Enfance entre Metz et Nancy, adolescence sous le soleil d’Agen jusqu’au bac, Sabria Belghiti Alaoui grandit dans un univers où l’avenir professionnel reste ouvert. “Petite, je voulais être égyptologue, styliste, rien n’était clair”, raconte-t-elle avec sincérité. D’un côté, un père ingénieur dans le secteur de l’énergie ; de l’autre, une mère engagée depuis près de 40 ans chez France Travail. Deux modèles professionnels, deux inspirations différentes. Après son baccalauréat, direction Toulouse pour deux années de classe préparatoire. L’ambiance, marquée par l’incertitude des étudiants, la marque. “La plupart étaient là parce qu’ils étaient les meilleurs de leur lycée, sans réelle vocation.” Un constat qui l’accompagne lorsqu’elle intègre l’Edhec Business School à Lille. L’école la pousse rapidement à multiplier les stages : une manière de donner du concret à une trajectoire encore indécise.
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Des déclics successifs
Chez Engie (anciennement GDF Suez), son premier stage en achats d’outillage déclenche un déclic. “J’ai adoré comprendre les produits, aller sur le terrain, rencontrer les fournisseurs”, se souvient-elle. Suivent six mois chez Schneider Electric dans les disjoncteurs nucléaires : une plongée dans l’industrie lourde. “C’était stimulant intellectuellement, un vrai challenge quand on n’est pas ingénieur soi-même”, reconnaît-elle. Quelques mois plus tard, un passage chez L’Oréal lui révèle son besoin d’alignement avec ses valeurs : “Faire ce que je faisais avant mais pour des cosmétiques, c’était juste impossible pour moi.” À la recherche d’un métier plus ancré dans l’intérêt général, elle bifurque vers les services publics. N’ayant pas trouvé de spécialisation “achats” à l’Edhec, elle poursuit par un mastère spécialisé à Kedge Business School et décroche une alternance chez Natran. Pendant près de cinq ans, elle grandit au rythme des projets d’ingénierie nationale : achat de matériel de comptage, de mesure, travaux de sécurisation, études techniques… “Je touchais à tout, je me formais sur le terrain, et, surtout, je sentais que mon travail avait du sens”, résume-t-elle. À 26 ans, elle devient acheteuse “catégorie”, responsable d’un portefeuille stratégique. La diversité des missions la porte : “Chaque projet était un nouveau défi, une montée en compétence constante.” Sa plus grande fierté ? Son implication dans l’ouverture des achats au secteur protégé et adapté : “On a accompagné nos collègues pour qu’ils intègrent des fournisseurs employant des personnes en situation de handicap. Cela a donné du corps à mon métier.” Cette expérience sera le fil rouge de la suite de sa carrière.
Se faire accompagner
Lorsque, frustrée par un manque de mobilité interne, elle tente sa chance dans le conseil, le rêve tourne court. Dans un grand cabinet, elle retrouve une culture d’entreprise qui ne lui convient pas. Sa première mission s’effectue pour un fabricant de missiles : “Je me suis demandé ce que je faisais là.” Un burn-out scelle la fin de cette expérience. Elle rebondit dans un cabinet de conseil à taille humaine. Mais, au fond, une évidence s’impose : “Je n’étais pas faite pour vendre des recommandations à d’autres entreprises. Ce qui m’animait, c’était d’améliorer les choses en interne.” En parallèle, une prise de conscience écologique s’accélère. “Depuis longtemps, les enjeux sociaux m’habitaient. Mais, à force d’observer l’urgence climatique, j’ai compris que je ne pouvais plus rester spectatrice.” Une amie, engagée dans une reconversion similaire, l’inspire : elle saute le pas. Accompagnée par une conseillère Apec, Sabria Belghiti Alaoui affine son projet : reprendre des études en RSE. “J’ai fait cinq rendez-vous avec elle. On a travaillé sur les écarts de salaires possibles dans le milieu associatif, sur les secteurs où mon profil pouvait matcher. Cela m’a vraiment permis de construire un projet solide.”
Consciente que sa crédibilité sur le marché de la RSE passerait par une formation reconnue, elle cible des programmes adaptés. “J’ai postulé à plusieurs masters, j’ai passé beaucoup de termps à construire mes candidatures.” LinkedIn devient alors un outil stratégique : elle multiplie les prises de contact avec des professionnels du secteur, bénéficiant de nombreux retours qui l’aident à affiner ses choix. “Il me semble que c’est un dénominateur commun aux gens qui sont dans la RSE : ils veulent motiver les autres à changer le monde.” Finalement, elle intègre le MBA Management de la RSE et de la performance des organisations au sein de DeVinci Executive Education, une formation qu’elle suit en alternance. Mais, avant de reprendre le chemin des études, elle s’accorde un an de césure pour un tour du monde en compagnie de son conjoint : “Pendant ce voyage, j’ai eu le temps de me poser et de bien réfléchir.” Un pari payant, puisqu’elle décroche, à son retour, un poste chez Enedis, réseau de distribution d’électricité.
Un retour aux sources
En intégrant Enedis, elle s’imprègne du fonctionnement du réseau de distribution d’électricité français. Mais, faute d’opportunité en CDI, elle rebondit avec une candidature spontanée chez RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité français (lignes hautes et très hautes tensions) : “Je connaissais une ancienne manager, cela a facilité les choses. Je suis arrivée au bon moment.” Aujourd’hui, experte achats responsables chez RTE, elle partage son poste avec un collègue. “On pilote les stratégies pour développer l’économie locale, intégrer les critères RSE dans les appels d’offres, former les acheteurs aux enjeux sociaux et environnementaux”, précise-t-elle. Elle anime aussi des conférences pour sensibiliser ses pairs : “La RSE est encore neuve dans certains services. Mais on sent que ça évolue.” Sa mission, elle la décrit avec une passion intacte : “Je suis revenue à mes premiers amours, les achats industriels, mais avec une dimension supplémentaire, qui donne du sens à tout.” La boucle est bouclée ! Pour l’avenir, Sabria Belghiti Alaoui reste optimiste. “Tous les métiers, peu à peu, devront intégrer la transition écologique et sociale, estime-t-elle. Pas par contrainte, mais parce que c’est l’unique voie sensée.” Et si elle rêve d’élargir encore son champ d’action, une chose est sûre : plus jamais elle n’acceptera de dévier de ses valeurs fondamentales.