Chaque année, des milliers de Français quittent leur emploi salarié pour créer une entreprise. Selon une enquête OpinionWay réalisée pour CCI France et le Medef à l’occasion de l’événement Go Entrepreneurs, 29 % des Français envisagent d’ailleurs de créer ou de reprendre une entreprise.
Si jusqu’à 2025, les allocations chômage à 100 % permettaient à ceux qui le souhaitaient d’entreprendre sereinement, aujourd’hui les créateurs d’entreprise ne perçoivent que 60 % du montant des ARE. Une baisse notable qui pourrait refroidir certaines vocations, estime Patrick Maurice, cofondateur et CEO de la société Dougs.
« Le mécanisme qui préexistait faisait figure de filet de sécurité pour les entrepreneurs qui bénéficiaient de droits au chômage. Si l’activité se développe, le créateur peut progressivement se détacher des allocations ; si elle ne fonctionne pas, le risque financier personnel reste limité », affirme-t-il.
Un filet de sécurité remis en cause
Cette analyse s’appuie sur une étude menée par son cabinet d’expertise comptable en ligne, Dougs, auprès de plus de 19 000 entreprises accompagnées. Selon cette analyse, elle montre que parmi les entrepreneurs ayant bénéficié des ARE à la création de leur activité, 84% sont toujours en activité dans les 12 mois suivant la fin de leurs droits. Un chiffre qui ne diffère que de 5 points de celui des entrepreneurs qui n’en ont pas bénéficié (89%).
Pour Patrick Maurice, le faible écart est révélateur : « Les ARE permettent à des personnes qui ne se seraient pas lancées autrement de créer une activité viable. Ces aides donnent une bouffée d’oxygène aux entrepreneurs qui osent faire des levées de fonds audacieuses », estime Patrick Maurice.
Au-delà du versement d’une indemnisation, l’inscription à France Travail offre aussi une forme de continuité administrative et sociale. Les créateurs d’entreprise conservent, pendant douze mois, la portabilité de la mutuelle et de la prévoyance. Ils continuent aussi de cotiser pour la retraite et la santé. « En cas d’arrêt ou de maladie, leur prise en charge est assurée. Les entrepreneurs n’ont pas à s’inquiéter de ces différents aspects et peuvent donc se concentrer à 100 % sur leur création d’entreprise », rappelle le CEO.
Des débuts plus rapides
L’étude met en avant un autre effet : les bénéficiaires de ces allocations avancent plus vite en phase de démarrage de leur activité. « A ancienneté comparable, les créateurs d’entreprise sont plus nombreux à avoir trouvé leurs premiers clients et à facturer une activité réelle », note l’étude.
Les chiffres vont dans ce sens. Entre 24 et 30 mois, 64% d’entre eux génèrent déjà des revenus, contre 56% pour ceux sans ARE. Au bout de cinq ans, 24,4% des bénéficiaires atteignent un chiffre d’affaires supérieur à 50 000€, contre 19,9% de ceux qui se sont lancés sans aide.
« L’accompagnement financier permet à davantage de porteurs de projet de transformer leur idée en activité réelle. Les ARE donnent du temps pour structurer une offre, trouver des premiers clients, corriger des erreurs et ajuster son modèle économique », estime Patrick Maurice.
Tester sans tout risquer
Le cabinet estime aussi que le taux de cessation d’entreprise légèrement plus élevé chez les entrepreneurs qui bénéficient d’aides, n’est pas forcément signe d’échec : « Les créateurs ont pu tester leur modèle de manière sécurisée. Quand l’aide s’arrête, ils peuvent décider rationnellement de poursuivre leur activité ou de la clôturer en fonction de sa viabilité ».
Autrement dit, ces aides – même réduites – donnent le temps d’essayer, d’ajuster, voire d’abandonner si le projet n’est pas viable, sans plonger dans la précarité. « L’entrepreneuriat devient une option mesurée, non un saut dans le vide », résume-t-il.
A ses yeux, il ne s’agit donc pas d’un coût perdu pour l’Etat, mais d’un investissement qui peut, à terme, produire de l’activité, de l’emploi, de l’investissement et donc de contribuer à l’économie. « Plus on a d’aides, plus on s’autorise à innover. Finalement, l’ARE pour les entrepreneurs, c’est l’assurance de ne plus jamais les revoir à France Travail », conclut Patrick Maurice.