Parmi les secteurs qui avancent presque à contre-courant de la vague numérique et technologique boostée par l’IA, ceux des services à la personne (et plus particulièrement de l’emploi à domicile) et de la petite enfance s’affirment. Par essence, ces professions au contact des familles, des enfants et des clients reposent en grande partie sur ce que l’IA ne sait pas produire : du lien social et humain, de l’attention et de l’accompagnement, du travail manuel. Surtout, ces métiers recrutent massivement, chaque année et tout au long de l’année.
Pour le seul secteur de l’emploi à domicile, la Fédération des particuliers employeurs de France dénombre 1,2 million de salariés à domicile employés par 3,4 millions de particuliers. Elle anticipe par ailleurs une forte hausse des besoins : le vieillissement de la population devrait générer 170 000 emplois supplémentaires dédiés aux seniors, soit près de 600 000 postes à pourvoir d’ici à 2035 (assistante maternelle, garde d’enfants, employé familial, soutien scolaire, jardinier, garde-malade…). Les besoins se font également fortement sentir dans les crèches et sur les métiers de la garde d’enfants, confrontés à une pénurie importante de candidats.
Ce domaine bien particulier des crèches et de l’aide à la parentalité est bien connu de Marine Desandre, cofondatrice et directrice de la communication de l’entreprise Les Parents Zens, qui structure un réseau de crèches partenaires et de crèches d’entreprise. « L’idée de départ était de démocratiser la crèche d’entreprise. Aujourd’hui, nous accompagnons les politiques de parentalité des entreprises au sens large et nous avons 15 crèches à Paris et aux alentours, ainsi que deux crèches fondées sur mesure pour deux entreprises. Nous faisons travailler des personnes diplômées de la petite enfance, des infirmières puéricultrices, des éducatrices, et il est certain que l’IA ne pourra pas remplacer ces personnes-là ! »
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L’humain au cœur des métiers
Aide à domicile, auxiliaire de vie, éducateur de jeunes enfants, assistant maternel, professionnel de crèche… Autant de fonctions essentielles au quotidien de millions de familles, confrontées à des besoins de recrutement massifs et durables. Les compétences clés requises ne peuvent tenir dans un algorithme : elles sont profondément humaines — empathie, sens des responsabilités, capacité d’adaptation, relation de confiance. « Les métiers de la petite enfance sont remplis de sens et d’utilité sociétale. Nous avons éminemment besoin de ces professionnelles — qui sont le plus souvent des femmes — et qui participent à éveiller les enfants et à les préparer à la société d’aujourd’hui et de demain, tout en apportant un service essentiel aux parents », complète Marine Desandre.
Cette valorisation concerne également les métiers des services à la personne au sens large, dont les principales branches se mobilisent pour renforcer leur attractivité. Et pour cause : six foyers sur dix envisagent d’avoir recours à l’emploi à domicile dans les prochaines années et, d’ici à 2035, un Français sur cinq devrait être aidant, en raison du vieillissement de la population et de la perte d’autonomie. Autant de facteurs qui font des services à domicile un secteur plus que jamais porteur et essentiel. La plateforme franceemploidomicile.fr fournit par ailleurs toutes les informations pratiques utiles à une carrière ou à une reconversion dans ces métiers.
Perspectives de carrière
Comme d’autres secteurs en tension, les services à domicile et la petite enfance souffrent d’une panne d’attractivité auprès des candidats. « L’image qu’en a le grand public, c’est celle de métiers difficiles, insuffisamment valorisés et mal payés, analyse Gilles Nicolai, directeur des opérations Île-de-France de JBM, filiale de Randstad spécialisée dans le recrutement dans le médico-social et l’enfance. Il faut rappeler que ce sont des métiers de vocation, porteurs de sens, et propices à l’acquisition de compétences clés sur le marché du travail. Il faut aussi souligner les passerelles possibles. » Il cite notamment les parcours de formation existants : « Les crèches proposent souvent des accompagnements pour passer d’auxiliaire de puériculture (niveau bac ou CAP) à éducatrice de jeunes enfants (niveau bac+3). Il existe également des parcours pour devenir manager ou directrice de crèche, ou encore référente formation. »
Autre argument de poids : l’évolution même des métiers et des responsabilités qui incombent à leurs professionnels. « Historiquement, la garde d’enfants était surtout centrée sur l’hygiène et le médical. Aujourd’hui, la pédagogie, le bien-être et le développement de l’enfant occupent une place centrale, souligne Marine Desandre. Chaque enfant est singulier et a son propre rythme. Travailler dans ce secteur, c’est participer à un éveil primordial, pour lequel l’humain est indispensable. Et avec l’expérience, il est possible d’évoluer, notamment grâce à la validation des acquis de l’expérience. » Professionnels des services à la personne et de la petite enfance : 1. Intelligence artificielle : 0.
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