Gaëlle Ribon
EN RESPECTANT SON RYTHME
« J’étais sage-femme depuis six ans à l’hôpital. Le quotidien était lourd. Jeune diplômée, on m’a souvent affectée aux cycles de nuit, j’étais très peu en salle de naissance, ce qui fait que je m’y sentais moins à l’aise alors que c’est ce que je préférais. Je n’avais pas de temps pour m’épanouir dans ma vie personnelle. Lorsque j’étais de repos, je n’arrivais pas à récupérer. Est arrivé le Covid, il y a eu beaucoup de gardes à reprendre en plus de mon temps plein, sans reconnaissance. J’étais épuisée. J’en ai eu assez de me sentir comme un pion, de ne jamais être présente aux repas de famille. J’ai décidé de partir. J’ai fait un bilan de compétences car je ne savais pas quoi faire. Il a fait ressortir ce que je préfère dans le métier de sage-femme et que j’avais perdu par manque de temps et d’espace : accompagner les mamans et les couples, répondre aux questions, rassurer si je peux. Est venue l’idée de faire des massages, ce qui me permet de prendre soin des femmes et d’être présente pour elles en parallèle du suivi médical. Cela fait deux ans que j’ai ouvert mon autoentreprise. Je me sens à ma place. J’ai trouvé des passions sur mes temps de loisirs. Je ne vis pas encore de cette activité, je fais aussi des remplacements en maternité. Je travaille exclusivement en suite de couches, je ne vais plus en salle de naissance, où les gardes sont surchargées. Je suis heureuse d’avoir retrouvé mon métier de sage-femme et de l’exercer désormais à mon rythme, tout en développant mon activité en parallèle. »
Alexandra de Verdière
EN ADOPTANT LE TEMPS PARTAGÉ
« J’avais passé quatorze ans dans un cabinet de conseil spécialisé dans les achats. Nous étions cinq au début, 300 à la fin. J’ai grandi avec eux et exercé de nombreux métiers, jusqu’à devenir directrice administrative et financière. J’ai commencé à m’ennuyer quand il n’y a plus eu grand-chose à mettre en place. J’aime le changement, apprendre en mode projets. Je suis repartie en mission chez un client mais celle-ci était trop grosse, mon corps a lâché. J’ai arrêté cette expérience sans savoir où j’allais. J’ai rencontré quelqu’un qui cherchait à qui donner les clés de son coffee shop. Je me suis lancée à temps partagé. J’interviens en mission pour des TPE, des PME et des associations. J’accompagne un ou deux clients à la fois. Toutes les missions sont excitantes : à chaque fois, il faut s’adapter à un nouveau projet, à une nouvelle culture d’entreprise. Je suis là pour impulser une dynamique, je suis une oreille active pour la direction, je les aide à avancer sur leur stratégie à long terme, j’ai une vision à 360°. Cela demande beaucoup d’énergie : c’est pour cette raison que je ne le fais pas à temps plein. En général, je suis entre un et trois jours par semaine chez le client. Je suis un membre actif du groupe des DAF à temps partagé de la DFCG, le réseau des dirigeants financiers. Grâce à la force de ce réseau, on ne se sent pas seul à faire ce métier chacun dans notre coin. Parfois, les intermissions sont plus longues que prévu, mais cela fait partie du cycle de ces projets. »
Laura Rossi
EN CHANGEANT DE STATUT
« Avocate dans le domaine de la consommation depuis 10 ans, mon travail était devenu plus stressant et instable sur le plan financier. J’avais aussi le sentiment d’en avoir fait le tour. Je voulais rester dans le juridique. La magistrature avait toujours été dans un coin de ma tête. J’ai suivi la formation accélérée, compatible avec ma vie de famille. J’ai pris mes fonctions en mai dernier, je suis devenue juge des enfants. C’est un vrai renouveau. Avocate libérale, je ne supportais plus le côté envahissant des mails, je ne coupais jamais. Ils m’ont gâché un nombre incalculable de week-ends et de vacances en famille. Là, mes mails pros sont sur des boîtes mail sécurisées. Sans ordinateur, impossible d’y accéder. Quelqu’un les traite pendant mes congés. J’arrive désormais à déconnecter et à ne pas penser au travail les week-ends. Mes congés payés sont actés, j’ai un salaire fixe. J’ai aussi plus de charge de travail qu’avant, plus de responsabilités. Mais je me sens moins isolée que lorsque j’étais avocate : nous sommes une chouette équipe, nous échangeons beaucoup. J’ai perdu ma liberté d’agenda, de me dire “aujourd’hui, je ne travaille pas”, mais cette liberté avait un coût énorme. Devenir juge a résorbé une énorme partie du stress que j’avais au quotidien. Après trois ans dans une fonction, on peut demander à changer, à devenir juge d’instruction, procureur, juge de l’application des peines… On peut encore se réinventer ! »
Mathieu Blard
EN PASSANT À TEMPS PARTIEL
« Journaliste depuis six ans, j’évoluais dans une rédaction de presse locale. Nous n’étions que deux collègues, j’étais souvent seul au quotidien, avec une charge de travail démente. Comme j’habitais sur le territoire, je connaissais beaucoup de monde, les sollicitations étaient permanentes, c’était difficile de refuser, il y avait beaucoup de pression, je travaillais tout le temps. Je voulais montrer que j’étais un bon petit soldat, j’étais aussi persuadé que j’étais capable d’assumer cette charge de travail colossale, jusqu’au moment où j’ai pété un plomb. C’est un peu comme une voiture qu’on fait tout le temps monter à 280 : à un moment, on finit dans le mur. J’ai été arrêté deux fois avant de demander une mutation. Depuis un an, je suis à Alençon. Moi qui souffrais de solitude, j’ai adoré retrouver des collègues ! Beaucoup sont à temps partiel. J’ai eu l’opportunité de passer à 90 %, j’ai foncé. Au quotidien, avec le jeu des RTT, cela fait de nombreux week-ends de trois jours, moins de tunnels de boulot, des jours de repos à droite et à gauche. Je ne regrette pas, malgré la perte de salaire. Je suis solidaire s’il y a un rendez-vous tardif ou s’il faut remplacer un collègue, mais je ne veux rien me rajouter et ne prendre aucune responsabilité. Je n’ai aucune difficulté à l’assumer. J’ai changé de paradigme, j’ai ralenti. À terme, j’aimerais travailler encore moins et cultiver à côté des plaisirs hédonistes, profiter de ceux que j’aime. Je ne veux pas vivre pour travailler, je veux travailler pour vivre. »