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Reconversion : De l’hôpital à l’entrepreneuriat

, par Adam Belghiti Alaoui

Anne-Sophie de Pontevès-Minkiewicz a exercé durant trois ans en tant qu’infirmière dans un hôpital parisien. Mais le rythme effréné et le peu de moyens ont eu raison de sa passion. Inspirée par son propre parcours, dotée de compétences en ressources humaines, elle crée une entreprise qui aide d’autres infirmières à se reconvertir.

REB_Reconversion infirmièreLes conditions de travail des infirmiers sont rudes. C’est une réalité connue du grand public, dont les médias se font largement l’écho, notamment depuis la crise sanitaire. Et le parcours d’Anne-Sophie de Pontevès – Minkiewicz le confirme. Elle rêvait de devenir infirmière depuis qu’elle était enfant. Elle le décrit encore volontiers comme un « métier passion », mais elle ne se fait plus d’illusion sur le quotidien des blouses bleues et blanches. « Au bout de trois ans d’activité, j’ai perçu combien l’écart était important entre d’une part ce métier que j’avais idéalisé et choisi et, de l’autre, les conditions et les moyens mis à notre disposition pour l’exercer« , partage-t-elle.

Malgré un exercice dans des services différents (cancérologie, pédiatrie, soins palliatifs) et une prise de responsabilités, Anne-Sophie n’y croit plus. « La dernière année en tant qu’infirmière, je suis devenue coordinatrice de soins et donc manager. J’ai découvert sur le terrain toutes les dimensions qui relèvent des ressources humaines : recrutement, formation d’équipes, management, etc., décrit-elle. Cependant, il fallait que je change de vie professionnelle, au risque sinon d’y laisser des plumes… »

Oser la reconversion

Son idée ? Capitaliser sur ses récentes compétences acquises en RH et les  » compléter  » par le biais d’une formation. Anne-Sophie s’inscrit alors à l’université Paris Dauphine en Master Management des Ressources Humaines. « Je me suis décidée en regardant les critères de sélection : je n’ai qu’un diplôme d’Etat de trois ans, qui n’entre dans aucun cadre habituel du système licence-master-doctorat, mentionne-t-elle. Mais j’ai tenté ! Quand il s’agit de reconversion, il faut savoir oser, ne pas avoir peur de dépasser certains prérequis qui pourraient vous enfermer. » Anne-Sophie a de l’audace à revendre et elle ne s’arrête pas en si bon chemin. Son diplôme en poche, elle est engagée dans un grand groupe américain, spécialisé en stratégie d’entreprise et en conduite du changement. Le crédo de l’ancienne infirmière ? L’accompagnement à la transformation et au changement humain.

Quelques années plus tard, elle franchit un autre palier et décide de lancer son entreprise. Après une formation au sein de HEC en entrepreneuriat, elle crée Infirmière Reconversion en 2020. Son histoire est son business model. « Nous proposons des programmes de 23 mois pour aider les infirmières et soignants à définir un nouveau projet professionnel. D’ailleurs, mon équipe comprend notamment d’anciennes infirmières, qui ont un background plutôt ‘commercial’ ou ‘marketing’ par exemple. Ainsi, je montre que je ne suis pas un ovni : évoluer professionnellement, rebondir, c’est possible !« , assure-t-elle.

Infirmière Reconversion fait aujourd’hui travailler douze collaborateurs, dont sept coachs. Une vraie réussite, donc, pour celle qui ne s’imaginait pas devenir un jour chef d’entreprise : « Je suis parvenue à m’intégrer. Je me voyais ‘petite infirmière’, je pensais que je n’aurais jamais rien à dire, ni à l’université ni auprès de dirigeants. Or, le fait d’avoir un profil qui sort du schéma classique est valorisé : on a envie d’avoir mon avis parce que j’ai un regard et un prisme d’analyse différents sur les choses. »

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Vivre plusieurs vies

Se reconvertir, c’est aussi mettre à profit le savoir-être de son expérience passée. Pour l’ancienne infirmière, son métier lui a offert des compétences transposables dans d’autres secteurs d’activité : sens de l’empathie, rigueur, organisation, sens des priorités, travail en équipe pluridisciplinaire et gestion du stress. « Quand on a été infirmière, il y a forcément des barrières à passer. Mais une fois qu’on les a franchies, on peut réutiliser tout ce qu’on a appris et le mettre au service des autres. Et cela vaut pour de nombreux métiers !« , rappelle Anne-Sophie. D’ailleurs, l’entrepreneure apprécie de connaitre plusieurs métiers durant sa carrière.

Pour elle, cela ne constitue plus une excentricité. « Il ne faut pas se dire que son premier métier sera son dernier métier, et le seul. Nous ne sommes plus à l’époque de nos parents et grands-parents, qui ont évolué toute leur vie dans le même secteur. Il faut intégrer que se reconvertir, ce n’est absolument pas un échec. Au contraire, c’est sain !« , martèle-t-elle. Se voit-elle pour autant chef d’entreprise durant les quinze prochaines années ? Pas vraiment. Aussi fière soit-elle de sa petite entreprise, Anne-Sophie imagine, pourquoi pas, revenir au salariat, réintégrer un grand groupe, qu’elle apprécie pour son « émulation intellectuelle » et rejoindre un board, par exemple. Une seule condition : rester dans l’accompagnement de la personne.

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Adam Belghiti Alaoui
Journaliste


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