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Créer sa propre activité : un Graal, un but en soi… ?

, par La Rédaction

La création de sa propre activité n’est jamais neutre. Un grand défi personnel, un but ultime pour certains, un irrépressible besoin d’indépendance pour d’autres, un obstacle au retour à la vie salariée en cas d’échec, enfin, pour certains recruteurs… Et si elle était bien autre chose ? Par Laurent Badoinot, entraîneur YAPUKA et consultant en recrutement, partenaire du cabinet ADEQUALIS Executive Search à Lyon.

Croire en un nouveau concept et le porter

Ma « première fois » fut une aventure de – presque – jeunesse. Fraîchement diplômé d’une école de commerce, j’entame un parcours commercial terrain très formateur, challengeant, presque plus amusant que je ne l’aurais d’abord imaginé. Les responsabilités évoluent avec les résultats, la voie semble tracée… C’était sans compter sur la fusion de deux concurrents, la classique rationalisation des équipes et ma première expérience de plan social. Le moment ou jamais de changer d’univers, de chercher un autre poste en entreprise, de valoriser ces premières compétences terrain, me direz-vous !

 

Et s’il en était autrement ?

Si la suite était plutôt la concrétisation d’idées et de passions qui trottent dans la tête de manière encore un peu confuse ? D’abord le goût de l’univers immobilier, des biens, de l’architecture, de la déco… Ensuite un fort attachement à une région à l’époque bien peu attractive car mal connue, ce Nord de la France que j’avais rejoint à reculons quelques années plus tôt pour y intégrer la susmentionnée école ! Que faire de cela ?
Et s’il s’agissait d’accompagner celles et ceux qui hésitent encore à venir poursuivre leur carrière dans cette région ? Ces cadres qui se voient proposer une mutation vers Lille, par exemple, ou celles et ceux que les entreprises peinent à attirer par méconnaissance du Nord. Découverte de la région, de ses atouts, recherche des lieux de scolarisation des enfants, sélection d’appartements ou de maisons (tiens donc !), aide à la recherche d’emploi pour le conjoint, etc. On parle là de Relocation Services, concept déjà bien présent dans les pays anglo-saxons, mais à l’époque rarement décliné au sein des entreprises françaises.
Pour affiner le projet, en étudier la faisabilité, rien ne vaut un bon accompagnement, et ils ne manquent pas, que ce soit sur le montage du business plan, l’accompagnement financier, les formations comptables ou juridiques.

Les coachs YAPUKA proposent d’ailleurs également un accompagnement pour les entrepreneurs qui souhaitent mieux pitcher leur projet.
L’aventure individuelle de Nord Mutation est lancée, portée à bout de bras, présentée au microcosme économique régional, expliquée, relayée dans la presse…, les portes s’ouvrent assez facilement. Le tout avec très peu de moyens, mais boosté par l’enthousiasme et la conviction d’un projet qui me tient à cœur. L’accueil est bon, les premières demandes de prestations arrivent, mais surtout de la part de grands groupes qui souhaitent d’emblée un contrat cadre au niveau national. Le modèle économique choisi n’est pas en mesure de répondre à l’attente. J’en tire les conséquences, sans aucun regret, sans amertume, car l’expérience a été passionnante, riche d’enseignements et surtout de contacts et de belles rencontres, celles qui constitueront plus tard mon « réseau ».

 

Qui a dit qu’il était difficile de revenir au salariat après une expérience de création d’entreprise ?

Dans mon cas, fort heureusement, tout se fait assez naturellement. A l’époque déjà, l’expérience de création est perçue par certains comme une preuve d’ouverture, de créativité et de dynamisme, plutôt que comme un besoin irrépressible d’indépendance vis-à-vis de toute forme de hiérarchie. Retour, donc, au monde salarié, découverte d’un tout autre métier, qui deviendra lui-même un métier passion : le recrutement. Et c’est d’ailleurs la première opportunité (elle ne sera pas la dernière) issue du réseau créé presque inconsciemment pendant cette belle expérience de création d’entreprise !
La vingtaine d’années qui suivra me mènera également vers d’autres univers, au travers de postes salariés, sur des fonctions de développement commercial, de management, de membre de comités de direction jusqu’à… un licenciement économique (la vie de cadre n’est pas un long fleuve tranquille).

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Décliner une passion autour de valeurs fortes

Cette fois c’est un presque quinqua qui s’interroge sur la suite. Expérience riche, des succès, quelques échecs, mais quelle envie pour la suite, où est la passion ? Un grand classique de la seconde partie de carrière, n’est-ce pas ?
Alors on se pose, on saisit l’opportunité d’un bilan de compétence approfondi, et les évidences se dessinent : le métier passion est le recrutement, la rencontre de l’autre, la compréhension fine du besoin de l’entreprise, l’échange riche et approfondi avec les candidates et candidats, la joie immense de voir deux chemins se rejoindre. Cependant je ne me reconnais pas nécessairement dans l’évolution de ce métier au sein de bon nombre de cabinets ayant pignon sur rue. Que faire alors, si ce n’est porter sa propre vision du métier ? On repart à zéro, ou presque. Le marché est tendu, la concurrence est là, mais l’enthousiasme et la conviction sont intacts, et le réseau est plus solide.
Aujourd’hui, cette aventure continue, se diversifie, avec toute la souplesse qu’offre ce type de projet individuel. Cela me permet à la fois d’accompagner l’installation d’un cabinet lillois en région Auvergne-Rhône-Alpes, autour de valeurs partagées avec ses créateurs depuis plus de vingt ans, de rejoindre la communauté d’entraîneurs YAPUKA, pour aider jeunes et moins jeunes à explorer et valoriser toute la richesse de leur personnalité et de leur parcours, et de m’investir aux côtés de belles associations, par exemple au sein de 60 000 rebonds, pour accompagner d’anciens entrepreneurs vers leur nouveau projet, qu’il soit salarial ou entrepreneurial. La boucle serait-elle bouclée ?

Et pour vous, la création individuelle est-elle un Graal, un but en soi…, ou tout simplement le moyen de concrétiser un projet fort de sens ?

 

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