Reconversion

Reconversion professionnelle : comment cet ancien salarié a créé une entreprise à impact

Il est aujourd’hui à la tête d’Ekwateur, une start-up spécialisée dans le secteur des énergies renouvelables. Mais, avant cela, Julien Tchernia a occupé plusieurs postes en France et à l’étranger, jusqu’à ce qu'il trouve une aventure répondant à sa quête de sens.

En classe de cinquième, une remarque de son professeur de maths a marqué un premier tournant dans sa vie. « Je lui avais posé une question, se souvient Julien Tchernia, et il m’avait alors répondu : ‘La dernière personne qui m’a posé cette question a fini à Polytechnique.' » Ce commentaire a guidé ses choix académiques : après une classe préparatoire, il intègre une école d’ingénieurs, mais commence à douter : « Je me suis rendu compte que je n’étais là que parce que j’étais bon en maths, pas parce que je savais ce que je voulais faire. » Un stage en recherche et développement sur des radars civils à Brest, en 1992, le confronte à la réalité du métier d’ingénieur, mais ne dissipe pas ses doutes. « C’était un moment charnière : j’ai compris que ce n’était pas ce qui me plaisait le plus, mais je ne savais pas encore ce que je voulais faire », poursuit-il.

En 1996, Julien Tchernia est recruté par Schlumberger, à Mâcon. « Je travaillais sur des relevés pour les compteurs d’eau et d’électricité en France et en Allemagne, raconte-t-il. C’était un travail intéressant, mais ce n’était pas une passion. » En quête de nouvelles perspectives, il rejoint Altran en 1998, une entreprise de conseil en ingénierie : « J’ai alors découvert un métier qui me plaisait vraiment : je suis devenu business manager, et, pour la première fois, j’avais trouvé un sens à mon travail. »

Julien Tchernia décrit cette période comme un moment d’épanouissement professionnel. « Trouve des clients, recrute ton équipe, fais le boulot que tes clients t’ont demandé et tu seras payé en fonction de tes résultats, résume-t-il. C’était clair, concret, et ça me plaisait. » Après six ans à Bruxelles, direction l’Italie pour continuer sa carrière chez Altran, à Rome, avant d’être débauché par Alten, un concurrent, où il gère le développement business pour tout le pays : « Quand je suis arrivé à Milan, j’avais une centaine de consultants dans mon équipe. C’était une grande responsabilité, mais c’est aussi à ce moment que j’ai pris conscience du problème du dérèglement climatique. »

Se reconvertir pour se réaligner

En 2007, Julien Tchernia ressent un besoin profond de réorienter sa carrière vers quelque chose de plus aligné avec ses préoccupations environnementales. C’est ainsi qu’il entreprend une reconversion complète en s’inscrivant à un master sur l’énergie aux Mines de Paris. « Le changement le plus fort est alors survenu. J’ai compris que je voulais travailler dans l’énergie, mais pour cela, il fallait que je me forme », explique-t-il. La reconversion n’a pas été un long fleuve tranquille. Diplômé en 2008, en pleine crise économique, il peine à trouver un emploi correspondant à ses nouvelles aspirations : « Je pensais être recruté à mi-temps et pouvoir créer ma propre entreprise en parallèle avec un associé. Mais la réalité a été différente. C’était la crise, et je me suis retrouvé au chômage. » En 2009, il décide de déménager à Paris avec sa compagne, en attendant la naissance de leur premier enfant. « Je cherchais du boulot, mais c’était difficile, confie-t-il. Finalement, des amis belges m’ont appelé pour me proposer un poste dans une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables. C’est à ce moment-là que j’ai enfin trouvé ce pour quoi j’avais travaillé pendant tant d’années. »

Créer une entreprise à impact

En 2015, fort de ses expériences passées et de sa conviction que le secteur de l’énergie est au cœur des enjeux climatiques, il cofonde Ekwateur, une start-up française spécialisée dans l’énergie renouvelable : « Je voulais créer une entreprise qui soit à la fois rentable et qui ait un impact positif sur le monde. L’idée était de fournir une alternative durable aux fournisseurs traditionnels d’énergie. » Sous la direction de Julien Tchernia, Ekwateur se développe rapidement pour devenir le plus grand fournisseur indépendant d’énergie en France. « Nous avons commencé modestement, mais nous avions une vision claire : offrir une énergie 100 % renouvelable à nos clients », souligne-t-il. L’entreprise intègre même le Next 40 et l’Impact 40, deux classements des entreprises les plus prometteuses dans la lutte contre le dérèglement climatique. « Entrer dans ces classements a été une reconnaissance importante, se réjouit-il. Cela montre que notre travail et notre vision sont pris au sérieux. » Aujourd’hui, Julien Tchernia est fier du chemin parcouru : « Je suis heureux d’être à la tête d’une entreprise à mission, qui œuvre pour la transition énergétique. Et, en plus, je suis père de deux filles, ce qui donne encore plus de sens à ce que je fais. » Malgré ses inquiétudes passées sur le climat, il se dit aujourd’hui « plus serein » et convaincu que l’humanité progresse dans la bonne direction. Avec le recul, il reconnaît aussi que chaque étape de sa carrière, même les plus difficiles, a été formatrice. « Toute expérience sert, même si c’est tardif. Ce n’est pas grave si cela prend du temps. Pour ma part, j’ai mis des années à comprendre que je n’étais pas fait pour être ingénieur télécom », sourit-il. Aujourd’hui, il est convaincu qu’une fois que l’on sait où l’on veut être, il faut persévérer : « On peut ne pas trouver le job dès le premier instant, mais il ne faut jamais abandonner ! »

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