Emploi

Le réseau, un atout sous-estimé des jeunes professionnels

Pour les jeunes professionnels, le réseau reste souvent mal compris, parfois perçu comme du piston. Pourtant, il constitue un levier majeur d’accès à l’emploi. Jean-Baptiste Morin explique pourquoi le réseautage est avant tout une compétence stratégique qui s’apprend.

Pour de nombreux jeunes, le mot « réseau » fait référence aux professionnels expérimentés ou aux diplômés des grandes écoles. Pire certains l’associent au piston, à une forme d’opportunisme ou au fait d’être bien né.

Or, construire un réseau est déterminant pour l’insertion professionnelle : près de 25% des jeunes diplômés trouvent leur premier emploi grâce à leur entourage professionnel, ce qui en fait la deuxième source d’accès à l’emploi après le stage de fin d’études.

Pour Rebondir, Jean-Baptiste Morin, doctorant en carriérologie et fondateur de BeHave, explique pourquoi réseauter est une compétence qui s’apprend et qui devrait être développée comme un levier d’insertion.

Pourquoi déconseillez-vous de mobiliser son réseau pour obtenir un stage ou un emploi ?

Souvent, les jeunes perçoivent le réseau uniquement comme un moyen d’obtenir une opportunité professionnelle. Certaines personnes vont ainsi solliciter leur entourage ou contacter des personnes sur LinkedIn pour leur demander un stage, une alternance ou un premier emploi.

Elles adoptent alors une posture de candidat face à des recruteurs, sans rien offrir en retour. Or, lorsqu’une personne annonce : « voici mon CV, je recherche un poste, pouvez-vous m’aider ? », son interlocuteur peut se sentir pris au dépourvu et oppressé par cette demande directe.

Il est préférable d’aborder ces échanges avec une approche de « réseauteur » : privilégier la discussion, s’intéresser au métier de l’autre, comprendre ses enjeux. Sans formuler explicitement une demande, l’intention professionnelle reste présente.

Comment un jeune peut engager un échange professionnel sans avoir d’expérience ?

Pour les étudiants et les jeunes diplômés, il s’agit avant tout de montrer sa maturité professionnelle. Les experts apprécient de partager leur expérience et leurs conseils. Une approche basée sur la curiosité et des questions pertinentes permet d’installer un échange constructif.

Dans ce cadre, le jeune peut tout à fait interagir avec un recruteur sans même le savoir. En se positionnant intelligemment, en valorisant l’expertise de son interlocuteur, il peut susciter son intérêt. A moyen terme, cela peut ouvrir des opportunités concrètes. Le réseau ne se limite pas à un usage ponctuel et utilitaire, il se construit progressivement, à travers des échanges qui avec le temps, deviennent des relations utiles, naturelles et réciproques.

Il peut être difficile de réseauter pour les jeunes qui manquent de confiance. Quels sont vos conseils ?

On pense souvent que le son réseau est réservé aux personnes qui sont à l’aise socialement, ou qui sont déjà bien entourées. Cette vision décourage de nombreux étudiants qui ne se sentent pas capables de réseauter.

Pourtant, le réseautage pose surtout sur des codes, des comportements et des pratiques qui s’apprennent. Cet enseignement pourrait être davantage intégrer dans les formations pour aider les étudiants à transformer des moments informels en échanges enrichissants.

Par ailleurs le réseau se construit dans la durée. Beaucoup d’opportunités naissent dans des contextes simples : une discussion autour d’un café, après une conférence ; un échange avec un ancien élève. Il est donc important d’entretenir ses relations, y compris après une première expérience.

Recontacter un ancien tuteur ou collègue, partager son parcours et s’intéresser à l’autre permet de maintenir ce lien. L’enjeu va être de planter une graine dans la tête du professionnel, de la laisser germer le temps nécessaire. Et à un moment, cette personne pensera à ce jeune pour un poste.

Pourquoi est-il si important de développer et d’activer son réseau stratégiquement ?

Les jeunes doivent prendre conscience de l’importance du marché caché de l’emploi. On les forme surtout à faire son CV, répondre à des annonces. Mais lorsqu’une offre est publiée, c’est déjà trop tard.

Les entreprises préparent un recrutement trois mois, six mois, parfois neuf mois en amont. Savoir approcher un recruteur ou un manager dans cette période de préparation, le poste peut être pour lui, sans que l’offre ne soit jamais publiée.  

Dans ce contexte, comment utiliser LinkedIn comme un réseau à part entière ?

LinkedIn est souvent présenté comme un réseau à part entière mais selon moi, il s’agit surtout d’un annuaire très puissant. La création de lien repose encore largement sur l’échange réel.  

Contacter un membre en ligne ne suffit pas à instaurer une relation de confiance. En revanche, les réseaux sociaux sont utiles pour initier un premier contact, qui peut se prolonger dans la vie réelle. Un jeune qui serait à un clic du directeur financier d’une entreprise comme Danone a tout intérêt à structurer intelligemment son invitation pour lui donner envie de discuter avec lui.

Là où le « candidat » se demanderait pourquoi le DAF de Danone prendrait du temps avec moi, le « réseauteur » recherchera l’échange autour d’un sujet business commun. Et dans ce contexte, peut-être que ce professionnel cherche à recruter et découvrira un jeune qui peut répondre à son besoin.

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