Reconversion

Ils se sont reconvertis à contre-courant

À rebours de la norme, d’un métier davantage reconnu socialement, d’une voie royale ou toute tracée et du qu’en-dira-t-on, nos quatre témoins ont choisi de suivre leur intuition et de tracer leur chemin vers une vie professionnelle plus épanouissante pour eux. Ils racontent.

Brigitte Lardy
Du prêt-à-porter aux pompes funèbres

« À 58 ans, je suis devenue conseillère funéraire. J’étais responsable de collection dans le prêt-à-porter depuis trente ans quand la société pour laquelle je travaillais a été vendue. Ma cellule création a été fermée. J’avais fait le tour de ce métier. Dans le même temps, j’ai été confrontée, en trois mois d’intervalle, au deuil du mari d’une amie très chère et à celui de mon beau-père. J’ai trouvé cela terrible : nous n’avons pas été bien reçus dans les magasins de pompes funèbres, il n’y avait pas d’humanité. Je me suis dit qu’il était possible de faire autrement. J’ai décidé de me lancer dans ce métier. J’avais une idée très précise de ce que je voulais faire. En regardant les sociétés existantes, je suis tombée sur L’Autre Rive, à Paris. Je les ai contactés et j’ai appris le métier chez eux après ma formation. J’avais auparavant fait un stage découverte et cela ne m’avait pas déplu. Cela va faire douze ans que j’ai ouvert mon magasin à Lyon. J’aime accompagner les familles. On ne peut pas enlever la douleur, mais on peut offrir une respiration, adoucir le deuil en proposant des choses différentes, que ce soit en termes d’urnes ou de cercueils. Mon magasin ne ressemble pas à un magasin de pompes funèbres. La mort fait partie de la vie. Mais elle fait très peur et reste taboue. Une seule de mes amies m’a soutenue lors de cette reconversion. Cela ne m’a pas découragée. Je n’ai aucun regret. J’ai beaucoup de travail, je vais continuer tant que je le peux. »

Sébastien Le Hoang
Des achats à l’international à la plomberie

« J’étais responsable achats et chef de produit depuis treize ans dans un grand groupe international. J’avais monté les échelons, j’étais assis à la droite du directeur général, mon mentor. La veille de mes 40 ans, nous nous sommes disputés. J’ai pris ça comme un signe et décidé de changer radicalement de vie. Ma femme m’a rappelé que j’aimais rénover notre maison, travailler de mes mains. J’ai regardé les débouchés et constaté que le secteur de la plomberie et du chauffage était en demande. J’ai suivi une formation pour adultes de neuf mois et je me suis lancé. Tout ce que j’ai appris dans la vie d’entreprise m’aide aujourd’hui, où j’ai toutes les casquettes. Ma vie d’avant était abstraite, remplie de tableaux de performance et de reporting. Je m’ennuyais vite. Aujourd’hui, c’est très concret. Je rénove intégralement les salles de bains et les cuisines pour mes clients. L’échange humain me plaît beaucoup, j’ai un sentiment d’utilité. Je me nourris aussi d’une solidarité entre artisans, moi qui évoluais dans un monde de compétition et de politique qui me déplaisait. Hormis ma femme, ma famille a mal compris ma décision : pourquoi prendre le risque de quitter un poste de cadre pour devenir un col bleu ? Il faut redorer le blason de l’artisanat français. Il reste beaucoup de préjugés sur les métiers manuels, qui sont vus comme difficiles et peu valorisants. Pourtant, ce sont de beaux métiers, avec un fort potentiel.”

Sophie Bury
De l’enseignement à la podologie équine

« J’étais institutrice en CP et CE1 à Villiers-le-Bel depuis six ans, en zone d’éducation prioritaire. J’avais de très grosses journées, car je travaillais à deux heures de chez moi : je me levais à 4 h 30 tous les matins. Mais j’adorais ça, j’avais une classe avec un petit effectif. Apprendre à un enfant à lire, c’est extraordinaire. Puis, mon papa est décédé d’un cancer foudroyant. Cela a été un déclic. Depuis toujours, j’ai l’amour des chevaux. Je voulais travailler avec eux et ne pas regretter, à la fin de ma vie, de ne pas l’avoir fait. J’ai découvert la podologie équine lorsque j’ai failli perdre ma jument en 2018. À l’époque, ferrée, elle souffrait d’inflammations chroniques et de multiples entorses. Nous l’avons passée pieds nus, cela a été un long parcours initiatique. L’idée de me reconvertir a commencé à émerger. Mon chef d’établissement a changé et cela ne collait plus. Mon ex-mari m’a dit : « Je te suis » et m’a soutenue financièrement. La podologue de ma jument m’a prise sous son aile pour que je puisse apprendre sur le terrain, en parallèle de ma formation. Le métier d’institutrice est un métier noble, stable, contrairement à celui de podologue équin, qui n’est pas encore reconnu en France. Les gens me renvoyaient leurs peurs : « Ça va être difficile. » C’est un métier très dur physiquement, qui m’a obligée à travailler sur moi. À la gestion des chevaux, il faut ajouter celle des propriétaires. Cela fait deux ans que je suis installée, je suis très fière du chemin parcouru.”

Florence Traim
De la psychologie au commerce

« Psychologue spécialisée dans l’enfance et l’adolescence depuis dix ans, je travaillais dans l’Éducation nationale depuis cinq ans. J’aurais probablement changé de parcours plus tôt sans une pression familiale à faire des études longues, à être sur des postes dans l’Éducation nationale ou à l’hôpital. À la suite de changements dans mon service, je ne m’y retrouvais plus. J’avais envie de faire quelque chose de plus concret. Ma grand-mère était coiffeuse, j’avais passé beaucoup de temps, plus jeune, à l’aider dans son salon. Ce souvenir a toujours traîné dans ma tête. J’ai passé mon CAP, puis un brevet professionnel. Nous étions en plein Covid, les conditions de travail étaient difficiles : il y avait la crainte d’un autre confinement, d’une fermeture du salon. Le métier de coiffeuse est très exigeant, à la fois physiquement — on est en station debout toute la journée à enchaîner les heures — et psychologiquement, surtout quand on apprend et qu’on manque de confiance en soi. Cela a été un point de rupture dans ma vie professionnelle. J’ai continué à coiffer à domicile, de façon plus légère, je ne voulais plus retourner en salon. Il y a deux ans, une petite épicerie de mon quartier cherchait du monde. Pour cette nouvelle reconversion, j’ai été soutenue par mes proches. Je me sens bien, j’ai retrouvé des choses importantes pour moi : du sens et l’interaction avec une clientèle de quartier. J’ai 41 ans, je sais que je resterai commerçante. »

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