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Garantie Jeunes : “Doubler le nombre de bénéficiaires en 2021 n’est pas à la hauteur des enjeux”

, par Fabien Soyez

La Garantie jeunes va être élargie, pour aider deux fois plus de jeunes éloignés de l’emploi. Mais sera-ce suffisant ? L’éclairage de David Cayla, économiste à l’Université d’Angers.

La Garantie jeunes, que le gouvernement compte élargir pour toucher 200 000 jeunes précaires, est-elle la bonne solution pour aider ces derniers à s’insérer en cette période de crise ?

Mise en place en 2016, la Garantie jeunes vise à assurer aux 16-25 ans qui ne sont « ni en emploi, ni en études, ni en formation »et qui ont des problèmes d’argent, une allocation mensuelle de 497 euros, afin de les aider à s’insérer sur le marché du travail. Ce dispositif leur permet aussi de bénéficier de l’accompagnement d’une mission locale ; avec des formations et des stages.

Mais la Garantie jeunes n’est pas assez connue des jeunes, à cause d’une promotion insuffisante. Ce qui génère de nombreux non-recours. Bien qu’efficace, ce dispositif ne concerne actuellement que 100 000 bénéficiaires. Et en toucher demain 200 000 reste largement insuffisant par rapport au potentiel de ce dispositif, et au nombre total des jeunes précaires. (1) 

En outre, cette aide ne dure que 18 mois maximum : s’ils ne trouvent rien à la fin, les jeunes se retrouvent à nouveau sans ressources, ni emploi.

Enfin, la Garantie jeunes ne concerne que les jeunes en situation d’exclusion, les plus vulnérables. On ne peut pas compter uniquement sur ce dispositif pour aider tous les jeunes. Car même avec un diplôme ou une formation, beaucoup sont tout autant en difficulté.

 

Comment aider ces jeunes en difficulté, mais moins éloignés de l’emploi ?

Il faut d’abord améliorer les systèmes d’aides pour les étudiants. En augmentant les bourses, notamment celles d’échelon élevé : beaucoup de boursiers cherchent de petits jobs “alimentaires” en parallèle, et en sont privés avec la crise.

On pourrait aussi créer d’autres aides exceptionnelles. Notamment pour les non-boursiers, eux aussi en difficulté. L’idée d’une “allocation d’autonomie” est depuis longtemps à l’étude (2). Au Danemark, chaque étudiant bénéficie d’un “salaire mensuel” de 700 euros.

Ensuite, pour les jeunes diplômés qui ne trouvent pas d’emploi (315 000 en 2020), il faut développer un plan d’embauches beaucoup plus massif. En créant au moins 500 000 emplois jeunes. D’ailleurs, s’il y a un acteur économique capable de les embaucher, c’est bien l’État. Il y a aujourd’hui de grands besoins dans la santé, l’éducation, le social. Nous ne pouvons pas attendre uniquement que les entreprises, qui n’ont pas toutes de postes à offrir, recrutent.

 

LIRE AUSSIEmploi : Vers une Garantie jeunes universelle ?

 

Elisabeth Borne souhaiterait justement créer à terme une “Garantie jeunes universelle », c’est-à-dire un “droit ouvert à tous” les jeunes de bénéficier d’une aide financière assortie d’un accompagnement vers l’emploi…

Ce serait une bonne idée. Mais le fait de passer seulement de 100 000 à 200 000 bénéficiaires en 2021 n’est pas du tout à la hauteur des enjeux.

Pour toucher réellement tous les jeunes en difficultés financières, il faut augmenter considérablement les moyens de ce dispositif, dès maintenant : créer des centaines de missions locales, recruter du personnel, aller au devant des jeunes, allonger sa durée. Sans cela, il ne s’agira que de vœux pieux.

Enfin, même “universelle”, la Garantie jeunes ne répondra pas aux problèmes des étudiants et des jeunes diplômés si elle continue de reposer sur des conditions de ressources. Ainsi que sur le critère “ni emploi, ni études, ni formation”.

 

(1) Selon la Dares, 963 000 jeunes étaient sans études, ni emploi, ni formation en 2019.

(2) En 2001, le Commissariat général du plan préconisait la création d’une “allocation de formation pour tous” les 16-25 ans, complétée par une “allocation de recherche d’emploi”. En 2017, seize ans plus tard, le rapport Dulin-Vérot est revenu sur l’idée d’une “allocation d’autonomie” pour les jeunes adultes, notamment les diplômés qui ne trouvent pas d’emploi et qui ne sont pas indépendants financièrement.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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