En France, le freelancing poursuit sa progression à grande vitesse. D’après une étude réalisée par DataStorm pour Freelance.com, le pays comptera 1,5 million de freelances à l’horizon 2030. Une dynamique portée notamment par les secteurs en grande évolution : tech, communication, marketing, data… Les entreprises y trouvent une main-d’œuvre experte et qualifiée, les indépendants, eux, une liberté souvent revendiquée comme un mode de vie. Mais derrière cette souplesse apparente, certains sujets essentiels sont trop souvent relégués au second plan. C’est le cas de la formation, un pilier pourtant indispensable pour faire évoluer sa carrière.
Freelances VS salariés : un accès inégal à la formation
Pour les salariés, la formation est un droit encadré, organisé, souvent même encouragé par l’employeur. Elle peut faire partie d’un plan de développement des compétences, notamment lors d’une réorientation professionnelle, être financée par le CPF avec l’accord express du salarié, ou encore s’inscrire dans une politique RH plus globale. Et surtout, quand un salarié demande à se former, l’entreprise a la responsabilité de l’orienter et de prendre en charge tout ou une partie du parcours.
Pour un freelance, la réalité est bien différente. En théorie, il peut aussi utiliser son CPF – alimenté jusqu’à 500 euros par an (sous conditions) – pour financer une formation certifiante, mais en pratique, il doit tout prendre en main de manière autonome : identifier les formations finançables, se renseigner sur les modalités d’accès aux financements et les montants disponibles sur son compte, comparer les offres, s’y inscrire, dégager du temps parmi ses missions, et souvent, avancer les frais de formation ou les payer intégralement !
Face à ces freins, certains indépendants négligent la formation. Mais d’autres, plus nombreux, empruntent des voies d’apprentissage informelles.
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Moins accompagnés, moins financés, mais pas moins investis
Si l’accès à la formation semble plus flou, moins balisé pour les freelances, cela ne signifie pas qu’ils délaissent la formation, bien au contraire. En réalité, ils se sentent souvent plus impliqués que les autres : 80 % des indépendants se considèrent suffisamment acteurs de leur formation professionnelle continue, contre 69 % en moyenne chez l’ensemble des actifs.
Toutefois, leur manière de gagner en compétences diffère sensiblement de celle des salariés. Plutôt que de suivre de longues formations, ils privilégient des formats courts, flexibles et autonomes, souvent triés à la volée : podcasts, newsletters, tutos YouTube, MOOC, masterclass, conférences de networking, communautés en ligne… à condition que cela réponde à un besoin concret et immédiat.
Ce pragmatisme est à la fois une affaire de rythme et de contrainte : difficile de bloquer plusieurs jours quand chaque heure non facturée représente un investissement sur soi-même. La formation est ciblée, orientée vers le résultat, pensée pour débloquer une situation ou saisir une opportunité. Ce n’est pas un luxe, mais une condition pour rester dans la course dans un marché en mouvement et hyperconcurrentiel.
Nouvelles expertises, nouveaux obstacles
Mais cette agilité, souvent indissociable de l’indépendance propre au statut de freelance, a aussi son revers : en l’absence de cadre structuré, il leur est difficile de faire reconnaître leurs acquis. Comment valoriser un parcours fragmenté, non certifié, parfois incohérent ? Comment rendre visibles ces compétences auprès des clients ou partenaires ?
S’ajoute l’éparpillement de l’offre de formation et la qualité très variable des contenus en ligne. Livrés à eux-mêmes, les freelances passent souvent plus de temps à chercher la bonne ressource qu’à se former réellement : comparer des vidéos, tester des formats, changer de plateforme… avec la crainte de louper l’info décisive.
Le risque ? Une forme d’addiction aux conseils, qui donne l’illusion de progresser tout en retardant l’action. Un temps difficile à rentabiliser.
Vers un écosystème global de formation des freelances
Ces efforts disent pourtant quelque chose de fort : les freelances n’attendent pas qu’on les forme, ils s’y attellent déjà. Cette capacité à apprendre en continu dans des conditions précaires est une richesse pour l’économie.
Maintenant, il nous revient de transformer cet apprentissage autonome en socle durable. Il ne s’agit pas de copier le modèle du salariat, mais d’inventer un écosystème accessible, flexible, ciblé et sécurisant.