Emploi

Le job sharing, vous connaissez ?

Cette forme innovante d'organisation du travail consiste à partager un même poste entre deux employés. Si le job sharing est encore peu développé en France, cette pratique revêt pourtant beaucoup d’atouts qui pourraient vous séduire et qui la promettent à un bel avenir.

Myriam Loingeville est une pionnière. Elle est l’une des rares salariées françaises à avoir pratiqué le job sharing au sein d’une grande entreprise. « Me concernant, cela répondait à une problématique de conciliation vie pro – vie perso, raconte-t-elle. J’étais sur un poste de responsable RH sur deux régions à l’ingénierie SNCF, avec 350 salariés. J’ai accompagné la fusion avec une autre région. On est donc passés à 700 salariés ce qui me demandait une grande disponibilité et aussi pas mal de déplacements. Étant maman, cela était incompatible avec mon organisation familiale. Je suis donc allée voir mon directeur pour lui dire que j’allais quitter ce poste, même s’il me plaisait beaucoup. C’est lui qui a eu l’idée du partage de poste. Je n’avais jamais entendu parler de job sharing. Je me suis renseignée, j’ai trouvé des témoignages de salariés suisses. Je me suis dit que c’était une vraie solution et que cela m’intéressait beaucoup. J’ai trouvé ma binôme, Carole, en interne. On a travaillé ainsi pendant trois ans, avec notamment la période Covid. Gestion de crise, télétravail, multi-régions… On a cumulé toutes les difficultés qu’on pourrait opposer au job sharing. On a montré que cela marchait, si bien que la SNCF a souhaité poursuivre l’expérimentation. »

Deux personnes interchangeables

Le job sharing (ou partage d’emploi) est ainsi une forme d’organisation du travail où deux employés, ou plus rarement davantage, partagent les responsabilités d’un même poste de travail. Contrairement au travail à temps partiel classique, cette approche implique une coordination étroite entre les collaborateurs. Ces derniers se répartissent non seulement les heures de travail, mais également les missions, de manière à garantir une continuité optimale. « Souvent, les personnes sont interchangeables, elles embrassent l’ensemble du poste, souligne Myriam Loingeville. Après, suivant les contextes, on peut décider de se répartir certaines missions. Mais, généralement, quand on est dans un job sharing, il y a une partie des tâches et des responsabilités qui sont partagées. » Ce modèle s’applique souvent à des postes nécessitant une expertise pointue, des responsabilités managériales, ou un haut degré d’investissement personnel, avec des amplitudes horaires importantes. L’idée est de maximiser l’efficacité en combinant les compétences et l’engagement de deux professionnels, tout en leur offrant un meilleur équilibre de vie.

Concrètement, cela peut signifier que chaque personne travaille, par exemple, trois jours par semaine, avec un jour de « recouvrement » pour assurer le transfert d’informations et faciliter la collaboration. Les binômes de job sharing ont généralement une grande autonomie, mais le succès de ce modèle repose sur la compatibilité et la complémentarité des profils. Un binôme qui fonctionne bien est celui où chacun peut compter sur les compétences de l’autre et partager une vision commune des objectifs à atteindre.

De la flexibilité

En Suisse et au Royaume-Uni, de nombreuses entreprises, notamment dans les secteurs de la finance, de l’administration publique, ou encore des technologies, ont adopté cette pratique avec succès, contribuant à l’ancrer dans le paysage professionnel. « En Suisse, 4 % de la population salariée travaille en job sharing. Au Royaume-Uni, cela concerne 120 000 personnes », précise Myriam Loingeville qui a lancé son entreprise « JobTandem » pour accompagner les entreprises et les salariés intéressés par le potentiel du job sharing. Les avantages ? Pour les salariés, c’est la flexibilité qui est plébiscitée. En partageant les responsabilités d’un poste, chacun peut diminuer sa charge de travail hebdomadaire sans sacrifier sa carrière. Ce modèle est donc particulièrement attractif pour ceux et celles qui souhaitent s’investir dans des projets parallèles, assumer des responsabilités familiales, ou simplement privilégier une meilleure qualité de vie.

Autre atout : le job sharing représente aussi une opportunité de développement personnel. En collaborant étroitement, les binômes développent des compétences de gestion de projet, de communication, et de travail d’équipe. Ils sont amenés à réfléchir ensemble aux meilleures stratégies et à coordonner leurs efforts, ce qui enrichit leur savoir-faire et renforce leur esprit d’initiative. Cette forme de travail en tandem permet également aux salariés de réduire le risque d’épuisement professionnel. Les responsabilités partagées permettent en effet de diminuer le stress associé aux postes à forte intensité ou à fort niveau de responsabilité.

Plus de créativité

Les entreprises aussi en tirent de nombreux avantages. Tout d’abord, en attirant des talents expérimentés qui ne souhaitent plus travailler à temps plein, le job sharing leur permet de bénéficier d’un savoir-faire de haut niveau. De plus, cette pratique permet aux organisations de tirer profit de la complémentarité des compétences des collaborateurs : avec deux perspectives sur un même projet, les idées s’enrichissent et les solutions aux défis peuvent émerger plus facilement. La continuité des opérations est un autre avantage du job sharing, les tâches étant moins susceptibles de subir des retards ou des interruptions. Avec les attentes accrues en termes d’équilibre vie privée-vie professionnelle, le boom des slasheurs et le nombre croissant d’aidants, cette pratique semble une solution d’avenir. Myriam Loingeville en garde, elle, beaucoup de positif : « J’ai vraiment pris du plaisir à travailler de cette manière, c’est une belle aventure humaine. Il y a aussi une émulation qui se crée et plus de créativité grâce à ce que l’autre nous apporte. » Alors, à qui le tour ?

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