. »
Secteurs sous tension et opportunités de carrière
En parallèle des secteurs qui montent en Bretagne, d’autres domaines d’activité, plus traditionnels, recrutent également massivement, mais font surtout face à des difficultés pour attirer suffisamment de candidats, comme dans d’autres régions. « Parmi les secteurs traditionnels en panne d’attractivité sur le territoire, nous pouvons citer le bâtiment et l’hôtellerie-restauration. Mais aussi, depuis la sortie de la période Covid, tous les métiers liés aux services à la personne, et donc à la santé ou au soin. Pour favoriser la rencontre avec les candidats, nous mettons notamment en œuvre des méthodes de recrutement innovantes avec les employeurs. Par exemple, la méthode de recrutement par simulation, qui fait fi des CV et du parcours antérieur pour aller chercher directement des habiletés chez les candidats« , rapporte Angélique Goodall. Dans le top 10 des métiers qui présenteront les plus importants besoins de recrutement d’ici à 2030 en Bretagne, on retrouve ainsi ceux d’agent d’entretien, d’aide-soignant, d’aide à domicile et d’infirmier/sage-femme. Et le volume d’emplois disponibles devrait augmenter de 6 % d’ici à la fin de la décennie dans la région, contre 4 % au niveau national.
Du côté des grands employeurs du territoire, on soigne également les perspectives d’évolution, comme le souligne Roberto Monti d’Agromousquetaires : « Notre priorité, c’est de trouver parmi nos collaborateurs celles et ceux qui vont pouvoir gravir les échelons de chefs d’équipe, responsables d’exploitation. Nous favorisons l’émergence de talents en interne, via des formations au management jusqu’à des niveaux bac+3 / bac +5.«
L’argument du cadre de vie
Outre la richesse de son marché de l’emploi, la Bretagne attire également par son cadre de vie entre ses pôles urbains dynamiques (Rennes, Brest, Lorient…) et son patrimoine historique, culturel et naturel. « Une mobilité en Bretagne, c’est la quasi-garantie de trouver son compte, sur le plan professionnel comme sur le plan personnel, affirme Marion Boutruche. La localisation d’une ville comme Rennes est également idéale pour des couples qui sont encore attachés à Paris. J’ai plusieurs exemples de personnes venues s’installer à Rennes et dont le conjoint ou la conjointe continuait de travailler à Paris, du fait de la proximité en train. » Même son de cloche chez Angélique Goodall, la directrice régionale de France Travail : « Des gens et des familles viennent d’autres régions pour s’installer, parce que la Bretagne est belle. Et, ce qui est sûr, c’est que quel que soit le département breton dans lequel une personne ou une famille décide de s’installer, il y aura toujours de l’emploi et de la diversité dans les opportunités de carrière. »