En Europe comme en France, la trajectoire de neutralité carbone à l’horizon 2050 impose des objectifs ambitieux dès 2030. Le secteur du bâtiment – principal émetteur avec le transport et les technologies – est au premier rang de la décarbonation. Et la dynamique se traduit par des recrutements et des besoins de candidats massifs dans les métiers de la rénovation et de l’efficacité énergétique. Selon France Stratégie, ce sont ainsi 650 000 emplois qui seront à pourvoir d’ici à 2030 dans les métiers de la rénovation énergétique. Et, selon sa note « Rénovation énergétique des bâtiments : comment répondre aux besoins en emploi et en formation ? », cela passera notamment par la création de 170 000 à 250 000 emplois supplémentaires. Déjà très active en termes de recrutement, la filière anticipe donc une tension accrue, voire un déficit de main-d’œuvre important.
Pour mieux faire connaître les opportunités et les perspectives de carrière, et orienter les jeunes et les actifs vers les possibilités de formation et de reconversion, la marque d’attractivité « Choisir la rénovation énergétique » a été lancée en janvier 2024. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du projet Former les Acteurs de la Rénovation Énergétique (FARE), qui ambitionne de former 150 000 professionnels d’ici à la fin de la décennie. La marque s’incarne notamment par une plateforme en ligne de découverte des métiers et des offres à pourvoir. « Les compétences clés des métiers de la rénovation ont été identifiées comme un enjeu sociétal fort, pour s’adapter aux défis de demain et réussir la transition énergétique », explique Caroline Barlerin, responsable du projet FARE et membre de l’Asder, association qui promeut et conseille la rénovation énergétique, et qui anime l’école du bâtiment durable. « Pour réussir ce chantier de massification de la rénovation, il nous faut des professionnels compétents. La filière ouvre des perspectives très variées en termes de typologie de métiers, de niveau de diplômes, et est porteuse de sens. Mais ses métiers peinent à recruter et sont en tension. La plateforme a été pensée pour promouvoir la filière, orienter et informer les candidats sur ces métiers d’avenir. »
Des métiers porteurs et diversifiés
Pour incarner et illustrer la diversité des professions qui recrutent aujourd’hui et recruteront demain dans la rénovation énergétique, la plateforme spécialisée a choisi de mettre en avant 17 « métiers d’avenir ». Lesquels sont divisés en trois catégories : chantier et mise en œuvre de la rénovation énergétique (façadier spécialisé en isolation, charpentier spécialisé en rénovation, plaquiste spécialisé, installateur en photovoltaïque, menuisier en rénovation performante, maçon en rénovation, spécialiste en ventilation, coordinateur de travaux et chauffagiste de systèmes écologiques) ; conception et expertise dans la transition (responsable transition énergétique, chargé d’affaires en efficacité énergétique, auditeur chargé d’études énergétiques, expert solaire photovoltaïque et chef de projet en énergies renouvelables) ; et accompagnement dans l’énergie et le bâtiment (chargé de mission en énergie et bâtiments performants, energy manager et conseiller en rénovation énergétique). Pour chacun, le détail des missions, des compétences recherchées, des formations, du niveau de salaire et des façons de l’exercer est consultable. Du chantier au bureau, de la conception à la mise en œuvre, la filière crée de l’emploi à tous les étages.
L’un des métiers phares du secteur incarne la dynamique à l’œuvre : celui d’installateur de panneaux photovoltaïques, qui séduit notamment de plus en plus de jeunes et de personnes souhaitant se réorienter. Guillaume Bodson, qui dirige Octopus Energy Services, filiale du groupe Octopus spécialisée dans l’installation photovoltaïque chez les particuliers, en témoigne : « Nos poseurs font un peu de tout : de la couverture, de l’électricité, de la maintenance énergétique… Il y a une grande polyvalence qui rend le métier intéressant. Mais il faut aussi dire que le métier peut être difficile, avec beaucoup de travail en extérieur. » De fait, pour des postes d’installateurs comme pour d’autres, la filière ouvre grand la porte aux trajectoires de reconversion, en début ou en cours de carrière. « Sur le site, nous présentons des formations, en parcours initial ou en formation continue, du CAP au bac +5. Et nous avons aussi beaucoup d’exemples d’artisans et de travailleurs du bâtiment classique qui se réorientent ou se reconvertissent, par exemple dans des métiers d’accompagnement et de conseil en rénovation énergétique », rapporte Caroline Barlerin.
Au-delà de la seule branche de la rénovation énergétique, d’autres corps de métiers, plus rattachés à la maintenance et à l’efficacité énergétique, sont également gourmands en candidats. Philippe Mottier, directeur du pôle maintenance chez Rougnon au sein du groupe Myrium, l’explique : « Nous intervenons auprès de clients en BtoB dans le tertiaire et l’industrie. Nous recrutons des techniciens multitechniques, des frigoristes, des chauffagistes, des plombiers… Et nous avons un service méthode qui s’occupe de la performance énergétique. Pour donner un exemple, nous avons récemment fait une préparation opérationnelle à l’emploi individuelle (POEI) avec France Travail pour des postes de techniciens en efficacité énergétique. »
Métiers de sens et montée en compétences
Partout dans le secteur et dans tous ses métiers, la notion de sens et la participation à l’élan global de transition énergétique sont autant d’arguments supplémentaires pour attirer des candidats. « S’intéresser aux métiers de la rénovation énergétique c’est potentiellement assouvir sa quête et son besoin de sens. Cela fait partie des premières motivations pour s’orienter ou se reconvertir dans le secteur », affirme la responsable du projet FARE. « On voit passer des personnes qui souhaitent avoir un impact palpable, un métier utile. » Surtout, cette dimension liée à la transition écologique et énergétique se traduit par une importante technicité des métiers de la rénovation, et donc par une importance toute particulière de la formation et des compétences techniques. « Si vous voulez vous démarquer en tant que vendeur ou installateur de photovoltaïques, il faut bien connaître les rouages et les particularités techniques », assure Guillaume Bodson. « C’est pour cela que nous misons beaucoup sur la formation initiale et continue en interne. Nos vendeurs ont une heure de formation technique par semaine et nos techniciens viennent une fois par trimestre à Paris pour parfaire leur savoir-faire et s’entraîner sur de fausses toitures dans nos entrepôts. » En matière de valeurs et d’engagements, le directeur général d’Octopus Energy Services confirme également que « les travailleurs du secteur sont souvent alignés avec les valeurs et les engagements de la dynamique vers les énergies propres. Ils sont d’autant plus investis quand ils sont passionnés et alignés. Durant nos recrutements, nous nous assurons que la personne est un minimum en phase avec les objectifs de la transition énergétique, c’est l’un des premiers filtres, avant même les compétences. »
Qui dit formation dit perspectives de carrière et d’évolution attractives. « Tout le monde peut trouver sa place en fonction de ses appétences et de ses compétences, que ce soit sur un métier technique ou un métier de conception ou d’encadrement. Et quelqu’un peut, par exemple, se lancer dans une formation pour travailler sur les chantiers et l’écoconstruction, pour utiliser cette expertise quelques années plus tard pour s’orienter vers le conseil et l’accompagnement. Ces évolutions sont favorisées et il existe des formations courtes et ciblées qui permettent de s’outiller et d’évoluer efficacement », explique Caroline Barlerin. En définitive, pour les candidats en quête de sens comme pour les actifs en reconversion, la rénovation énergétique constitue la promesse d’une carrière d’avenir dès aujourd’hui.