Autrefois mal perçu par les recruteurs, le job hopping – littéralement « sauter d’un emploi à un autre » – désigne aujourd’hui une stratégie de carrière légitime où l’on reste deux à cinq ans dans un poste. Cela démontre une capacité d’adaptation et l’assurance de compétences valorisables. « Le CDI, la carrière linéaire et la fidélité pour une seule et même entreprise, ce n’est plus le graal » affirme Marie-Sophie Zambeaux, spécialiste du recrutement et fondatrice de ReThink RH. Pour illustrer cette réalité croissante, l’étude Stabilité au bureau: la durée moyenne par poste, réalisée par CV LiveCareer, a analysé plus de 400 000 CV créés sur sa plateforme. Résultat ? La moyenne est de 2,5 ans par salarié et par emploi, tous métiers confondus.
La tendance est surtout marquée chez les jeunes : selon Randstad, 33 % des travailleurs ayant entre une et cinq années d’expérience ont changé d’emploi au cours des 12 derniers mois. Au global, 88 % des personnes occupant un CDI affirment être ouvertes à de nouvelles opportunités et deux personnes sur trois ont changé de travail depuis 2020 (Opinion Way). « Ce phénomène témoigne de la volonté d’individualiser son parcours, de faire des choix assumés pour gérer sa carrière », ajoute Vesna Pajovic, recruteuse au Mercato de l’Emploi.
Montée rapide en compétences
Le job hopping s’affirme comme un levier pour grimper les échelons rapidement ou pour se découvrir soi-même. « Un job hoppeur, ce n’est pas quelqu’un qui fait des sauts de puce entre entreprises sans vraiment savoir pourquoi, confirme Vesna Pajovic. C’est un choix de carrière que l’on fait pour évoluer, que ce soit en termes de rémunération, de missions, de cadre de travail ou d’épanouissement personnel. » Marie-Sophie Zambeaux opère un listing précis des points d’intérêts du job hopping : « On peut acquérir une gamme élargie de compétences. Et cela ouvre des opportunités d’avancement plus rapides. Aussi, chaque « saut » développe le réseau et enrichit sa connaissance du métier ou du secteur. Avec, bien sûr, la capacité de négocier des salaires plus élevés. Enfin, le job hopping renforce la capacité d’adaptation et de résilience. »
Idéalement, à chaque étape, le job hoppeur ajoute une corde à son arc. « C’est un argument à mettre en avant : cette connaissance d’environnements différents, cette agilité », souligne la recruteuse du Mercato de l’Emploi. En outre, comme en atteste la fondatrice de ReThink RH, « la mobilité n’est pas forcément verticale, elle peut aussi être géographique ou horizontale, pour changer de cadre de travail et s’ouvrir à d’autres expériences. » De fait, si le job hopping est souvent plus naturel pour certaines catégories d’actifs (professionnels de l’IT, consultants, indépendants et freelances…), ce rythme de carrière peut être utile à toutes et tous s’il est bien construit.
Lever les doutes des recruteurs
Si la démarche a ses avantages, elle peut aussi être incomprise par des recruteurs, voire troubler le travailleur lui-même. Chaque changement de poste implique, quelque part, une forme de mise en danger et d’instabilité. Trop de transitions mal réfléchies peuvent, en effet, faire perdre le fil ou renvoyer l’impression d’un manque d’engagement durable dans son travail. « Avant de changer de poste, clarifiez vos objectifs professionnels à court et à long terme, conseille Marie-Sophie Zambeaux. Il faut pouvoir justifier ces changements, expliquer leurs apports pour votre profil et vos objectifs. Tout ce qui figure sur le CV est susceptible d’être évalué et challengé. »
Il s’agit, donc, d’anticiper des questions comme « Pourquoi avez-vous changé à plusieurs reprises d’employeurs ces dernières années ? », en gardant à l’esprit que si les choses bougent, les recruteurs et les managers doivent encore et toujours être convaincus par votre profil. Cette adaptation du discours peut commencer dès la composition du CV, comme l’explique Vesna Pajovic : « Un job hoppeur aura plus intérêt à mettre en avant en priorité ses compétences et la diversité de ses missions ou projets menés à bien. » Même son de cloche chez Marie-Sophie Zambeaux : « Il faut mettre l’accent sur les compétences transposables, afin de maximiser ses chances de raconter son histoire et de défendre sa candidature en entretien. » En attendant le prochain (re)bond !
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