A plus de 50 ans, Pascale Catanzaro et Benjamin Paillet ont décidé de rebattre les cartes. Après plusieurs vies professionnelles, les deux quinquagénaires n’ont pas hésité à retourner sur les bancs de l’école et signer un contrat de professionnalisation pour changer de cap une nouvelle fois. Avec un objectif : trouver un emploi qui a du sens.
Des parcours en mouvement
Pendant plus de quinze ans, Pascale Catanzaro a travaillé avec son conjoint dans un centre équestre qu’ils ont créé. Mais la crise sanitaire de 2020 a mis un coup d’arrêt net à son activité. Elle décide alors de travailler en maison de retraite pour accompagner les personnes âgées. Elle y reste deux années, mais décide d’arrêter. « J’ai pris rendez-vous avec France Travail pour faire le point et ma conseillère m’a proposé de me tourner vers l’informatique. J’avais déjà une formation de développeur informatique, mais je devais tout réapprendre, mes compétences étant obsolètes », se remémore la jeune quinquagénaire. Pascale Catanzaro se tourne alors vers l’ADRAR, un organisme de formation à Toulouse où elle intègre un BTS pour développer des compétences autour des systèmes et réseaux, plus porteur que le développement.
Dans un univers différent, mais avec la même volonté de rebondir, Benjamin Paillet suit une trajectoire tout aussi sinueuse. Après un premier parcours classique dans l’ingénierie informatique, il profite d’un plan de départ volontaire dans sa dernière entreprise pour se reconvertir dans l’artisanat. « J’avais envie de faire un métier physique. Je me suis formé pendant un an avec les Compagnons du devoir pour devenir charpentier. Mon objectif était clair, je voulais fabriquer ma propre maison, puis racheter une entreprise de charpentier, mais je n’ai trouvé qu’une entreprise de menuiserie à reprendre », raconte-t-il.
Malgré sa déception, il se lance dans l’aventure entrepreneuriale et rachète la menuiserie où il travaille pendant quatre ans. Mais la pression est constante, la charge de travail très élevée tout comme les responsabilités managériales : « J’ai fini par revendre à perte. J’ai continué de travailler pour les nouveaux patrons sur le développement de projet écologique, avant un licenciement économique ».
Cette période marque un point de bascule. Loin de renoncer, il entame alors une nouvelle reconversion dans le milieu du bâtiment, mais orientée sur le développement durable avec une formation à l’ENOV. Pour Benjamin Paillet, cette deuxième reconversion professionnelle est la synthèse de tout ce qu’il a fait auparavant : « C’est vraiment ici que tout s’aligne et en même temps c’est un peu ma dernière chance. Dans ma promotion, je suis le plus âgé et je suis en plus délégué de classe ! »
Un contrat de professionnalisation
Dans la foulée, l’école lui décroche un contrat de professionnalisation. Un dispositif encore peu connu, mais particulièrement adapté aux profils en reconversion. Pour les personnes de plus de 50 ans, ces contrats peuvent être financés intégralement par les OPCO, les opérateurs de compétences des entreprises. Un levier décisif, qui rassure les employeurs et facilite l’accès à l’alternance pour des profils plus expérimentés.
Pour Benjamin Paillet, cette expérience lui apporte exactement ce qu’il souhaitait : « J’ai découvert comment gérer au mieux l’énergie des bâtiments. Ce métier offre une vision globale qui permet d’échanger avec tous les métiers du secteur du bâtiment, chauffagiste, gestionnaire immobilier… On est les seuls à parler toutes les langues du domaine. »
Mais cette dynamique n’est pas sans obstacles, comme en témoigne le parcours de Pascale Catanzaro. « Evidemment, chercher une alternance à plus de 50 ans peut poser un problème. J’ai beaucoup postulé sans succès pendant six mois. Puis, j’ai réduit mon champ de recherche et j’ai décroché un seul entretien physique qui a débouché à mon embauche », relate-t-elle.
Elle travaille depuis pour Easy Mile avec qui elle avait bien accroché. « Avoir une vision ouverte de son vivier de collaborateurs fait partie de la génétique de l’entreprise », affirme-t-elle. Résultat, après son BTS, la jeune quinquagénaire décide de poursuivre ses études tout en restant dans son entreprise. « J’ai décidé d’aller au bout, de poursuivre en master, en intégrant le CESI. La maison est payée, mes enfants sont grands, j’estime que j’ai le droit de me faire plaisir. Et puis les postes sont plus intéressants et mieux rémunérés à bac +5 qu’à bac +3 ».
Un nouvel avenir qui se dessine
Toujours en contrat aujourd’hui Pascale Catanzaro souhaite rester dans cette entreprise dont les missions lui plaisent : « Je fais des choses utiles et je mène des projets concrets. Ce qui est drôle c’est qu’il y a beaucoup de jeunes qui ont la trentaine, mais je me sens à l’aise dans cette entreprise ».
De son côté, Benjamin Paillet a choisi d’écourter son contrat après avoir reçu une offre d’emploi alléchante : « Je rejoins une entreprise de conseil parisienne, dirigée par un de mes enseignants, je ne pouvais pas refuser ! »
Et pour ces deux quinquagénaires, c’est une nouvelle trajectoire professionnelle qui s’affirme, pleinement en adéquation avec leurs aspirations.