Rien ne prédestinait Cécile Chatain à devenir fleuriste. « J’ai choisi cette reconversion parce que la formation était rapide et que je n’avais pas envie de retourner à l’école », admet-elle, loin du récit d’une vocation longtemps refoulée. À 38 ans, elle exerce depuis huit ans et est à la tête de l’atelier lyonnais Les Tribulations Florales depuis près de cinq ans.
Avant l’artisanat, la fleuriste a surtout connu les bureaux. Après un BTS, puis une formation de secrétaire juridique en alternance, elle travaille dans un cabinet d’avocats avant de poursuivre sa carrière au service des annonces légales d’un journal. Un parcours qui lui convient d’ailleurs plutôt bien. « J’ai toujours aimé travailler parce que j’ai toujours eu des environnements plutôt sympas », raconte-t-elle.
Le déclic d’une reconversion professionnelle
Au bout de quelques années de travail, l’envie de sortir des quatre murs de son bureau s’installe. « J’en ai eu assez d’être derrière un bureau », souffle-t-elle. Le déclic arrive autour de ses 30 ans, lorsque sa dernière expérience professionnelle se termine mal. Plutôt que de chercher un poste similaire, elle y voit l’occasion de changer complètement de voie : « Finalement, c’était vraiment un mal pour un bien. Comme quoi, toutes les expériences sont bonnes à prendre. »
Reste à trouver un métier qui lui plaît. Cécile Chatain ne nourrit pas une passion particulière pour les fleurs et « adore l’odeur du bois ». Elle envisage donc un CAP de menuiserie, mais finit par se tourner vers les fleurs parce que finalement « tout le monde aime les fleurs ».
La jeune femme choisit alors une formation à distance de « design floral » qu’elle complète par plusieurs stages en boutique. Une manière de mettre un pied dans ce nouvel univers sans retourner sur les bancs de l’école. Et le terrain confirme son choix. « Je me suis sentie tout de suite à ma place au milieu des fleurs… J’ai enfilé un tablier, je me suis dit : « Ah ouais, j’adore » », se remémore-t-elle.
De fleuriste salariée à entrepreneuse
Avant même d’obtenir son CAP, qu’elle passe finalement en candidate libre, la jeune trentenaire décroche un CDI dans le kiosque lyonnais où elle avait effectué un stage. Elle y reste un peu plus de deux ans, mais le management finit par devenir pesant. « Je pense que c’est aussi la problématique du métier passion qui peut vite empiéter sur le personnel », analyse-t-elle.
Elle finit par quitter son poste pour rejoindre une amie qui vient d’ouvrir une boutique. Les deux femmes envisagent alors de s’associer. Le projet tourne court lorsqu’elle découvre que son amie ne paie pas les loyers du local. « Un deuxième échec, mais qui m’a cette fois-ci permis de me lancer à mon compte », raconte-t-elle.
Pas question pour autant d’ouvrir une boutique. « Je travaille sur ma table de cuisine, qui est pour le coup assez grande », assure-t-elle. La fleuriste confectionne ses bouquets à la commande pour des entreprises et des particuliers. Elle anime aussi des ateliers floraux via la plateforme Wecandoo. Son fonctionnement à flux tendu lui permet d’éviter les pertes de fleurs fraiches.
Au départ, l’absence de boutique répond surtout à des contraintes financières. Mais avec le temps, cette organisation est devenue sa norme. Elle aime travailler seule : « Pour moi, on n’est jamais mieux servi que par soi-même et je ne suis pas sûre de pouvoir déléguer.» Embaucher lui permettrait pourtant d’accepter plus de projets, mais cette dernière ne cherche pas à faire grandir son entreprise. « Ce n’est pas que je ne suis pas ambitieuse, mais cela me va très bien d’avoir un petit truc et d’en vivre », assure la professionnelle.
Des difficultés arrivées après la reconversion
Loin des reconversions semées d’embûches et de remises en question, Cécile Chatain garde le souvenir d’un changement de voie assez simple : « Je ne me projette pas trop et j’ai tendance à être un peu carpe diem… Je ne sais pas de quoi demain sera fait et ça me va très bien. » Elle reconnaît toutefois que « c’est beaucoup plus facile lorsqu’on est bien entouré ». Ce qui est son cas. Des amis restaurateurs la mettent en contact avec un fleuriste pour l’un de ses premiers stages. Une de ses meilleures amies lui prête aujourd’hui un local pour organiser ses ateliers. Son entourage devient aussi, peu à peu, son réseau.
Les premières difficultés arrivent finalement plus tard, deux à trois ans après son installation à son compte : « J’étais très juste financièrement, puis j’ai tendance à toujours dépenser plus que ce que je gagne… » Pour améliorer l’état de sa trésorerie, Cécile Chatain doit davantage prospecter et ouvrir plus de créneaux d’ateliers floraux, y compris le week-end. « Je déteste faire la prospection parce que je suis nulle et que ce n’est pas mon métier. Je ne suis pas du tout commerciale », reconnaît-elle.
Les ateliers fonctionnent, mais empiètent sur son temps libre : « Je n’ai pas un réel jour off. Donc parfois, c’est un peu lourd. » Elle pense alors un temps reprendre un emploi à mi-temps pour compléter ses revenus, avant de renoncer par manque de temps. La fleuriste rejoint plutôt un club B2B et participe à des petits-déjeuners d’entrepreneurs pour développer son réseau. « Je me suis mis en tête qu’il fallait absolument que ça marche », martèle-t-elle.
Le quotidien d’une fleuriste indépendante
Les réseaux sociaux font aussi partie du travail. Elle y publie tous les deux jours et même si elle ne récolte que « deux ou trois likes », elle reçoit régulièrement des demandes de clients. Mais pas question pour autant de raconter sa vie ou de se mettre en scène pour gagner des abonnés. « Je n’ai pas très envie de devenir une célébrité », plaisante-t-elle.
Et puis ses journées sont déjà bien remplies. Sans véritable journée type, elle s’appuie surtout sur une organisation millimétrée : « Mon meilleur pote, c’est mon agenda !» Elle explique aussi passer « plus de temps à ranger qu’à créer, c’est un peu frustrant parce que ce je préfère, c’est vraiment composer mes bouquets », confie-t-elle. Et par chance, ses clients lui laissent souvent carte blanche, ce qui lui permet de créer librement, avec une ligne qu’elle essaie de tenir : privilégier les fleurs locales et de saison. Membre du Collectif de la fleur française, elle reconnaît que ce choix peut parfois limiter ses envies de compositions plus extravagantes.
Huit ans après sa reconversion, l’auto-entrepreneuse ne regrette pas d’avoir quitté son travail de bureau. Elle se méfie en revanche de l’idée selon laquelle changer de métier suffirait à tout résoudre. « J’ai l’impression que c’est à la mode de se reconvertir. Mais en fait, la reconversion, ce n’est pas un métier. » Pour elle, il faut d’abord avoir une idée et regarder s’il existe une place pour son activité.
Elle estime justement que chacun peut trouver la sienne dans les métiers artisanaux. Même entourée d’autres fleuristes, la trentenaire ne ressent pas de concurrence particulière : le travail, la créativité et la « patte » de chacun permettent de se différencier. Alors, une fois le projet trouvé, reste à se lancer : « Il faut oser. De toute façon, personne ne le fera pour vous.»