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Ghosting : 8 candidats sur 10 ignorés par les recruteurs

Alors que le "ghosting" s'installe dans les processus de recrutement, les candidats souhaitent voir les relations s'humaniser. Une large majorité plaide pour l'instauration d'une loi imposant aux entreprises de répondre formellement aux candidats, selon une étude menée par Jooble.

C’est une pratique qui semble s’installer dans les processus de recrutement. Selon une étude menée par Jooble, plateforme de recherche d’emploi, 80% des candidats interrogés se disent victimes de « ghosting » par les recruteurs. Ce terme fait référence au fait qu’une entreprise cesse de répondre à un candidat que ce soit après l’envoi d’une candidature ou après un ou plusieurs entretiens.

Le ghosting, largement répandu

Pour Jean-Christophe Villette, psychologue du travail et des organisations, fondateur d’Ekilibre et vice-président de la FIRPS, ce silence des recruteurs devient courant. « Les processus se sont industrialisés, les candidatures se sont massifiées et les outils numériques ont fluidifié les échanges tout autant qu’ils ont dépersonnalisé la relation », estime-t-il.

Selon l’étude Jooble, près de 59% des 1 337 actifs interrogés ont déjà été ghostés plus de trois fois au cours de leur recherche. « Si plus de 80% des candidats se trouvent face au silence des recruteurs après l’envoi d’un CV, cette situation peut aussi avoir lieu après un premier entretien (10,2%), ou encore après l’entretien final (9,1%) », précise l’étude.

Vers un processus de recrutement plus humain

A l’inverse, plus de 91% des personnes interrogées préviennent systématiquement l’entreprise si elles ne peuvent pas honorer un entretien. Une asymétrie d’autant plus difficile à vivre pour les candidats qui souhaitent voir les processus de recrutement se simplifier et s’humaniser. Plus de 57 % des personnes interrogées considèrent que le processus de recrutement ne devrait pas dépasser une ou deux étapes pour rester efficace.

La réalisation de tests techniques est aussi interrogée : plus de 16% des répondants indiquent avoir réalisé des cas pratiques de plus de quatre heures sans recevoir de débriefing. « Certains candidats pensent que les résultats de ces tests sont utilisés directement par les entreprises, ce qui pose la question de la transparence et de la confiance », indique Yana Levchenko, Country Manager France chez Jooble.

Enfin, alors que l’IA permet d’automatiser les processus de recrutement, une majorité (59%) de candidats juge les réponses automatiques comme déshumanisantes et souhaite un retour humain. Pour autant, 30,8% estiment que l’IA est une alternative préférable à l’absence totale de réponse.

Pour Yana Levchenko, si les recruteurs utilisent de plus en plus de solutions d’intelligence artificielle, il est essentiel d’humaniser les réponses : « Les candidats ont besoin d’un retour argumenté. Les réponses doivent apporter des explications sur le rejet d’une candidature pour que le candidat comprenne ce qui n’a pas fonctionné et puisse s’améliorer et se former le cas échéant. »

Un impact psychologique réel

Ce manque de retour a d’ailleurs un impact direct sur le moral des candidats. Selon l’enquête, 46,3% des candidats ressentent une perte de confiance en leurs capacités. « Le silence des recruteurs fragilise les candidats, considère Jean-Christophe Villette. Dans un marché du recrutement devenu algorithmique, l’expérience du candidat est souvent réduite à un statut « en attente ». Cette invisibilité répétée finit par avoir un impact psychologique réel. »

D’autant qu’en parallèle, près de 63% des candidats estiment que les recruteurs sont devenus plus exigeants dans un contexte de marché du travail tendu. « Face à un marché très tendu avec un taux de chômage qui croît, les candidats considèrent que les entreprises deviennent plus sélectives dans leur recherche. Et beaucoup pensent que les recruteurs ne leur répondent pas parce qu’ils ne sont pas assez qualifiés. Cette interprétation alimente la perte de confiance en eux et auprès des entreprises », considère la Country Manager France.

Une loi pour lutter contre le ghosting

Pour sortir de cette situation, une large majorité des candidats souhaite un cadre plus formel : plus de 86% d’entre eux se disent favorables à une loi imposant aux entreprises de répondre formellement aux candidats reçus en entretien.

« Aujourd’hui, les solutions techniques permettent de multiplier les candidatures. Or, côté recruteur, la tension devient telle qu’il devient difficile de gérer le volume de CV. L’enjeu pour les recruteurs n’est pas de rejeter l’IA ou les tests techniques mais de les intégrer dans un parcours qui respecte le temps et l’engagement des candidats. La technologie doit soutenir le lien humain, pas le remplacer. Un feedback, même automatisé mais pertinent, est un premier pas vers une relation plus équilibrée », conclut Yana Levchenko.

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