Emploi

Jeunes diplômés : comment se démarquer sur un marché de l’emploi concurrentiel ?

Le marché du travail reste complexe pour les jeunes diplômés. Pourtant, ils disposent aujourd'hui de leviers que les générations précédentes n'avaient pas, notamment grâce aux réseaux sociaux professionnels. Pour Christel de Foucault, conférencière et formatrice sur les techniques de recherche d’emploi, tout repose sur la visibilité et la proactivité.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés ?

Christel de Foucault : Le marché de l’emploi est difficile pour tout le monde : les juniors, les seniors, les personnes en reconversion ou celles qui sortent des cases habituelles. Mais les jeunes disposent aujourd’hui d’une opportunité extraordinaire que nous n’avions pas il y a vingt ou trente ans : les réseaux sociaux.

Un jeune sans expérience peut désormais se rendre visible, partager ses idées et attirer l’attention d’employeurs grâce à LinkedIn. À l’heure où les entreprises cherchent à développer leur marque employeur, elles sont très sensibles à la capacité de certains collaborateurs à devenir des ambassadeurs de leur organisation. Les jeunes ont souvent une longueur d’avance sur ce terrain. Ils maîtrisent les codes des réseaux sociaux, de l’image et de la communication. C’est une véritable valeur ajoutée qu’ils sous-estiment parfois.

Le manque d’expérience reste pourtant une préoccupation majeure…

Beaucoup de jeunes vivent leur manque d’expérience comme un handicap ou une honte. Pourtant, c’est parfaitement normal de ne pas avoir d’expérience lorsqu’on débute sa carrière. Je leur rappelle souvent une chose : si un recruteur vous reçoit en entretien, c’est qu’il a déjà vu votre CV et qu’il sait que vous êtes junior. Il ne vous convoque pas pour découvrir ce point. Si le sujet revient pendant l’échange, ce n’est généralement pas le véritable problème.

Les jeunes ont souvent plus d’expérience qu’ils ne le pensent. Les stages, les projets d’études, les jobs étudiants, les activités sportives, associatives ou même certaines responsabilités personnelles développent des compétences transférables. Tout cela mérite d’être valorisé.

Les jeunes sont-ils victimes de préjugés de la part des recruteurs ?

Bien sûr. Comme les seniors, les jeunes doivent composer avec un certain nombre d’idées reçues. On les imagine parfois moins impliqués, trop attirés par le télétravail, peu fidèles aux entreprises ou encore trop préoccupés par leur équilibre de vie. Le problème, c’est que certains candidats arrivent en entretien avec une attitude qui risque de confirmer ces préjugés. Ils donnent l’impression d’être peu préparés ou posent très vite des questions sur les RTT, les horaires ou le télétravail. Même si ces sujets sont légitimes, ils ne doivent pas occuper toute la place.

Les jeunes ont pourtant beaucoup d’atouts à faire valoir. Ils apportent un regard neuf, une bonne maîtrise des outils numériques, une sensibilité aux enjeux environnementaux et sociétaux ainsi qu’une capacité à bousculer certains codes. Les entreprises ont besoin de cette énergie et de cette vision différente. Je les encourage donc à ne pas se définir par ce qu’ils n’ont pas encore (l’expérience), mais par ce qu’ils apportent déjà. Leur jeunesse n’est pas un handicap, mais une richesse.

Vous insistez beaucoup sur LinkedIn. Pourquoi ?

Parce que LinkedIn est devenu bien plus qu’un CV en ligne. C’est une vitrine professionnelle. La première impression compte énormément. Cela passe par une photo professionnelle, une bannière cohérente avec le métier visé et surtout un titre pertinent. Beaucoup de jeunes écrivent simplement « en recherche d’alternance » ou « en recherche de stage ». Or les recruteurs effectuent leurs recherches avec des mots-clés métiers. Il faut donc raisonner comme eux.

Le résumé est également très important. C’est l’occasion d’expliquer qui l’on est, ce que l’on apporte, ses centres d’intérêt et ses valeurs. Beaucoup de candidats négligent cette partie alors qu’elle peut faire la différence.

Faut-il absolument publier du contenu ?

Pas forcément. Tout dépend du métier visé. Pour un futur community manager ou un professionnel du marketing digital, publier est presque indispensable. Pour un profil en finance ou en cybersécurité, ce n’est pas une obligation.

En revanche, tout le monde peut commenter intelligemment des publications, partager des contenus ou suivre les entreprises qui l’intéressent. C’est déjà une manière de montrer sa curiosité et son intérêt pour un secteur. Je conseille souvent aux jeunes d’identifier une dizaine d’entreprises dans lesquelles ils aimeraient travailler, puis de suivre leurs dirigeants ou leurs managers sur LinkedIn. Commenter avec pertinence leurs publications permet parfois de créer des opportunités inattendues.

Que dire aux jeunes qui se découragent après plusieurs mois de recherche ?

La première étape consiste à identifier précisément le problème. Si aucun entretien n’arrive, c’est probablement que le CV, la lettre de motivation ou la stratégie de candidature doivent être revus. Si les entretiens se multiplient mais ne débouchent sur rien, c’est plutôt la posture ou la préparation qui doivent être travaillées.

Je recommande également de sortir de la logique consistant à envoyer des CV toute la journée. Le réseau reste essentiel. L’associatif, le sport ou toute autre activité permettent de rencontrer des personnes dans un contexte différent de celui de la recherche d’emploi. On cesse alors d’être uniquement un demandeur d’emploi pour redevenir quelqu’un qui agit, apprend et rencontre des gens.

L’expérience associative peut-elle réellement faire la différence ?

Oui, parce qu’elle permet à la fois d’acquérir des compétences et de développer son réseau. Dans une association, on rencontre des personnes qui travaillent, qui recrutent ou qui connaissent quelqu’un qui recrute. C’est souvent par ce biais que naissent des opportunités professionnelles. L’engagement associatif témoigne également d’une capacité à s’investir dans un projet collectif, ce qui est apprécié par de nombreuses entreprises.

Un jeune diplômé doit-il absolument viser un CDI ?

Non. Je pense même que cela peut parfois devenir un frein. J’ai vu des jeunes rester un an sans emploi parce qu’ils refusaient tout ce qui n’était pas un CDI ou tout ce qui était en dessous d’un certain salaire. Cette logique pouvait peut-être fonctionner il y a quelques décennies, mais le marché a changé. Je préfère parler de « job tremplin ». L’objectif est d’acquérir de l’expérience, de développer ses compétences et de construire son réseau. Une fois en poste, il est souvent beaucoup plus facile d’évoluer ou de trouver une nouvelle opportunité.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes en entretien ?

La première est le manque de préparation. Aujourd’hui, il est très facile de se renseigner sur une entreprise. Ne pas le faire est difficilement compréhensible pour un recruteur. Je vois aussi beaucoup de jeunes arriver sans carnet ni stylo. Cela peut sembler anecdotique, mais quelqu’un qui prend des notes donne l’image d’une personne impliquée et intéressée.

Enfin, beaucoup oublient d’envoyer un message de remerciement ou de relancer après l’entretien. Pourtant, ces gestes simples permettent de montrer sa motivation et de se démarquer. Dans un contexte où les recruteurs gèrent parfois plusieurs recrutements simultanément, une relance bien formulée peut réellement faire la différence.

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