Emploi

« Surqualifié » : comment désamorcer ce mot poli qui vous élimine après 45 ans !

« Vous êtes surqualifié pour ce poste » : derrière cette remarque en entretien d’embauche se cachent souvent plusieurs craintes du recruteur, notamment sur le salaire, la motivation ou l’âge du candidat. Comment répondre lorsque l’on vous juge trop expérimenté ? Voici quatre conseils pour valoriser son expérience, adapter son CV et rassurer un recruteur sans minimiser son parcours.

Vous décrochez un entretien. Le courant passe, l’échange est fluide et vous vous imaginez déjà à ce poste. Mais la phrase tombe, presque bienveillante : « Vous êtes un peu surqualifié.e pour ce que nous cherchons. »

Sous la politesse, un tri silencieux vient de se faire. Traduit sans filtre, « surqualifié » veut souvent dire : trop cher, trop expérimenté, peur que vous vous ennuyez, trop vieux ou trop vieille pour l’équipe.

Cette anecdote ne sort pas de mon imagination. C’est malheureusement un réflexe trop fréquent de la part des recruteurs. À expérience professionnelle égale, un cadre de plus de 50 ans voit ses chances d’obtenir une réponse positive à une candidature chuter de plus de 20 % par rapport à un candidat de référence, selon un testing mené en France par les chercheurs du TEPP-CNRS. Le biais existe, il est mesuré, et le nier ne vous aidera pas à décrocher le poste de vos rêves.

Voici ma bonne nouvelle : vous ne pouvez pas contrôler les mauvais réflexes d’un recruteur, mais vous pouvez décider de ce qu’il lit en premier. C’est là que se joue votre marge de manœuvre. Plutôt que de subir, vous pouvez désamorcer cette mise en case avant qu’elle prenne trop de place.

Candidatez sur votre contribution, pas sur votre grade.

Un recruteur qui lit « Directeur, 25 ans d’expérience » peut entendre : « cher et pressé de retrouver un titre équivalent ». Un recruteur qui lit « J’ai réduit les délais de livraison de 30 % et formé une équipe de huit personnes » peut entendre : « cette personne va résoudre mon problème ». Reformulez votre CV autour des problèmes que vous savez régler, des solutions que vous savez mettre en œuvre plutôt qu’autour de l’échelle statutaire que vous avez gravie dans le passé.

Nommez vous-même votre motivation.

Le doute du recruteur porte parfois sur votre engagement réel dans un poste qu’il pense être « en dessous » de vous. Ne le laissez pas deviner pourquoi c’est faux. Dites en une phrase pourquoi ce poste précis vous intéresse aujourd’hui, à ce moment de votre parcours. Une motivation assumée vaut mille justifications défensives.

Chiffrez la valeur, jamais l’ancienneté.

Patrick, un professionnel que j’ai accompagné récemment, mentionnait en haut de son CV : « 27 ans d’expérience en X ». Il ne recevait jamais de réponse. Pourquoi ? Parce que c’est un chiffre qui vieillit. Nous avons retravaillé ce CV pour en sortir 3 résultats concrets et chiffrés. « J’ai fait économiser tel montant, lancé tel produit, redressé telle situation » est un chiffre qui peut vous faire embaucher. L’expérience ne se vend pas au poids des années, elle se vend au résultat qu’elle produit demain. Je dis souvent, et ça ne plaît pas, que les expériences passées en tant que telles n’ont pas de valeur. Pourtant, c’est la réalité. Une expérience qui n’est pas transformée en compétence transférable ne sert à rien.

Choisissez vos cibles.

Certains environnements cherchent un potentiel à former sur trois ans. D’autres cherchent quelqu’un d’opérationnel dès lundi, capable de tenir un rôle exigeant sans période de rodage. Ce sont ces environnements qui peuvent vous voir non comme un surcoût mais comme un atout. Concentrez votre énergie sur eux.

Vous voyez, il ne s’agit surtout pas de vous « rapetisser » pour rassurer vos interlocuteurs. Il ne s’agit pas de réduire les expériences sur votre CV. Parce que ce serait une double peine : vous cachez ce que vous valez, et vous validez au passage l’idée que l’expérience serait un handicap à faire oublier. L’enjeu est l’inverse : il s’agit de présenter votre parcours de façon à ce que sa valeur saute aux yeux, tout de suite, avant que le tri automatique ne s’enclenche.

Être expérimenté est un actif à faire fructifier. Vous et moi, nous savons que le mot « surqualifié » ne parle que du recruteur, qui n’a pas encore vu votre valeur. À vous de la lui montrer, dès la première ligne de vos candidatures.

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