Emploi

Entretien d’embauche : ces erreurs de comportement qui peuvent vous coûter le poste

Parler trop longtemps, vouloir à tout prix avoir raison, manquer de curiosité pour l'entreprise… Certaines erreurs de comportement peuvent faire échouer un entretien d'embauche, même quand le candidat possède toutes les compétences recherchées. Maeva Stramigioli, ex-directrice d’un cabinet de recrutement et cofondatrice de Purple Squirrel, décrypte les attitudes qui peuvent rebuter les recruteurs et livre ses conseils pour faire la différence avant, pendant et après l'entretien.

Pourquoi certains candidats échouent-ils en entretien alors qu’ils ont les compétences recherchées ?

Maeva Stramigioli : Il peut y avoir plusieurs explications. La première, c’est qu’on est parfois, dès le départ, le candidat « pourquoi pas ». À la lecture du CV, du profil LinkedIn ou du mail de motivation, les recruteurs se font une première impression et établissent inconsciemment un classement.

Si votre candidature leur paraît juste correcte, vous risquez d’être considéré comme un deuxième ou un troisième choix avant même l’entretien. À l’inverse, un candidat qui a fait une excellente impression part avec un avantage. C’est le biais de confirmation : au fil des échanges, les recruteurs ont tendance à chercher ce qui confirme leur premier jugement.

Beaucoup de candidats sous-estiment le travail de préparation. Ils postulent à des postes très différents avec un CV et des messages standards. Il faut pourtant savoir expliquer ce que l’on recherche, ce qu’on peut apporter à l’entreprise et pourquoi le poste constitue une suite logique de son parcours.

Il y a aussi la manière dont on présente ses compétences. Je dis souvent qu’il ne faut pas être une page Wikipédia, mais une publicité. Beaucoup de candidats énumèrent leurs missions sans expliquer à quoi elles ont servi. Une publicité pour des vacances ne détaille pas les horaires de vol : elle montre la plage sur laquelle vous allez arriver. En entretien, expliquez les problèmes que vous avez résolus, les résultats obtenus et comment vous pourriez aider votre futur employeur.

Quelles erreurs de comportement peuvent faire échouer un entretien ?

Une erreur fréquente consiste à vouloir absolument avoir raison. J’ai accompagné un candidat qui avait participé à une mise en situation sur le management. Quand le recruteur lui a fait un retour sur sa méthode, il a répondu qu’il n’était pas d’accord et qu’il aurait fallu faire autrement.

Il aurait juste pu demander : « Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? » Cela lui aurait permis de comprendre le raisonnement de son interlocuteur, sans entrer dans une confrontation. On peut être en désaccord tout en restant à l’écoute. Certains candidats pensent gagner des points en prouvant qu’ils ont raison, alors que le recruteur attend aussi une capacité à échanger et à prendre en compte un avis différent.

Certains parlent aussi trop, ou répondent à côté des questions. Beaucoup ne se rendent pas compte de l’impression qu’ils donnent. Il est tout à fait possible de prendre trois secondes pour réfléchir avant de répondre. Et quand une réponse dépasse deux minutes et demie, on risque de perdre l’attention du recruteur.

Le langage corporel et l’attitude comptent-ils autant que les réponses ?

Le relationnel compte beaucoup. On peut être très compétent, mais donner une impression de froideur. J’ai accompagné un candidat qui avait justement cette difficulté. Il était très bon professionnellement, mais sa manière de communiquer pouvait donner l’impression qu’il était distant.

Nous avons travaillé sur des gestes simples : sourire davantage, hocher la tête quand son interlocuteur parle, adopter une gestuelle plus ouverte. Cela ne change rien à ses compétences, mais permet à la personne en face de se sentir plus à l’aise.

Nous sommes des êtres sociaux. Quand on passe un bon moment avec quelqu’un, on a davantage envie de poursuivre la relation. Il faut donc avoir conscience de l’image que l’on renvoie. Certains candidats sont naturellement très chaleureux, d’autres plus réservés. L’important est de comprendre comment on est perçu.

Pour cela, les simulations d’entretien peuvent être utiles, notamment avec des personnes qui connaissent votre secteur ou le type d’entreprise que vous visez. Elles peuvent vous aider à repérer des comportements dont vous n’avez pas conscience.

Comment montrer sa motivation sans en faire trop ?

Répéter qu’on est motivé ne suffit pas. Il faut s’intéresser à l’entreprise, à ses projets et aux personnes qui y travaillent, puis le montrer dans ses questions.

Au lieu de demander : « Qu’attendez-vous de la personne qui occupera ce poste ? », vous pouvez dire : « J’ai vu que votre équipe était passée de quatre à huit personnes. Comment allez-vous évaluer la bonne intégration de la personne qui vous rejoindra ? »

Cette question montre que vous vous êtes renseigné. Vous pouvez aussi consulter le parcours de votre interlocuteur, vous intéresser aux évolutions de l’entreprise ou à ses projets récents. Une question qui s’appuie sur un fait précis aura davantage d’impact qu’une interrogation générale que vous pourriez poser à n’importe quel recruteur.

Il faut aussi montrer que le poste correspond à ce que vous recherchez et à la suite logique de votre parcours. En fin de recrutement, quand deux ou trois candidats restent en lice, une motivation clairement exprimée peut faire la différence. L’employeur doit sentir que vous avez vraiment envie de rejoindre son projet.

Peut-on encore faire la différence après l’entretien ?

Oui, beaucoup de candidats pensent qu’une fois l’entretien terminé, ils n’ont plus rien à faire. Pourtant, on peut envoyer un mail de suivi, sans se mettre en position d’infériorité. Remerciez le recruteur en évoquant un point précis de l’échange, un projet ou une discussion qui vous a intéressé.

Vous pouvez même aller plus loin en montrant que vous réfléchissez déjà aux problèmes de l’entreprise. J’ai récemment reçu une candidate à qui j’avais parlé d’une difficulté rencontrée dans mon activité. Après l’entretien, elle m’a envoyé un article qui pouvait m’aider.

Je me suis dit qu’en l’embauchant, j’aurais quelqu’un capable de m’apporter des solutions. C’est ce que recherchent les entreprises : des personnes qui comprennent leurs problèmes et peuvent contribuer à les résoudre. Ce genre d’initiative peut laisser une impression positive après l’entretien.

Quels conseils donneriez-vous pour améliorer sa manière de communiquer en entretien ?

Je recommande de s’entraîner avec des personnes qui connaissent votre secteur. Présentez votre parcours, puis demandez-leur ce qu’elles ont retenu. Si le message reçu diffère de celui que vous vouliez transmettre, votre présentation mérite d’être retravaillée.

Utilisez aussi un chronomètre. Certains cadres dirigeants que j’accompagne mettent sept à dix minutes, parfois quinze ou vingt minutes, rien que pour se présenter. C’est beaucoup trop long. Il faut apprendre à aller à l’essentiel et à laisser de la place à l’échange.

Enfin, si vous n’êtes pas retenu après un entretien, essayez de demander un retour au recruteur. Beaucoup hésitent à donner leur avis, notamment par peur d’une réaction négative. Remerciez votre interlocuteur et expliquez-lui qu’un retour précis vous aiderait à progresser. Bien sûr, rien ne vous oblige à accepter toutes les critiques.

Il faut surtout accepter de travailler sa communication et de prendre conscience de l’impression que l’on donne aux autres. On peut avoir toutes les compétences nécessaires, mais ne pas réussir à les mettre en valeur.

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