Diplômé en journalisme, le jeune homme passe par différentes rédactions avant de devenir community manager au sein d’un média économique français. À la naissance de sa deuxième fille, en 2018, il réalise qu’il n’éprouve plus de satisfaction à passer 8 heures par jour derrière un ordinateur avec des communautés dites sociales : « Je ressentais une certaine lassitude. Je voulais faire quelque chose de plus concret. Je me suis rendu compte que si dans quelques années je devais expliquer à ma fille ce que je faisais, je n’aurais aucune réponse censée. Je brassais du vent. »
Cette réflexion l’a amené à envisager une nouvelle orientation dont il soit fier. « Je désirais également passer du temps avec ma famille, j’ai donc exclu tout ce qui était travail de nuit et jours fériés, raconte-t-il. J’ai fait la liste de métiers qui m’intéressaient et je les ai après effacés un par un jusqu’à trouver le bon. » Après avoir exploré plusieurs pistes comme fleuriste, brasseur de bières ou boulanger, il décide de se tourner vers la plomberie, un secteur en demande où il pouvait à la fois se réinventer et trouver une stabilité financière. Une reconversion radicale qui nécessitait une formation adéquate pour celui qui n’était pas du tout manuel.
Une reconversion soutenue par France Travail
En juin 2019, il quitte son poste avec une rupture conventionnelle et s’inscrit à France Travail : « C’est le premier organisme qui pouvait m’aider dans cette reconversion. À l’écoute, ma conseillère m’a soumis le programme “Activ’ projet”. »
Une fois inscrit, Romain est suivi par un coach : il suit sur plusieurs mois des entretiens individuels ainsi qu’avec des groupes de discussion. L’occasion de se rendre compte qu’il n’était pas seul à aspirer à une nouvelle vie professionnelle. « Quitter un CDI pour un métier manuel peut faire peur à l’entourage, concède-t-il. On se demande si l’on n’est pas en train de faire une bêtise. Se retrouver avec des personnes aux profils similaires m’a rassuré. Il n’y avait aucun jugement, que du soutien. »
Romain se rend alors compte qu’il n’avait aucune des compétences techniques nécessaires pour devenir plombier. « Je ne comprenais pas certains mots, se souvient-il. C’est un métier à part entière avec son propre jargon, ses propres expressions. Je me suis dit qu’il me faudrait du temps pour apprendre mais je ne suis pas plus bête qu’un autre, tout était possible ! »
Parallèlement, Romain contacte divers plombiers reconvertis à travers la France pour qu’ils lui racontent leur quotidien, les difficultés, les avantages… « Tous étaient très épanouis, très heureux», souligne-t-il. Une fois le choix conforté, Romain se tourne vers Les Compagnons du Devoir pour suivre une formation en alternance : «Les Compagnons apportent le savoir théorique, le savoir-faire dans les règles de l’art. Mais on apprend surtout le métier sur le terrain. Je voulais avoir une énorme part d’entreprise, c’est pour cela que j’ai choisi cet organisme. »
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Un métier gratifiant
La pandémie du Covid-19, début 2020, est l’occasion pour Romain de continuer ses recherches sur le métier. Il découvre alors le portrait d’un plombier intervenant à vélo. Sensible à la cause environnementale, cette nouvelle facette du métier l’attire immédiatement. « Avec ce moyen de transport, il n’y a pas d’embouteillages, de frais de stationnement, il n’y a pas d’assurance ou s’il y en a une, les frais sont minimum, précise-t-il. Et en plus, c’est bon pour la planète ! » Ce modèle écologique et pratique l’inspire et devient l’objectif de Romain.
Le Parisien commence sa formation chez les Compagnons du Devoir, à Pantin, en septembre 2020. L’occasion pour l’entourage de voir tomber les clichés qui entourent le métier. « En CAP thermique, c’est surtout du travail de tube et de soudure dans le but de créer des réseaux d’alimentation. On ne passe pas forcément nos journées à installer des WC, des lavabos et avoir les mains dans les toilettes! », plaisante-t-il. Les semaines s’enchaînent avec succès pour Romain, toujours soutenu par sa femme.
