6 conseils pour négocier son départ et quitter son entreprise
Emploi

6 conseils pour négocier son départ et quitter son entreprise

Quitter son travail et son entreprise peut être une nécessité et, si le départ est bien préparé et négocié, une opportunité. Autrice du livre « Quitter son job et négocier son départ », l’avocate en droit du travail Valérie Duez-Ruff vous guide pour préparer votre négociation et en faire un levier de rebond pour votre carrière.

1° S’écouter pour identifier la nécessité du départ

Avant toute chose, il s’agit de comprendre et d’identifier qu’un changement est nécessaire et que ce cadre de travail ne nous convient plus. Pour cela, il faut vous connecter à votre corps, qui peut vous envoyer toute une série de petits signaux (maux de tête, douleurs dans le dos, troubles du sommeil, troubles alimentaires…). Un autre bon réflexe sera d’interroger votre entourage, qui peut percevoir des altérations de votre humeur ou de votre quotidien.

La dichotomie entre vie personnelle et vie professionnelle me semble être une aberration. On n’a qu’une seule vie, on ne peut pas complètement séparer les deux sphères.

2° Ne pas fuir le conflit et privilégier la négociation

Au fil des années, je me suis rendu compte que la négociation donnait d’aussi bons, voire de meilleurs, résultats que le contentieux, dans des délais bien plus courts. L’objectif étant de rebondir et de se relancer le plus rapidement possible.

L’idée du conflit peut faire peur, mais il ne s’agit pas d’une guerre ouverte. Si vous n’êtes pas d’accord, si vous ressentez un mal-être ou l’envie de partir, il est important que vous puissiez l’exprimer de façon constructive et saine, pour se prémunir de l’explosion d’une marmite de frustration au plus mauvais moment.

C’est là que la négociation prend tout son sens. J’encourage à privilégier la négociation au contentieux pour plusieurs raisons. D’abord l’aléa judiciaire : on ne sait jamais sur quoi cela va déboucher. Ensuite, le temps de la procédure qui peut s’étendre sur plusieurs années. Enfin, le coût pour le salarié : le coût de la procédure et des frais d’avocats mais aussi le coût émotionnel et en matière d’énergie.

3° Envisager de se faire accompagner

Une procédure judiciaire peut être très éprouvante. C’est pourquoi j’encourage également les personnes concernées à se faire accompagner si elles le peuvent. Il ne faut pas sous-estimer la charge émotionnelle d’une rupture professionnelle, et l’accompagnement peut vous apporter ce recul que vous n’avez pas et limiter les risques. Je pense qu’il faut changer la façon dont on perçoit le recours à l’avocat. Si vous sentez que cela ne va pas et que vous avez besoin de conseils, allez-y. Ce n’est pas parce que vous consultez un avocat que vous allez aboutir à une procédure en contentieux. Au contraire, je suis souvent dans une posture de médiation entre les entreprises et mes clients. L’accompagnement peut être vu comme un investissement et une sécurité, qui peut permettre de prendre plus de temps pour soi, pour se reconstruire et préparer sa prochaine étape professionnelle.

4° Ne pas choisir la démission par facilité

Le point majeur de la démission volontaire, c’est que vous perdez vos droits au chômage pour lesquels vous cotisez, sauf cas spécifiques. Vous vous mettez donc en risque : si vous n’avez pas encore de promesse d’embauche ailleurs et que vous mettez du temps à retrouver un emploi, que va-t-il se passer ? C’est de l’incertitude et surtout, de l’insécurité. J’encourage à mettre toutes les chances de son côté.

5° Gérer les émotions pendant la négociation

La posture est essentielle. Certes, il y a un certain rapport de force, mais la négociation n’est pas un duel et il faut savoir y apporter de la subtilité et ne pas être trop agressif. L’expression que j’utilise souvent, c’est « une main de fer dans un gant de velours ». Et pour cela, l’idéal est de se mettre à la place de votre interlocuteur : si j’étais lui, comment aimerais-je que la discussion soit abordée ? Il faut s’adapter à son interlocuteur et à ses émotions. Cela paraît évident, mais dans le feu de l’action et le stress du moment, ce n’est pas évident. D’où l’importance de la préparation en amont : Quel est le profil de mon interlocuteur ? Quelles pourraient être ses réactions à l’annonce de mon envie de départ ?

S’agissant de ses propres émotions, il est important de ne pas se laisser déborder par la colère ou des émotions de ce genre. En revanche, si vous exprimez une souffrance ou un mal-être et qu’une émotion comme la tristesse vous envahit, laissez-la venir. Il faut savoir rester authentique et congruent sans forcer.

6° Ne pas demander la rupture conventionnelle en premier

Une fois que les deux parties ont accepté de négocier et ont trouvé un accord sur le montant, il s’agit de choisir le mode de rupture pour formaliser l’accord. La simplicité de la rupture conventionnelle homologuée (RCH) la rend accessible au plus grand nombre et permet le maintien des droits au chômage, mais n’est pas à mon sens le meilleur moyen pour trouver un accord. En effet, depuis 2023, l’indemnité de RCH est soumise à une contribution de 30 % à la charge de l’employeur.

Quoi qu’il en soit, si vous souhaitez une rupture conventionnelle, il ne faut jamais la demander ou l’évoquer en premier ! C’est un conseil contre-intuitif mais démontré. Face à cela, l’employeur vous répondra le plus souvent « Tu n’as qu’à démissionner ». L’évocation de la RCH doit venir de l’employeur. Quand on négocie, on doit arriver avec un scénario en tête, exploser les raisons qui font que la situation n’est plus tenable pour les parties. De sorte que l’employeur propose la solution de départ.

La procédure de licenciement négocié peut aussi être une solution intéressante et gagnant-gagnant. C’est le mode de rupture que je privilégie, mais il répond à un formalisme précis et à une chronologie précise, mieux vaut donc être conseillé et accompagné par un avocat pour cela.

Pour aller plus loin: Quitter son job et négocier son départ, Valérie Duez-Ruff, Eyrolles (2025)

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