Les entreprises qui recrutent

Médico-social : Korian et Orpea recrutent chacun 5 000 infirmières et aides-soignantes en 2021

, par Fabien Soyez

Avec la crise, les embauches sont en berne. Mais pas dans le médico-social. Orpea et Korian, qui gèrent la majorité des Ehpad et des cliniques de soins de suite en France, recrutent toujours en masse. Jusqu’à former eux-mêmes leurs futurs collaborateurs.

La crise du Covid-19 a-t-elle impacté vos projets de recrutement ?

Nadège Plou, DRH France de Korian : Korian emploie 26 000 salariés en CDI, dans 400 Ehpad et 85 cliniques de SSR. Chaque année nous recrutons 5 000 collaborateurs en CDI, dont la moitié sur des fonctions d’aides-soignantes. Et la crise ne change rien à nos plans. Avant, face au vieillissement de la population, nous avions déjà un fort besoin de forces vives. La pandémie l’accroît ; pour aider et soigner des personnes âgées ou dépendantes, en maisons de retraite et à domicile. Nous avons l’objectif de recruter 9 000 personnes en CDI en 2021-2022, dont 1 500 infirmières et 5 000 aides-soignantes. Ainsi que du personnel pour les cuisines de nos établissements.

Jean-Christophe Romersi, directeur général d’Orpea France : Orpea emploie 25 000 collaborateurs et en recrute chaque année 5 000 ; en particulier des aide-soignantes, des infirmières et des chefs de cuisine. Au sein de 354 établissements ; des Ehpad, des services d’aide à domicile, ainsi que des cliniques SSR (Clinea). Au lieu de nous freiner, la crise nous a aidé à fidéliser le personnel qui venait chez nous en vacation. Elle ne remet pas en cause nos projets. Au contraire, des développements importants sont à venir : 5 000 recrutements, à nouveau, mais aussi une formation en interne étoffée, et la création de nouveaux établissements.

 

Votre secteur est, toutefois, en tension. Ce qui vous pousse notamment à former vous-mêmes vos recrues…

N. P. : Nous faisons face à un décalage important entre le nombre de candidats diplômés et de postes à pourvoir chaque année. Cette difficulté nous a poussé à revoir la formation de nos recrues. Nous comptons développer un grand plan de formation interne / externe, qui nous permettra de former nous-mêmes 80 % de nos recrues. La crise nous apporte en fait des opportunités. Elle nous permet d’abord de nous ouvrir aux jeunes, via l’apprentissage. Nous avons ouvert un “CFA des métiers du soin”, afin d’y former 500 aides-soignantes (en alternance) en 2021.

Nous avons aussi lancé un projet de formation en interne, socialement responsable, qui nous permettra de former puis de recruter directement des candidats à la reconversion. Baptisé “Passerelles vers l’emploi”, il s’adosse au dispositif “Transitions Collectives”, qui permet aux salariés menacés par la crise de se reconvertir. Nous créerons des ponts avec des entreprises en difficulté. Nous irons y chercher des personnes intéressées par nos métiers, les formerons pendant 18 mois, puis les embaucherons. Ce système décuple les possibilités de formation. Jusque là, la seule voie était de passer par un IFAS ou un IFSI, avec deux rentrées par an. Notre ambition est de recruter 400 aides-soignantes via ce mécanisme en 2021. Ainsi que 500 dans notre CFA.

En interne, nous continuerons aussi à développer la possibilité, pour ceux qui commencent au plus bas niveau de l’échelle, d’évoluer dans notre groupe grâce à des parcours diplômants, notamment la VAE. Des agents de service peuvent ainsi devenir aides-soignantes, puis infirmières. Près de 400 personnes ont été accompagnées sur ces programmes en 2020, avec un taux de réussite de 86 %.

 

LIRE AUSSI : Les métiers du soin et du médico-social recrutent : “des opportunités tant pour les jeunes que pour une reconversion”

 

J-C. R : Le médico-social est clairement un marché en tension. Mais paradoxalement, la pandémie a créé un déclic chez de nombreux Français, qui ont envie d’aider les autres, et de trouver du sens. Au sein des centres de formation, la demande explose. Dans notre groupe, nous avons aussi constaté que le sentiment d’engagement et d’utilité de nos salariés avait été renforcé. Malgré un contexte tendu, la crise nous permet de porter des messages positifs (sur le sens profond de la mission des professionnels du médico-social) auprès des personnes susceptibles de nous rejoindre ; et de nos propres collaborateurs. Nous avons aussi pour objectif de renforcer notre politique de formation interne. En proposant des formations diplômantes (avec nos deux IFAS et la VAE), en particulier.

 

Quels conseils donneriez-vous à des personnes intéressées par une reconversion dans le médico-social ?

N. P. : Avant tout, prendre le temps de réfléchir à leur projet, et vérifier qu’elles ont vraiment l’envie de travailler auprès d’une population âgée ou dépendante. Ainsi que l’empathie nécessaire : ce sont des métiers qui nécessitent une forte proximité à l’autre, et que l’on ne rejoint pas par hasard. Les formations nécessitent un investissement en temps (entre 12 et 18 mois). Elles garantissent un CDI à la fin, mais mieux vaut éviter de se diriger vers elles par défaut.

 

J-C. R : Les compétences techniques sont importantes, mais le savoir-être aussi. Sans forcément relever de la vocation, ces métiers nécessitent un fort engagement. Impossible de ne se diriger vers ces métiers que pour une considération pécuniaire, sans une réelle appétence pour l’accompagnement des personnes fragilisées.

 

pe-aide-a-domicile-V2

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


Sur le même thème