Le goût du métier s’affirme sur le terrain et auprès de son patron qui lui transmet les gestes essentiels. Il participe à des interventions qui le confortent dans sa quête d’utilité, comme la remise en état de l’eau chaude pour un homme âgé vivant dans des conditions précaires : « Il nous a remerciés autour d’un thé à la menthe. Ce moment de convivialité et de reconnaissance simple m’a fait comprendre la valeur de ce métier utile. »
Romain obtient son CAP en juin 2021 et est embauché trois mois plus tard en CDI par le plombier à deux roues. Durant près de deux ans, il intervient non-stop au sein d’une équipe en tant que plombier dépanneur casque sur la tête. « Mais du jour au lendemain, notre patron nous a annoncé que la société allait partir en liquidation judiciaire », regrette-t-il. Une nouvelle épreuve pour Romain.
De salarié à entrepreneur : le défi du Petit Plombier à Vélo
Face à l’instabilité de son employeur, Romain a choisi de prendre les devants avant la liquidation en avril 2023. Il crée son statut d’auto-entrepreneur, ce qui lui a permis de cumuler son indemnisation chômage avec ses premiers revenus d’indépendant. Grâce à son vélo personnel, «Le Petit Plombier à Vélo» développe au fur et à mesure son activité. Une fois son vélo cargo livré, il séduit une clientèle fidèle entre le 15e et 11e arrondissements de Paris grâce à sa maîtrise des réseaux sociaux. Le bouche-à-oreille, notamment via les groupes de mamans d’école et les anciens clients, booste sa visibilité. « Un confrère à vélo sous l’eau m’a même confié des interventions et des clients », se réjouit-il.
Mais l’entrepreneuriat n’est pas de tout repos. « Ce n’est pas juste réparer des fuites. Il y a aussi la gestion administrative, les devis, les factures, la communication à assurer tard le soir après avoir couché les enfants », explique-t-il. Sa charge de travail lui coûte cher en santé : ulcères, tendinites et fatigue intense le forcent à revoir son organisation. Depuis plus d’un an maintenant, il intervient donc essentiellement dans le 11ème arrondissement où il vit, dédie le lundi à la gestion administrative et évite les interventions le week-end.
Aujourd’hui, Romain ne souhaite pas se développer et préfère rester auto-entrepreneur. « L’exemple de mon ancien patron m’a refroidi quant à l’idée de recruter. Et encore, nous étions des salariés très sympas avec lui, nous n’étions pas en arrêt maladie tous les quatre matins, personne ne lui a volé du matériel, ce qui peut arriver dans le bâtiment… et, malgré cela, il s’arrachait les cheveux pour nous dispatcher à gauche à droite, afin qu’il y ait toujours du travail pour tout le monde. Mais, surtout, dès qu’il a commencé à recruter, il a dû faire face à de nombreuses taxes », avoue-t-il. Romain préfère donc collaborer, si besoin, avec des confrères indépendants.
Une nouvelle quête : transmettre
Soumis désormais à la TVA, Romain réfléchit au deuxième seuil de l’entrepreneuriat avec les 77 700 euros de prestations de service. S’il les dépasse deux années consécutives, il n’aura pas d’autres choix que de créer une société. Son conseil à toutes celles et ceux qui souhaiteraient se reconvertir ? « De l’endurance et de la résilience, car il y a des moments durs. Ne pas hésiter à en parler à son entourage, mais aussi auprès des autres collègues. Depuis le salon du bâtiment par exemple, j’ai découvert un syndicat auquel j’ai adhéré pour m’aider sur la partie fiscalité, car ma partie administrative devient trop pesante et importante. »
En attendant, Romain, qui ressent parfois la solitude inhérente à son métier, se fait parfois accompagner lors de ses interventions de “reconvertis” comme lui. Il envisage désormais d’ajouter une nouvelle corde à son arc : l’enseignement : « J’aimerais aider d’autres personnes à se reconvertir, transmettre ce que j’ai appris. Cela bouclerait la boucle. »
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Crédit photo : Emilie Villeneuve.