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Rebondir avec le CSP : “ce dispositif prend tout son sens dans cette période de crise”

, par Fabien Soyez

Depuis 2011, les licenciés économiques des entreprises de moins de 1 000 salariés et des entreprises en liquidation ou redressement judiciaire peuvent bénéficier d’un contrat de sécurisation professionnelle (CSP). Fin juin, les partenaires sociaux ont décidé de reconduire le dispositif jusqu’en 2023. L’occasion de dresser un bilan du CSP, 10 ans après sa création, et de parler des enjeux posés par la crise actuelle, avec Eric Le Jaouen et Patricia Ferrand, respectivement président et vice-présidente de l’Unédic.

Dix ans après sa création par les partenaires sociaux, le contrat de sécurisation professionnelle (CSP), quel bilan pouvez-vous en tirer ?

Eric Le Jaouen : Suite à plusieurs bilans intermédiaires, il est possible de dire que ce dispositif d’accompagnement a fait la preuve de son efficacité, en ce qui concerne le retour à l’emploi des licenciés économiques. Pour rappel, conçu pour favoriser les reconversions professionnelles, le CSP propose un accompagnement intensif , pendant 12 mois, avec un conseiller dédié, un accès facilité à la formation et une indemnisation plus élevée que l’allocation d’aide au retour à l’emploi.

Les différentes études réalisées par l’Unédic ont montré que cet accompagnement renforcé satisfait globalement les bénéficiaires et accélère leur retour à l’emploi. À profil similaire, les stagiaires du CSP sont en effet plus nombreux à être en emploi 18 mois après leur arrivée au chômage que les autres licenciés économiques ou d’autres demandeurs d’emploi ayant perdu un CDI.

Le CSP est intéressant pour le demandeur d’emploi sur la partie indemnisation (puisqu’elle est supérieure à ce qu’il aurait via un dispositif classique de retour à l’emploi) et en matière d’accompagnement. Il lui apporte des entretiens réguliers et un suivi renforcé. Ce dispositif est aussi intéressant pour les employeurs, car il se montre réellement incitatif, avec cette possibilité financière de bénéficier d’une prime de reclassement en cas de reprise d’emploi rapide (avant la fin du 10e mois en CSP, dans le cadre d’un CDI ou d’un CDD d’au moins 6 mois).

Au niveau des chiffres, ce sont 1,5 million de personnes qui ont pu bénéficier du CSP à la suite d’un licenciement économique depuis 2011. On constate qu’un bénéficiaire sur 4 retrouve un emploi dans les 6 mois après son entrée dans le dispositif. 4 bénéficiaires sur 10 ont un contrat de 6 mois ou plus dans les 2 ans après être entrés dans le dispositif.

 

 

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Le CSP aura-t-il une importance supplémentaire dans cette période de crise et d’après-crise sanitaire ?

Patricia Ferrand : Les partenaires sociaux avaient à coeur de reconduire, dans cette période, ce dispositif qui arrivait à échéance du fait de la fin d’un avenant. L’enjeu devrait être, après la pandémie, de repositionner le CSP dans l’ensemble des dispositifs destinés à favoriser un retour à l’emploi durable et à permettre des reconversions professionnelles (qui pourraient être accélérées par la crise). “Pendant” du projet de reclassement proposé aux salariés licenciés économiques des entreprises de plus de 1 000 personnes, le CSP a fait ses preuves, notamment pendant la crise, car il a participé à limiter la casse au sein des salariés des organisations de moins de 1 000 salariés, ou en liquidation / redressement judiciaire.

On a pu voir l’émergence de nouveaux profils ces dernières années, avec notamment une proportion plus importante de femmes (48 % en 2020 contre 41 % en 2015, sans doute en lien avec la progression des licenciements dans le secteur tertiaire), et de salariés issus des secteurs les plus touchés par la crise (industrie, commerce de détail, hébergement-restauration…). Nous avons vécu une période exceptionnelle, avec d’importantes conséquences économiques et sociales, notamment sur le marché du travail. Même s’il n’y a pas eu de grosse vague, il y a eu de nombreux licenciements et plans sociaux, et il s’agissait de poursuivre ce dispositif, car les conséquences de la crise vont perdurer.

En outre, des mutations ont été accélérées par la crise dans le monde du travail, du télétravail au développement de secteurs déjà en tension comme le numérique. Elles participent à un mouvement plus général de réflexion sur les compétences dans l’économie, notamment tout au long de la vie professionnelle. On a besoin de pouvoir investir dans les compétences (techniques et comportementales), aussi bien quand on est en entreprise que lorsque l’on est en période de chômage. Et clairement, le CSP permettra de répondre à ces besoins de formation, notamment pour des reconversions. Car en plus de permettre un accompagnement renforcé et personnalisé, il garantit une indemnisation qui apporte aux licenciés économiques une visibilité et une sécurité financière à même de leur permettre de se projeter dans la recherche d’un emploi pérenne. Pas de trouver un travail le plus vite possible, mais de pouvoir rebondir dans l’emploi durable.

 

ELJ : L’impact du CSP devrait être positif cette année. En 2021, nous devrions observer plus de créations d’emploi que de destructions dans le cadre du CSP. Et dans cette perspective, il est clair que ce dispositif prend tout son sens dans une période comme aujourd’hui, avec une situation économique délicate et un marché de l’emploi qui reste perturbé.

L’utilisation du CSP a augmenté significativement ces derniers mois et devrait montrer toute son utilité prochainement, pour aider les salariés des entreprises en difficulté ; notamment dans les domaines d’activité les plus touchés par la crise, qui risquent de rester durablement impactés. L’aéronautique, l’événementiel, les agences de voyage risquent aussi d’avoir des difficultés pour redémarrer rapidement, et le CSP est un dispositif qui peut participer à l’accompagnement des demandeurs d’emploi de ces secteurs “ralentis”.

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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