Reconversion

Ne pas confondre résilience et précipitation : le piège du rebond instantané

Cet article est issu du dossier "Tribunes d'experts"

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Dans notre société française, où l’échec est stigmatisé, l’injonction à rebondir rapidement s’impose presque comme une norme… Et si on acceptait plutôt de prendre le temps ?

Au-delà des apparences et des histoires qu’on (se) raconte, la tendance à devoir rebondir instantanément est un vrai piège. Celles et ceux qui sont la tête sous l’eau, encore abattus, peuvent ressentir une forme de culpabilité, quand partout on prône l’action, encore, toujours et tout de suite. Les rebonds les plus radicaux cachent aussi des dénis de l’expérience vécue, et créent parfois des boucles d’échecs qui se répètent.

L’acceptation prend du temps

Barbara Ehrenreich, auteure du livre Smile or Die: How Positive Thinking Fooled America and the World (Rire ou mourir : comment la pensée positive a trompé l’Amérique et le monde), explique le côté pernicieux de ne voir que le bon côté des situations. Cela enlève toute possibilité de reconnaître les difficultés de la vie, les erreurs, les échecs. Impossible donc d’en dégager des sources d’apprentissage et de progression. Accepter les failles et les émotions douloureuses est indispensable à toute évolution personnelle comme toute réussite future. Refouler n’est pas faire preuve de résilience, bien au contraire.

Le rebond est un processus qui demande un minimum de temps. Sa durée varie selon l’impact émotionnel et mental des épreuves vécues. Je ne peux que vous inviter à lire Boris Cyrulnik – Un merveilleux malheur – pour comprendre l’essence même de ce principe de résilience. Psychanalyste, il en est l’un des plus grands défenseurs. Sans compréhension de ses douleurs, difficile de véritablement se reconstruire… Il faut donc parfois plonger profondément pour s’élever vraiment.

Attention, donc, au rebond violent, qui peut se retourner contre soi. Revenir après un échec, une mise à l’écart, une maladie, un burn-out, prend des mois, des années pour certains. Quoi qu’en disent certains dirigeants qui ne pensent qu’au rendement et à la productivité pure. Le corps a souffert, le mental encore plus. On n’est plus le même. Et le regard des autres non plus.

Avoir de la compassion pour soi

Le rebond immédiat n’est pas une obligation ! Misez plutôt sur une volonté de revenir de manière progressive dans le jeu. Votre jeu. Peut-être un nouveau jeu d’ailleurs. Dans ce jeu, des cartes sont à disposition, des jokers, comme celui de la compassion avec soi-même, pour se porter un regard bienveillant et tolérant. Ce qui n’enlève pas la détermination et l’ambition des mois d’après. Imagine-t-on un sportif s’entraîner juste après une grave blessure ? Le corps ne s’en remettrait pas et ce serait la fin d’une carrière. Si Kevin Mayer, champion du monde du décathlon, a refusé de concourir aux Jeux olympiques de Paris, c’est pour voir à plus long terme. Il y jouait sa carrière d’athlète. Terrible décision, mais le choix était simple : attendre et manquer les Jeux chez lui, ou garder d’autres chances de médailles pour l’avenir.

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