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Devenir freelance : 5 questions à se poser avant de se lancer

Entre positionnement, prospection, autonomie et sécurisation financière, les futurs freelances doivent construire un projet solide. Xavier Bézio, directeur des activités temporaires chez Morgan Philips Group, propose cinq questions à se poser avant de franchir le pas.

Être son propre patron, choisir ses missions, organiser librement son temps de travail : sur le papier, le freelancing a de sérieux atouts. Mais, avant de se lancer, mieux vaut se poser les bonnes questions.

1. Quelle est votre expertise ?

Avant de quitter le salariat, encore faut-il savoir ce que l’on vend vraiment : une compétence précise, une valeur ajoutée et une capacité à répondre à un besoin identifié. Si, techniquement, tout le monde peut devenir freelance, cette modalité n’est pas forcément idéale pour tous. Car construire une carrière d’indépendant doit reposer sur une offre plus que sur une envie.

« La première question à se poser n’est pas ‘ai-je envie d’être indépendant ?’ mais ‘quelle expertise vais-je vendre ?’, et ‘pourquoi une entreprise paierait pour l’obtenir ?’, résume Xavier Bézio, directeur des activités temporaires chez Morgan Philips Group. Quand une personne devient freelance, elle quitte le marché de l’emploi pour intégrer celui de la vente. Elle doit changer de posture pour proposer une offre viable qui réponde à un besoin. »

Et pour cause, en faisant appel à un professionnel extérieur, les entreprises attendent des experts capables d’apporter rapidement de la valeur notamment sur des sujets complexes où les bons profils sont recherchés comme la cybersécurité, la finance ou les RH.

Aussi, avant de se lancer, le directeur des activités temporaires recommande de faire le point sur son expertise puis de déterminer une offre claire avec un contenu efficace qui permettra aux entreprises de faire appel à ses services.  

2. Êtes-vous prêt à être autonome ?

Travailler à son compte, c’est aussi assumer seul l’organisation, les outils et les décisions du quotidien. Une liberté qui suppose méthode et discipline. Le freelance doit disposer de son propre matériel – ordinateurs, outils, bureaux, logiciels – qui sont habituellement fournis par l’entreprise quand on est salarié.

Il doit aussi adopter une posture de professionnel qui dispose de compétences recherchées qui vont créer de la valeur pour l’entreprise. « Le freelance n’est pas là pour occuper une place vacante dans un schéma hiérarchique classique. Il n’est pas l’équivalent d’un intérimaire plus libre. Il intervient pour faire avancer un projet, accélérer une transformation, résoudre un problème, apporter une compétence qui manque », prévient Xavier Bézio.

Cela suppose de savoir décider, structurer et délivrer… sans entreprise en soutien.

3. Comment trouver votre modèle économique ?

Fixer son prix, anticiper ses charges et construire une activité soutenable dans la durée : le freelancing est aussi une affaire de stratégie. Ce statut suppose de réfléchir à ses compétences comme des prestations à vendre, pour lesquelles il faut déterminer un prix qui doit prendre en considération tout ce qui entoure la mission : administratif, prospection, négociation, impayés éventuels, visibilité…

Au-delà du taux journalier moyen de chaque prestation, les freelances doivent aussi penser en termes de rentabilité. Ce qui implique de construire un modèle économique qui soit soutenable dans la durée. « Comme pour toute création d’activité, devenir freelance suppose un business plan personnel : quelle est mon offre ? Le marché existe-t-il ? Mon prix est-il crédible ? Comment puis-je absorber les périodes creuses ? », propose Xavier Bézio.

Cette structuration doit s’appuyer sur une étude de marché pour identifier les besoins des entreprises, un benchmark pour déterminer son positionnement en lien avec la réalité du secteur : « Certains ont du mal à définir la valeur de leur expertise et proposent des tarifs très bas. Or faire du dumping avec des prestations moins chères risque de mener à une insatisfaction à long terme face à modèle économique qui ne fonctionne pas ».

Se pose aussi la question du statut à choisir entre micro-entreprise, SASU ou entreprise individuelle. « C’est un sujet qu’il convient d’anticiper et sur lequel il faut se former pour connaître les règles commerciales et optimiser ses revenus », rappelle le directeur des activités temporaires chez Morgan Philips Group.

4. Avez-vous une âme commerciale ?

Une fois lancé, le freelance ne peut pas seulement bien faire son métier : il doit aussi savoir se rendre visible, convaincre et relancer sans relâche. Car, aujourd’hui, avoir une expertise ne suffit pas. La prospection est une des parties les plus centrales et pourtant largement sous-estimée des freelances.

Et pour cause, pour obtenir des missions, pour signer des contrats, le freelance doit savoir présenter son offre, la défendre, l’incarner, relancer, négocier et surtout préparer l’après. « Il faut développer une posture de commercial. La capacité d’un freelance à décrocher une mission dépend à 50% de sa capacité à convaincre de son expertise et à conclure un accord », estime Xavier Bézio.

Et selon lui, l’objectif d’un freelance n’est pas seulement d’obtenir une mission, c’est surtout de parvenir à construire l’après, prospecter de nouvelles entreprises, intégrer la période d’intermission – qui peut être très anxiogène – dans son modèle et ne pas confondre activité ponctuelle et trajectoire durable.

5. Est-ce un projet construit ou une fuite du salariat ?

Devenir indépendant peut séduire par l’idée de liberté, d’absence de contrainte et de hiérarchie. Cependant, ce statut ne supprime pas les contraintes. Ces dernières changent de nature : pression de résultats, délais de livraison, prospection, gestion administrative mais aussi isolement, incertitude… Autant d’éléments qu’il faut avoir en tête avant de se lancer.

Surtout pour les jeunes diplômés estime Xavier Bézio. « On voit souvent des jeunes, tout juste diplômés, se lancer en freelance, pour échapper au monde de l’entreprise. Or, il est rare d’avoir des expertises fortes à la sortie de l’école. Je leur conseille de faire leurs armes dans leur secteur pendant quelques années, avant d’envisager de se lancer en indépendant. »

Car, loin d’être un statut refuge, la décision de devenir freelance doit se construire sur la base d’un projet réfléchi pour créer une trajectoire cohérente.

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