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Création d’entreprise : quel statut pour entreprendre ?

Face à la diversité des statuts juridiques, les entrepreneurs doivent arbitrer entre sécurité, revenus et ambition de développement. Décryptage des options les plus adaptées selon chaque situation.

La volonté d’entreprendre a le vent en poupe. Selon un sondage OpinionWay pour CCI France et le Medef, 27 % des Français déclarent avoir envie de créer ou de reprendre une entreprise. Un chiffre en hausse de deux points par rapport à 2024.

Mais, avant de se lancer, encore faut-il choisir le bon régime. « Il n’existe pas de statut parfait, tout dépend de l’activité qu’on souhaite lancer. Par ailleurs, ce choix n’est pas figé dans le temps. Un entrepreneur peut commencer en micro-entreprise avant d’évoluer en société dès que son entreprise grandit », explique d’emblée Guillaume Limare, Chief Revenue Officer de Legalstart .

Tour d’horizon des statuts les plus adaptés selon les besoins des entrepreneurs individuels.

Pour la simplicité, le choix de la micro-entreprise (ou de l’entreprise individuelle)

Sans surprise, la micro-entreprise reste le choix numéro un pour démarrer. Facile à créer, rapide à gérer, elle nécessite peu de formalités. Par ailleurs, sans chiffre d’affaires, l’auto-entrepreneur ne verse aucune cotisation sociale.

« La micro-entreprise est souvent une bonne option pour se lancer, sans prendre de risque, ni contraintes. Ce régime permet de tester l’activité sans dépôt de capital, sans expert-comptable, ni apport nécessaire », avance l’expert.

Mais cette simplicité a des limites : les charges ne sont pas déductibles du chiffre d’affaires et au-delà d’un certain seuil – 203 000 euros pour les activités commerciales et 83 600 euros pour les activités libérales – le créateur d’entreprise doit changer de statut.

Dans ce cas, il est possible de basculer en EI (entreprise individuelle). Simple à mettre en place, sans statuts, ni capital, ce régime est fait pour les indépendants qui dépassent les seuils de chiffre d’affaires et qui ont des charges élevées, comme un cabinet médical. Et pour cause, les charges associées à l’activité peuvent être déduites du résultat réalisé.

Les autres régimes, comme la SASU (Société par actions simplifiée unipersonnelle) ou l’EURL (Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée), demandent plus de formalités : rédaction de statuts, présentation de comptes, constitution d’un capital social, …

A noter : pour tous les statuts d’indépendants, les patrimoines personnel et professionnel sont séparés. « En cas de défaut de paiement, il n’est pas possible de saisir le patrimoine personnel, y compris pour les entreprises individuelles et micro-entreprises depuis 2022 », rappelle Guillaume Limare.

Le meilleur statut pour une bonne rémunération : l’EURL (et l’EI)

Pour optimiser ses revenus, l’EURL, version unipersonnelle de la SARL, est souvent un choix pertinent. Le gérant relève du régime des indépendants, avec des cotisations sociales beaucoup plus faibles – entre 40 et 45 % des revenus professionnels – qu’une SASU notamment.

Résultat : à activité équivalente, le revenu net est généralement plus élevé. En revanche, en EURL, même si le dirigeant ne se verse pas de revenu, il doit s’acquitter d’un minimum de cotisations sociales.

L’entreprise individuelle constitue aussi une alternative intéressante avec des cotisations sociales modérées – entre 35 et 45 %. Elle demande cependant une gestion de la trésorerie très rigoureuse : la première année d’exercice, les indépendants ne paieront pas de cotisations sociales, mais il y a un rattrapage qui s’effectue l’année suivante. « Ce décalage entre les revenus et les cotisations doit être pris en considération. Lorsqu’une régularisation arrive, il vaut mieux conserver une partie de ses revenus pour les payer », prévient Guillaume Limare.

A noter : Si les cotisations sociales en SASU sont très élevés – entre 70 et 82 % des revenus professionnels, ce régime permet aux dirigeants de se verser une rémunération via les dividendes avec une fiscalité plutôt avantageuse.

Pour une meilleure protection sociale, la SASU est avantageuse

Pour les créateurs d’entreprise qui privilégient la sécurité, la SASU offre la meilleure couverture sociale. Le dirigeant est assimilé à un salarié, affilié au régime général de la sécurité sociale.

Il bénéficie d’une fiche de paie et d’une couverture sociale complète : santé, maternité, retraite, invalidité, prévoyance. « Un des avantages aussi, c’est que tant que le dirigeant ne se verse pas de salaire, il ne paie aucune charge sociale avec ce régime », précise par ailleurs Guillaume Limare.

Les régimes de l’auto-entreprise, de l’entreprise individuelle, et de l’EURL sont affiliés au régime social des indépendants. Avec des cotisations sociales modérées, la couverture sociale l’est aussi, notamment pour la retraite et la prévoyance. « Dans ce cas, je conseille de prendre une assurance complémentaire », propose Guillaume Limare.

A noter : Le portage salarial peut aussi être une solution intéressante pour ceux qui souhaitent bénéficier des avantages du salariat et d’une gestion administrative simplifiée. Un confort qui a cependant un coût : les cotisations sociales sont élevées et la société de portage prend une commission.

Le statut le plus stratégique pour conserver ses droits au chômage : la SASU

Le maintien des allocations chômage constitue souvent un levier pour se lancer dans la création d’entreprise sans prendre de risques. Tous les statuts ouvrent droit aux ARE. « Pour les indépendants qui ont des droits au chômage, je recommande de passer en SASU. Tant qu’ils ne se versent pas de salaire, ils ne paient aucune charge sociale et maintiennent les allocations chômage dans leur intégralité », précise Guillaume Limare.

La micro-entreprise de son côté propose la solution la plus simple : France Travail applique un abattement sur le chiffre d’affaires pour estimer le revenu et ajuster le montant des droits. Concrètement, dès que l’activité génère du chiffre d’affaires, les allocations diminuent. A l’inverse les mois sans chiffre d’affaires, les allocations remontent à 100 %.  

Les deux autres statuts – entreprise individuelle et EURL – sont moins adaptés pour cumuler création d’entreprise et allocations chômage. L’entrepreneur est considéré comme non salarié et donc qu’il est présumé se rémunérer même sans salaire.

Le meilleur statut pour investir et grandir : la SASU

Lorsqu’un entrepreneur a pour objectif de développer son activité, de recruter ou de faire entrer des investisseurs, le passage en société commerciale – qui coche toutes les cases juridiques et sociales – s’impose.

La SASU est particulièrement adaptée à cette logique. Elle permet d’ouvrir facilement le capital à des investisseurs, de structurer la gouvernance et de rassurer les partenaires et les financeurs. Avec une conséquence : elle implique des formalités plus lourdes et des coûts de gestion plus élevés.

L’EURL, structure juridique très encadrée, laisse moins de marge de manœuvre dans l’organisation de la société.

A noter : les statuts de micro-entreprise et d’entreprise individuelle ne permettent pas de faire entrer des investisseurs en l’absence de capital social. Il n’est pas possible non plus de s’associer puisque le créateur est juridiquement seul.

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