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Indépendants : les clés pour renforcer efficacement votre protection sociale

Maladie, accident, retraite : les travailleurs indépendants restent largement sous-protégés. Par manque d’information ou par choix financier, beaucoup négligent la prévoyance, au risque de fragiliser leur activité et leur situation personnelle.

De plus en plus de Français se lancent à leur compte. Mais derrière cet élan entrepreneurial, un risque persiste : une protection sociale souvent insuffisante face aux aléas de la vie. Maladie, accident, invalidité, décès, retraite : beaucoup de travailleurs indépendants découvrent trop tard les failles de leur couverture. Que ce soit par manque d’information, par complexité administrative ou par arbitrage financier, la prévoyance est souvent reléguée au second plan. Résultat : sur 4 millions d’indépendants, seuls 1,5 million sont couverts.  

Pourtant, dans un contexte économique incertain, près de 75% d’indépendants disent se sentir vulnérables face à un arrêt d’activité. Sonia Elmlinger, co-fondatrice de Lilycare, un courtier en ligne spécialisé dans la protection sociale des entrepreneurs, explique pourquoi la prévoyance est aujourd’hui un enjeu stratégique pour les entrepreneurs.

Un régime obligatoire souvent insuffisant

Les indépendants, quel que soit leur statut, cotisent au régime obligatoire, ce qui leur ouvre des droits. Cependant, ces droits dépendent du montant des cotisations, elles-mêmes liées aux revenus générés. « Les auto-entrepreneurs ont des cotisations assez faibles, proportionnelles à leur chiffre d’affaires. Aussi, la protection sociale est donc, de fait, limitée », estime Sonia Elmlinger.

A cela s’ajoute la complexité du système : il existe près de 40 régimes de prévoyance selon les statuts. Cette diversité, combinée aux contraintes administratives, décourage de nombreux indépendants qui finissent par renoncer à se couvrir. « En France, il y a un vrai problème de pédagogie. De nombreux indépendants étaient auparavant salariés et imaginent une continuité logique entre ces deux statuts », résume l’experte en assurance.

Une prévoyance pour se protéger des aléas

Si le régime de base prévoit des indemnités pour compenser une perte de revenus, celles-ci restent souvent insuffisantes. « Une personne hospitalisée, quelle que soit la raison, ne peut pas travailler. La perte de revenus peut être colossale et mettre en danger l’entreprise », alerte Sonia Elmlinger. Selon elle, un tiers des entreprises disparaissent ainsi pour cause d’indisponibilité temporaire ou définitive du chef d’entreprise.

Au-delà de l’activité professionnelle, les conséquences peuvent toucher directement la vie personnelle et la famille. Un contrat de prévoyance permet de protéger l’entrepreneur et sa famille en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité. Dans ces situations, il prévoit le versement d’indemnités journalières qui compensent la perte de revenu.

« Il est essentiel d’évaluer ses besoins mensuels pour déterminer son niveau de couverture. Un indépendant qui gagne 10 000 euros par mois, peut par exemple choisir d’être assuré à hauteur de 2 000 ou 3 000 euros par mois, pour couvrir ses charges et protéger sa famille », conseille la fondatrice de Lilycare. Dans le cas d’un décès, le contrat prévoit aussi la protection financière de la famille via le versement d’un capital ou d’une rente.

Franchise, délais et limites de la prévoyance

Toutefois, ces contrats nécessitent d’être bien compris pour éviter les mauvaises surprises. Tout d’abord, les assurances incluent des délais de franchise. Pour une hospitalisation, l’indemnisation intervient rapidement après trois à quatre jours. En revanche, pour une maladie, elle ne débute souvent qu’au bout d’un mois.

Autre point de vigilance : l’état de santé. Un indépendant qui tombe gravement malade ne peut plus souscrire de prévoyance. Pour certaines pathologies, comme les cancers, un délai de cinq ans peut être nécessaire pour être de nouveau couvert.

Anticiper sa retraite pour éviter une baisse de revenus

Comme pour la protection sociale, les entrepreneurs cotisent généralement moins pour leur retraite que les salariés, ce qui entraîne une pension plus faible.  « Dès le lancement de son activité, il est important de mettre en place une épargne régulière, même d’un petit montant, sur un plan d’épargne retraite », recommande Sonia Elmlinger.

Les dispositifs comme la loi Madelin permettent aux artisans, commerçants et entrepreneurs individuels de déduire les sommes versées de leur revenu imposable, réduisant ainsi leur fiscalité.

Autre évolution majeure : depuis la loi Pacte, il est possible de récupérer 100 % de son plan d’épargne retraite en capital et non plus uniquement sous forme de rente. Cela offre davantage de flexibilité aux indépendants qui peuvent mobiliser leur épargne en fonction de leurs besoins.

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