Se servir de l'IA pour faire un CV ou une lettre de motivation peut être un piège.
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« Des CV qui sentaient le fake » : ces erreurs qui trahissent les candidats qui utilisent l’IA dans leur candidature

De plus en plus de candidats utilisent l'intelligence artificielle pour rédiger leur CV ou leur lettre de motivation. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que certains usages peuvent être contre-productifs et desservir une candidature. Jacques Froissant, recruteur spécialisé en IA et fondateur du cabinet Altaïde, partage les erreurs qu'il repère le plus souvent.

« J’ai écarté un CV fait par IA pas plus tard qu’hier », pose d’emblée Jacques Froissant, recruteur spécialisé en IA et fondateur du cabinet Altaïde. Une situation qui est loin d’être anecdotique puisque 72% des candidats utilisent l’intelligence artificielle dans la rédaction d’une lettre de motivation et 37% pour la réalisation de CV, selon une étude menée par Hello Work en 2025. Et sans surprise, à mesure que cette utilisation se démocratise, les candidatures tendent progressivement à se ressembler.

Intitulés de poste, anglicismes mal traduits, compétences excessivement calibrées, lettres de motivation très longues et truffées de banalités… Les recruteurs ne sont pas dupes. Près de 82 % d’entre eux pensent que l’IA contribue à standardiser les profils et 73% estiment même qu’elle biaise les processus de recrutement, d’après une étude OpinionWay réalisée pour Tellent.

Mais faut-il pour autant la bannir ? Pas forcément. Selon Jacques Froissant, l’utilisation de l’IA peut être profitable aux candidats, à condition d’être utilisée avec discernement et parcimonie.

Essayer de coller à l’annonce à tout prix

Comme d’autres recruteurs, le spécialiste identifie des signes qui, selon lui, ne trompent pas. Il constate notamment que certains candidats reprennent désormais presque mot pour mot les intitulés des offres d’emploi.

« Pour prendre deux exemples concrets : je sais qu’un CV sent le fake et qu’il a été fait par IA si je recrute un ‘growth marketing specialist’ et je vois cet intitulé en titre, pareil pour un ‘consultant IA integration’. En fait, ce ne sont pas des titres naturels qu’on mettrait sur un CV », explique-t-il.

Selon Jacques Froissant, de nombreux candidats partent d’un CV existant qu’ils demandent ensuite à l’intelligence artificielle d’adapter aux mots-clés de l’annonce. À trop vouloir correspondre au poste, ils finissent parfois par éclipser ce qui fait leur singularité. Résultat, leur candidature « colle au poste sans vraiment y coller ».

Envoyer un CV « lisse » et « sans aspérités »

Pour le spécialiste du recrutement, ce n’est pas seulement la façon d’utiliser l’IA qui pose problème, mais aussi le résultat obtenu. « Quand on a un CV fait par IA, on le sent aussi à cause des tournures de phrases, des anglicismes, des mots mal traduits en français, des termes non appropriés. » Mais au-delà du vocabulaire, c’est surtout l’impression générale d’un CV « sans grosses aspérités » qui l’interpelle.

« Si on continue à utiliser massivement l’IA en la laissant complètement faire, le risque, c’est d’avoir un CV qui soit perçu comme lisse et comme moyen. Il est dans la bonne moyenne, mais ce n’est pas celui qui va sortir du lot », prévient Jacques Froissant.

Il rappelle qu’un employeur cherche aussi ce qui rend un parcours singulier : « Dans un CV, un recruteur a quand même besoin de sentir qu’il y a des aspérités et des choses qui marquent. »

Déléguer toute la conception à l’IA

Pour le spécialiste en recrutement, l’IA doit rester au rang d’assistance qui propose des pistes d’amélioration : « Il y a une différence entre faire son CV avec ses propres mots et dire à l’IA : ‘Améliore un peu la forme, ne change pas fondamentalement mon texte’ ou ‘propose-moi des améliorations’, et lui dire de tout faire à votre place. »

Selon lui, il est impératif de garder un regard critique sur les propositions faites par l’outil. « Il y a aussi une phase d’apprentissage. C’est intéressant parce qu’il va proposer des choses auxquelles on n’avait pas vraiment pensé. Mais il faut garder la main sur l’outil IA, c’est à vous de faire le tri et de valider ses propositions », explique-t-il.

Des lettres de motivation trop longues

Les lettres de motivation générées par l’IA sont plus faciles à repérer que les CV, selon l’expert, qui estime que certains indices ne trompent pas : « Cela se voit, d’abord, parce qu’elles sont trop longues. La longueur alerte immédiatement. Et puis, on sent que cela colle vraiment au texte de l’annonce, reprend des expressions. Et surtout : cela ne m’apporte rien en plus sur la personne. » Pour le recruteur, une lettre de motivation doit compléter le CV ou insister sur un élément que le candidat aimerait faire ressortir.

Au-delà de l’aspect creux et des répétitions, certaines formations constituent aussi des signaux d’alerte. « Là, j’en ai une sous les yeux et c’est typique de l’IA : la lettre commence par ‘Madame, Monsieur…’, alors que je suis parfaitement identifié dans l’annonce, elle n’a même pas corrigé ça. Elle n’a même pas mis mon nom », souffle l’expert.

Même constat lorsqu’il lit certaines formulations : « Après : ‘Forte de six années d’expérience en CRM marketing…’, ‘J’ai développé une approche tournée vers la donnée…’, ‘Rejoindre votre entreprise représente pour moi une véritable opportunité…’ Tout ça, c’est du blabla d’IA parce que j’apprends rien sur elle. »

La possibilité de s’en servir comme outil

Jacques Froissant est clair : « Si les candidats veulent utiliser l’IA, ils doivent apprendre à s’en servir et faire travailler leur cerveau.» Il recommande de rédiger soi-même sa candidature avant de demander un retour à l’IA. « Faites vous-même votre CV, votre lettre de motivation, et demandez-lui de vous aider à l’optimiser, mais pas en le faisant à votre place. Mais attention, ne lui dites pas juste ‘améliore-le’ », alerte-t-il.

Il conseille une instruction claire comme : « Voilà mon CV. Qu’est-ce que tu en penses ? Donne-moi des pistes d’amélioration. » En revanche, l’expert déconseille d’accepter toutes les suggestions de l’outil, « parce que parfois, l’IA suggère des trucs stupides et a tendance à tout lisser, tout moyenner ».

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