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“Des millions d’emplois sous tension ne demandent qu’à être exercés par des indépendants”

, par Fabien Soyez

Le gouvernement a présenté en septembre un plan en faveur des indépendants, encore en difficulté face à la crise. Objectifs : protéger leur patrimoine personnel, mais aussi élargir leur accès à l’assurance chômage. Pour Guillaume Cairou, fondateur de l’Observatoire du travail indépendant et président de Didaxis-Hiworkers, il est possible d’aller plus loin.

Quel est votre regard sur le Plan indépendants lancé par le gouvernement ?

C’est une bonne chose, dans la mesure où le nombre d’indépendants devrait doubler d’ici 2030. Ce plan va dans le bon sens pour inciter au travail indépendant, en le simplifiant. Il prévoit de créer un “statut unique” pour l’entrepreneur individuel, qui protégera et valorisera une voie encore peu sécurisée. Le vrai problème, ce sont les droits sociaux des indépendants, qui restent très insuffisants. Or, cette réforme facilitera aussi l’accès au dispositif d’assurance volontaire contre le risque d’accident du travail et de maladie professionnelle. Enfin, elle rendra éligibles à l’allocation des travailleurs indépendants (ATI) ceux dont l’activité n’est plus économiquement viable, et assouplira la condition de revenu minimum pour en bénéficier. Pour ceux qui, comme ce fut le cas pendant la crise, perdent leur activité quand leur secteur est malmené, l’ATI constituera un filet de sécurité non négligeable.

 

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Ce qui est prévu pour l’ATI et le statut des entrepreneurs individuels est-il la solution au chômage en général ?

L’ATI reste peu utilisée : 911 personnes en ont bénéficié depuis sa création en 2019, en raison de ses critères d’accès trop restrictifs. La simplification prévue devrait faciliter la reconversion et la formation des indépendants. Combinée à un statut unique pour l’entrepreneur individuel, espérons qu’elle permette à terme d’aller plus loin, en créant des passerelles pour passer plus facilement du salariat au non salariat.

Les indépendants peuvent être une réponse aux métiers pénuriques. Il faut savoir que dans un certain nombre de secteurs, plusieurs centaines de milliers d’emplois sous tension ne demandent qu’à être exercés par des professionnels autonomes et indépendants. Dans le numérique, il manque actuellement environ 200 000 talents. Dans les services à la personne et l’aide à domicile, on recherche la même proportion de personnes. Il en manque aussi 250 000 dans l’hôtellerie-restauration. La transition écologique, enfin, devrait créer 100 000 emplois par an, qui seront probablement exercés d’une façon nouvelle, par des indépendants dans la majorité des cas.

Dans ce cas de figure, la reconversion d’un certain nombre de demandeurs d’emploi s’avère indispensable. Et la formation et l’accompagnement des entrepreneurs est la clé pour réussir la transformation du travail que nous vivons actuellement, et notamment pour recréer de l’emploi dans les territoires. Il faudra accompagner l’ensemble de ces talents, indépendants ou “slashers” (actifs qui cumulent plusieurs activités) ayant vocation à le devenir, et leur proposer des formations très courtes, sur l’ensemble des métiers qui peinent à recruter.

 

Au-delà , faudrait-il une allocation pour tous les indépendants ?

Je suis un fervent défenseur d’un revenu universel pour les indépendants : un RUI. Rappelons que les indépendants en difficulté ne représentent que 10 % de cette population de créateurs de richesses. Il s’agirait d’un socle de droits sociaux, sur lesquels on pourrait adapter le niveau de protection du travailleur indépendant, en fonction de son niveau d’activité, mais aussi de ses besoins. À travers un guichet unique, les entrepreneurs cotiseraient pour avoir droit à une allocation en cas de perte d’activité. Ces artisans de la relance pourraient ainsi rebondir et recréer. Mais le RUI permettrait aussi d’accompagner ceux qui veulent franchir le pas, et de les sécuriser le temps de développer leur activité.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez


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