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Emploi et insertion : quel bilan 20 ans après la loi dite « Handicap » ?

Cette année marque les 20 ans de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits, des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, aussi dite "loi handicap". L’occasion pour Christian Ploton, président de l’Agefiph depuis septembre 2024 (association qui soutient le développement de l’emploi des personnes handicapées dans les entreprises, ndlr), de faire le bilan du chemin parcouru et de dresser les priorités pour les années à venir.

Quelles sont vos priorités à la tête de l’Agefiph ?

Depuis que j’ai pris la présidence en septembre dernier, l’Agefiph porte toujours la même priorité : poursuivre d’une part l’accompagnement des entreprises dans leurs politiques inclusives et d’autre part le soutien aux personnes en situation de handicap dans leur recherche d’emploi, leur évolution professionnelle et leur maintien en emploi. Ce qui a changé, c’est le contexte économique plus fragile, qui peut mener à une détérioration de la situation et du marché du travail. Mais je ne nourris pas d’inquiétudes. Si l’on veut atteindre l’ambition d’une société inclusive, il faut que nous optimisions la mise en commun des actions de tous les acteurs de l’insertion. C’est notamment ce qui n’a pas été optimal depuis la loi de 2005. Je pense à tout l’écosystème de l’emploi et du handicap : France Travail, les Cap emploi, les entreprises, les associations, les acteurs du dialogue social…

La loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances fête ses 20 ans, en quoi a-t-elle permis de changer les choses ?

Cette loi avait un premier intérêt fondamental, celui de poser un nouveau cadre. Son idée était celle de la garantie de l’égalité des droits et des chances. Avec d’une part l’obligation d’accessibilité dans les lieux publics, les transports et les logements ; d’autre part le renforcement des droits à la scolarisation des enfants en situation de handicap ; et enfin la mise en place de mesures pour favoriser l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés. Avec, par exemple, le renforcement de la reconnaissance du handicap, la mise en œuvre du principe du droit à la compensation du handicap ou encore la création des maisons départementales pour les personnes en situation de handicap (MDPH). Sans oublier la création du jumeau de l’Agefiph, le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP).

Depuis vingt ans, et notamment grâce à cette loi, les choses ont évolué dans le bon sens. Bien qu’il reste beaucoup de travail, par exemple pour combattre les discriminations auxquelles font encore face les travailleurs handicapés dans le monde du travail et de la formation. Mais aussi vis-à-vis de l’accessibilité : on ne peut pas tolérer que certaines personnes ne puissent pas circuler en toute liberté.

Quelles sont les évolutions positives que l’on peut souligner ?

En vingt ans, la définition du handicap a progressivement évolué et on a vu le champ des reconnaissances s’élargir. Ce qui explique que l’on soit passé d’1,3 million de personnes bénéficiant de la reconnaissance administrative de leur handicap en 2002 à plus de 3 millions aujourd’hui. Cette augmentation est également liée au fait que les personnes concernées ont sans doute plus confiance dans l’utilité de cette reconnaissance, qui permet de débloquer l’accès à de nombreux droits et accompagnements. Aussi on a plus que doublé le nombre de personnes reconnues handicapées en emploi : de 500 000 en 2002 à 1,2 million en 2023. Et le taux de chômage des personnes handicapées est passé de 17 % à 12 %. Certes il reste supérieur au taux général, mais il se réduit plus rapidement.

D’autres chiffres plus spécifiques sont aussi intéressants : depuis 2005, les actions de l’Agefiph et de la FIPHFP ont permis le recrutement d’environ 1,5 million de personnes, public et privé confondus, et l’entrée en formation de 900 000 personnes en situation de handicap.

En quoi la reconnaissance administrative du handicap est une des clés pour s’insérer professionnellement ?

Je crois profondément qu’elle est très importante. Dans le cadre de l’évolution professionnelle et du maintien dans l’emploi, la RQTH peut débloquer des situations et permettre la mise en place de mesures et d’aménagements indispensables. Idem pour l’accès à la formation, avec sept fois plus de contrats d’apprentissage signés par des travailleurs handicapés aujourd’hui par rapport à 2005. Les moyens techniques ont beaucoup évolué ces dernières années. On sait aujourd’hui créer les aménagements de postes adéquats. En 2005, 27 000 interventions au titre de la compensation du handicap ont été réalisées, contre 80 000 en 2023. On parle ici d’aides humaines, techniques, à la mobilité et à l’adaptation des situations de travail. De fait, nous sommes passés sur la même période de moins de 9 500 maintiens dans l’emploi sur l’année, contre près de 25 000 aujourd’hui.

Quel message pouvez-vous adresser aux travailleurs en situation de handicap et aux personnes concernées ?

Je sais que la multiplicité des acteurs sur le terrain du handicap et de l’insertion peut parfois désorienter. C’est pourquoi j’ai fait du rapprochement entre tous les acteurs une priorité, pour clarifier le parcours d’accompagnement et favoriser encore plus l’insertion. Et, en matière d’emploi et d’opportunités professionnelles, il y a encore tout un potentiel à aller chercher : si certaines entreprises affichent un taux d’emploi de personnes en situation de handicap de plus en plus important, c’est plus délicat au niveau des TPE / PME, et 30 % des entreprises françaises n’embauchent aucun travailleur handicapé.

Ce qui m’a frappé dernièrement, notamment avec l’élan et la réussite des Jeux paralympiques, c’est que les choses ont changé. Les personnes en situation de handicap ne recherchent pas de l’assistanat, elles cherchent à s’insérer correctement dans la société comme tout un chacun. Et pour cela, elles prennent plus conscience de leurs compétences et sont capables de plus d’audace et de confiance. C’est cette dynamique qu’il faut entretenir, parce que c’est aussi ce qui peut faire la différence pour se faire recruter.

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