Entreprendre

Entreprendre avant 30 ans, pourquoi pas vous?

Créer sa boîte plutôt que gravir les échelons d’une entreprise : une aspiration qui séduit une jeunesse en quête de liberté, d’impact et de sens. L’entrepreneuriat s’impose aujourd’hui comme une voie de plus en plus naturelle pour les moins de 30 ans.

Ce n’est pas un simple effet de mode ! « Il y a une vraie dynamique entrepreneuriale forte en France, particulièrement tirée par les jeunes », souligne Hélène Formery, directrice de la création et de l’entrepreneuriat chez Bpifrance. Cette tendance s’appuie sur un travail de fond mené dans les établissements d’enseignement supérieur selon Alexie Robert, chargée d’études au Céreq. Un effort qui place la France au-dessus de la moyenne des pays du G7 en matière de politiques de soutien à l’entrepreneuriat dans l’enseignement supérieur, d’après l’étude internationale Global Entrepreneurship Monitor. Dominique Restino, fondateur du Moovjee, confirme : « Les jeunes sont davantage informés sur la création d’entreprise, l’accompagnement et les dispositifs publics, ce qui les incite plus à se lancer. »

Résultat : des jeunes plus confiants, mieux préparés et moins freinés par la peur du risque. À cela s’ajoute l’émergence de rôles modèles inspirants et la multiplication des dispositifs d’accompagnement donnant naissance à une véritable vague entrepreneuriale portée par une génération décomplexée. « Je suis né avec Internet et YouTube. De nombreux influenceurs ont démocratisé l’entrepreneuriat et montré que c’était possible », affirme Gaspard Marcel. Cette exposition précoce à l’univers de la création d’entreprise l’a aidé à dépasser ses croyances limitantes. À 22 ans, il intègre l’EM Normandie avec une idée en tête : créer sa boîte en s’appuyant sur l’incubateur de l’école. Au contact d’experts, mentors et anciens élèves entrepreneurs, il développe Genius Gambler, une alternative plus saine au pari sportif traditionnel : « L’école a facilité la création de mon entreprise et m’a permis de recevoir 12 000 € de subventions. » Ses motivations ? Contribuer à un monde meilleur, agir en accord avec ses valeurs, avoir un impact positif — tout en brisant le plafond de verre et en accédant à une réussite sociale et financière.

Une nouvelle génération d’entrepreneurs

À 17 ans, fraîchement bachelier, Matthieu Hubert cofonde une start-up de développement logiciel avec deux copains. « Cela nous a permis de prendre de l’expérience, de nous faire un réseau et de découvrir le monde de l’entrepreneuriat », confie-t-il. Étudiant en troisième année du cursus ingénieur généraliste du CESI à Arras, il partage désormais son quotidien entre ses études et le développement de Mattech, sa nouvelle startup dédiée à l’accueil téléphonique intelligent. Il bénéficie du Statut National Étudiant-Entrepreneur (SNEE), qui lui permet d’entreprendre tout en continuant ses études. Chaque année, 5 600 jeunes bénéficient de ce statut qui leur offre notamment le droit d’aménager leurs horaires de cours et de travailler sur leur propre projet lors de leurs stages.

À l’image de nombreux jeunes, Gaspard et Matthieu symbolisent cette génération montante d’étudiants entrepreneurs, animés par l’innovation et les technologies. Selon Bpifrance, un jeune sur deux de moins de 30 ans envisage de créer son entreprise un jour(1). Ce qui les pousse à entreprendre ? « Leur volonté de réaliser un rêve et d’exercer une activité conforme à leurs valeurs », souligne Hélène Formery. Alexie Robert ajoute « la volonté de pouvoir prendre leurs propres décisions et de pouvoir mieux concilier vie privée et vie professionnelle ». Pour un jeune sur deux, travailler à son compte constitue en effet « le choix de carrière idéal ». L’entrepreneur bénéficiant toujours d’une grande aura auprès des jeunes. « Il est perçu comme un leader et un visionnaire qui a de grandes responsabilités et qui gère des situations complexes », met en avant Dominique Restino.

Lutter contre les a priori

S’ils perçoivent l’entrepreneuriat comme difficile, six étudiants sur dix veulent néanmoins créer ou reprendre une entreprise dès la fin de leurs études(2) – soit une hausse de 16 points par rapport à 2023. Leurs principales craintes ? Le manque d’expertise et la concurrence trop vive. « Nous devons démontrer que notre jeunesse est une véritable force, et non une faiblesse. Il nous faut faire preuve de crédibilité, inspirer confiance, et prouver, bien plus que les autres, que nous possédons toutes les compétences nécessaires », affirme Gaspard Marcel. Pour Matthieu Hubert, la légitimité ne se compte pas en années, mais se gagne par l’engagement, les compétences et l’investissement personnel. À seulement 20 ans, il reconnaît parfois manquer d’assurance lorsqu’il doit s’adresser à un directeur général d’une grande entreprise. Mais il n’en doute pas : il croit en son produit, et surtout en l’avance technologique de sa génération, notamment sur l’IA ; qui ose, bouscule et fait bouger les lignes. « Les gens nous font confiance. Il suffit de leur prouver notre sérieux et ce dont on est capables », estime-t-il. À ses yeux, l’âge n’est pas un facteur déterminant. « Entreprendre à 20 ou à 35 ans, ça ne change pas grand-chose, à part avoir déjà pris quelques coups de dent », sourit-il. Conscient néanmoins de son manque d’expérience, il n’hésite pas à s’entourer : la start-up est incubée chez EuraTechnologies, et les fondateurs ont recruté un responsable commercial de… 36 ans. Une manière de gagner en crédibilité.

(1) Volet Jeunes de l’Indice Entrepreneurial Français 2023 (Ifop pour Bpifrance Création).

(2) 9e édition du baromètre Moovjee-CIC-OpinionWay.

Retrouvez cet article dans son intégralité dans le n°286 de Rebondir. Disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne.

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