Qu’est-ce que la répartie ?
Spontanément, on pense à la punchline, à la répartie que j’appellerais spectacle. Mais, par exemple, en entretien, je ne suis pas convaincu que cette forme de répartie passe bien ; l’effet ne sera pas forcément le meilleur. Plus largement, la répartie se définit comme une réponse rapide et juste. Ce dernier point varie selon l’effet recherché : faire rire, convaincre, etc. Donc, avoir de la répartie, ce n’est pas avoir de l’esprit et savoir placer de bonnes phrases qui marchent dans des dîners. C’est beaucoup plus simple que cela.
En quoi est-ce une compétence importante aujourd’hui ?
Je différencierais deux choses. D’abord, en tant que chercheur d’emploi et, ensuite, dans son métier. En tant que candidat, l’entretien, qui est une épreuve orale, reste incontournable. Or, avoir de la répartie joue sur l’éthos, c’est-à-dire la crédibilité, la confiance et la sympathie que j’inspire en tant qu’orateur. Donc, c’est un facteur différenciant. Dans son métier, tous les secteurs sont concernés. Et même ceux dont on pourrait penser qu’ils ne sont pas spécialement oraux. Bien communiquer est toujours clé. Et puis, dans une carrière, pour évoluer, il y a le savoir-faire, mais aussi le faire-savoir qui explique que certains progressent plus vite que d’autres.
Quid des indépendants ?
Pour eux, la base est de réussir à être clair, à expliquer ce qu’ils font. Cela semble être le b.a.-ba, mais ce n’est pas atteint par beaucoup de personnes à cause, notamment, du jargon technique ou des anglicismes. Or, c’est une nécessité. Il m’arrive parfois d’avoir des personnes qui me racontent leur métier pendant 10 minutes et, à la fin, je n’y comprends toujours rien ! Donc, déjà, être clair est la première condition et, ensuite, il faut réussir à convaincre et à montrer que l’on est compétent.
Quelle est la première étape pour travailler sa répartie ?
Avoir de la répartie implique de répondre, donc cela demande, au préalable, d’oser. Pour cela, la compétence est importante, mais il y a aussi un lien avec la confiance en soi. C’est la première étape. Ensuite, cela implique une qualité que l’on peut sous-estimer dans la prise de parole, qui est l’écoute. Je pense à des rendez-vous clients, si on n’est pas à l’écoute, on ne pourra pas comprendre l’autre. Si on ne comprend pas l’autre, on ne pourra pas avoir une réponse qui fonctionne et qui a du poids parce qu’elle sera déconnectée de ce que la personne est et veut. Je trouve que c’est un vrai problème. Souvent, aujourd’hui, on n’est plus dans le dialogue, on est dans la juxtaposition de monologues : vous allez dire quelque chose, et en fait, moi, je ne vais rien faire d’autre que de chercher à rebondir pour parler de moi et me mettre en valeur. Essayez plutôt d’avoir une écoute sincère.
Lors d’un entretien, on peut être déstabilisé par une question inattendue. Comment s’y préparer ?
L’idée est toujours d’apporter une réponse juste, c’est-à-dire qui provoque l’effet recherché. Donc, la question à se poser est : qu’est-ce qui se cache derrière la question ? Dans ce genre de rendez-vous, on cherche toujours à montrer sa compétence, qu’on est la bonne personne. Il faut toujours s’y raccrocher, même si la question paraît un peu éloignée. Si on me demande ma plus grande peur dans la vie, il faut que je trouve une peur qui me permette de montrer une compétence ou une qualité. Je pourrais donc répondre : « Moi, je me suis rendu compte que ce qui me faisait le plus peur dans ma vie, c’était de m’ennuyer, c’est pour cela que je cherche un métier qui a du sens et que j’ai postulé dans votre entreprise ». Si je réponds que j’ai peur des araignées, je n’apporte pas grand-chose à l’entretien ! Si vous êtes un peu décontenancé, vous pouvez aussi toujours vous rattacher au style que vous avez choisi : Paul Mirabel utilise toujours l’autodérision tandis que Zlatan c’est plutôt ce qu’on appelle de l’ego-trip, avec un peu d’arrogance. Cela permet de répliquer de manière systématique sans avoir à réfléchir. À la question de la peur, cela donnerait respectivement : « Vous savez, moi, j’ai tellement peur de tout et n’importe quoi que faire un choix serait trop compliqué ! » et « Vous savez, moi, j’ai peur d’absolument rien. Je crois que c’est la peur qui a peur de moi ! ».
Est-ce que la clé c’est donc de trouver son propre style ?
Oui, je pense que c’est essentiel. Par essence, le style doit coller à la personnalité. Quelle image souhaitez-vous renvoyer ? On en revient à l’éthos : moi, par exemple, je sais que j’ai envie de renvoyer de la sympathie, cela m’importe énormément dans ma façon de travailler, donc aussi dans ma manière de me présenter. Dans mon style, j’ai mis beaucoup d’humour et d’autodérision. J’ai parfois des clients qui, au contraire, cherchent vraiment à incarner la rigueur.
Quelle place pour les silences dans la répartie ?
Répondre rapidement ne veut pas dire instantanément. Cette nuance est importante. On peut s’autoriser quelques secondes avant de commencer à parler. Mais on est tous victimes d’une distorsion du temps, on ressent une forte pression pour ne pas laisser de blancs. Pourtant, c’est essentiel : d’une part, pour ne pas combler avec des « du coup, alors, euh, voilà », d’autre part, parce que le pic de stress est au début de la prise de parole, mieux vaut donc respirer au lieu de commencer sur ce pic. Enregistrez-vous et vous verrez qu’on laisse, en général, trop peu de silences dans nos échanges.
Vouloir avoir réponse à tout, est-ce que cela ne peut pas finir par être agaçant pour les autres ?
En fait, la limite ce n’est pas de chercher à avoir réponse à tout, mais de chercher à avoir toujours raison ! Le but ne doit pas être de montrer qu’on est le meilleur. Parfois, “Je ne sais pas” est une réponse acceptable, cela peut montrer de l’humilité.