Quel serait votre premier conseil pour les personnes qui auraient envie de tout plaquer mais n’osent pas ?
Je leur conseille tout d’abord de prendre un véritable temps de recul. Lorsque l’on est pris dans le tourbillon du quotidien, on peut avoir tendance à réagir sous le coup de l’émotion, en pensant que tout quitter est la seule issue. Mais cette décision mérite d’être réfléchie.
S’accorder du temps pour soi, c’est se donner la possibilité de mettre en perspective cette envie de reconversion, de ne pas réagir dans l’urgence sur un coup de tête, mais aussi de se reconnecter à soi-même et à ses besoins profonds. C’est une invitation à s’interroger sur ce qui compte vraiment : ses valeurs, sa raison d’être, ses aspirations profondes, mais aussi sur ses croyances limitantes et ses peurs. Souvent, ce sont elles qui nous retiennent plus que les contraintes réelles.
Changer de job, ou plus largement de vie professionnelle, ne s’improvise pas. Il faut également en mesurer les risques et les implications, de manière très pragmatique : finances, organisation familiale, perspectives à moyen terme. C’est en croisant cette réflexion intérieure et cet état des lieux concret que l’on prend une décision éclairée, et non par défaut.
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En quoi les histoires et témoignages de reconvertis peuvent aider ?
Quand je me suis moi-même questionnée sur ma reconversion, j’ai eu besoin de concret. J’ai choisi d’aller à la rencontre de personnes ayant osé tout plaquer pour se réinventer. J’ai recueilli leurs témoignages, que je partage dans notre livre. Leurs histoires sont inspirantes car elles montrent que ces anciens salariés n’étaient pas malheureux : ils avaient souvent de belles carrières, mais il leur manquait l’alignement entre ce qu’ils faisaient et ce qu’ils étaient vraiment.
Leur courage n’a pas supprimé les difficultés, mais il leur a permis d’accepter les zones d’inconfort propres à tout changement. En les écoutant, on comprend mieux les différentes étapes par lesquelles ils sont passés : les doutes, les remises en question, les renoncements aussi, mais surtout les apprentissages.
C’est encourageant et motivant : ces parcours prouvent qu’il est possible de concilier plaisir, valeurs et travail. Ils ont bifurqué non pas pour « tout recommencer à zéro », mais pour se sentir plus alignés. Mon conseil est de ne pas rester seul avec ses questionnements. N’hésitez donc pas vous-même à aller à la rencontre de personnes dont le parcours vous inspire. Votre défi : contacter une personne qui a osé faire ce dont vous rêvez, par exemple via les réseaux sociaux.
Comment savoir si c’est le bon moment ?
De mon côté, c’est un burn-out qui a entraîné ma reconversion. N’attendez pas d’en arriver là ! Mon corps a dit stop pour moi, avant que ma tête n’accepte d’écouter les signaux. Certains signaux ne doivent pas être négligés : troubles du sommeil, irritabilité, perte ou prise de poids, démotivation…
Il n’existe jamais de moment parfait. Attendre que toutes les conditions soient réunies est une illusion qui empêche d’agir. En revanche, il existe des outils pour apprivoiser ses peurs. Par exemple, si l’aspect financier est une grande source d’inquiétude pour vous, commencez par évaluer vos besoins réels : combien vous faut-il pour vivre sereinement, quelles sont vos charges fixes, vos marges de manœuvre ? Cet exercice apaise beaucoup. Vous prendrez conscience de la marge de manœuvre que vous avez en objectivant la situation. Le but : réaliser un état des lieux concret de vos ressources et de vos dépenses afin de préparer au mieux votre projet de reconversion.
Se reconvertir ne se fait pas du jour au lendemain…
Oui, il y a tout un travail à faire pour trouver sa voie : identifier ses aspirations, explorer différents scénarios, parfois se former ou développer de nouvelles compétences. Mais au-delà de l’aspect professionnel, la reconversion conduit plus globalement à revoir ses priorités de vie. Il ne s’agit pas seulement de changer de métier, mais de se créer un équilibre qui nous convient.
Il faut également un peu de temps pour faire le deuil de la carrière à laquelle on se destinait, et faire face aux regards des autres, notamment des proches. On s’éloigne de la personne que l’on était et certains peuvent vous blesser par leurs remarques. Or, vous êtes simplement le miroir de leurs peurs et de leur propre manque de courage à changer. Vous ne partagez peut-être pas aussi la même définition de la réussite.
Le side project, une bonne ou une mauvaise idée ?
À mes yeux, c’est une excellente idée lorsqu’on se sent prêt à y consacrer un peu de temps et d’énergie. Lancer un projet en parallèle de son emploi peut rassurer, car il permet d’expérimenter sans tout risquer immédiatement. Mais c’est aussi un formidable moteur : ce side project vous met dans une nouvelle dynamique, vous redonne confiance, nourrit votre créativité.
Et quand ce side project arrive à maturité, vous pouvez quitter votre poste pour vous y consacrer pleinement. C’est un vrai levier pour valider votre reconversion ou devenir slasheur !
Article initialement publié par Fabienne Broucaret en février 2023, mis à jour et republié en septembre 2025.