C’est dans le marché caché que se jouent les opportunités
La plupart des candidats concentrent tous leurs efforts sur les offres visibles. Pourtant, les recrutements qui se font « avant publication » représentent la majorité du marché. « On dit que 20 à 45 % du marché professionnel est visible via les annonces, et 55 à 80 % est caché. Et ce qui est dommage, c’est que seulement 20 % des chercheurs d’emploi se rendent sur ce marché caché », explique Christel de Foucault.
Pour les personnes en reconversion, avec un trou dans le CV ou un parcours atypique, c’est même souvent le seul espace vraiment accessible : « Aujourd’hui, les tris de CV sont automatisés. Ceux qui n’entrent pas dans les cases sont éliminés. Le réseau, lui, permet de passer avant la pile ».
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Ne jamais « demander un job », mais transformer ses proches en connecteurs
Beaucoup n’osent pas solliciter leur réseau par peur de déranger. D’autres, au contraire, le sollicitent… mais maladroitement. « Hervé Bommelaer, expert en networking, le dit très bien : il ne faut jamais demander un job à son réseau proche. Parce qu’au fond, c’est trop lourd. Les gens nous aiment, mais ils ne peuvent pas nous trouver un poste. Cela crée de la gêne, et le réflexe humain dans ce cas-là, c’est la fuite », explique Christel de Foucault.
La bonne demande n’est pas « Aide-moi à trouver un poste », mais « As-tu quelqu’un à me recommander ? ». Le rôle du réseau proche est d’ouvrir une porte vers quelqu’un d’autre, comme un connecteur. Une fois mis en relation, il faut impérativement informer son contact, insiste la spécialiste en recherche d’emploi : « Le gros problème, c’est que les gens disparaissent après. Il faut remercier, tenir au courant. C’est comme ça qu’on entretient le lien ».
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Oser revenir vers quelqu’un… même après deux ans de silence
Relancer après une longue période est possible, à condition de ne rien demander spécifiquement. « On peut très bien dire : “Bonjour, cela fait longtemps. J’ai pensé à vous en voyant tel article.” Sans projet, sans demande. Une phrase simple : comment allez-vous ? », note Christel de Foucault.
Le secret est de laisser l’autre poser la question “Et vous, où en êtes-vous ?”. C’est à ce moment-là seulement que l’on peut évoquer sa recherche : « Comme en amour, si on saute sur la personne au premier message, elle part en courant. Mais si on échange un peu, le lien se recrée ».
LinkedIn, un terrain de jeu stratégique
Sur LinkedIn, la première prise de contact ne se fait pas en messages privés, mais en commentaires. « Si vous commentez les publications d’une personne pendant plusieurs jours, elle va vous reconnaître. Votre visage devient familier. Et on aime les gens qui nous donnent de la visibilité. L’algorithme nous y pousse », indique Christel de Foucault.
La méthode est simple et redoutable : observer les publications des personnes que l’on souhaite contacter, commenter avec pertinence, puis seulement après envoyer une demande de connexion : « La recherche d’emploi est un jeu stratégique. On intéresse les autres en s’intéressant d’abord à eux ».
Le retour inattendu de la carte de visite
Dans un monde digital, l’objet peut sembler désuet. Pourtant, il fonctionne. « La meilleure carte à jouer quand on est chercheur d’emploi, c’est la carte de visite », affirme Christel de Foucault. Selon elle, l’essentiel n’est pas d’y afficher le nom d’une entreprise, mais son identité professionnelle : photo, nom, domaine d’expertise, QR code vers LinkedIn ou un book.
« On n’a pas toujours son CV sur soi. Mais on peut donner une carte de visite dans une boulangerie, à la salle de sport, lors d’un événement. Cela permet à l’autre de se souvenir de nous. Et surtout, cela nous positionne comme offreur de services et non demandeur d’emploi », explique l’experte.
Maintenir le lien, même quand on n’a plus besoin
Le réseau n’est pas un dispositif que l’on active uniquement en période de recherche. « Le plus grand secret du réseau, c’est d’accepter de donner avant de recevoir. Si on ne veut que prendre, le réseau s’éteint. Mais si on entretient, si on aide, si on est présent, alors le réseau nous soutiendra quand ce sera notre tour », conclut Christel de Foucault.