Reconversion

On a testé le métier de coiffeur

Il faut d'abord prendre rendez-vous avec les clients

Une coupe de cheveux couplée à un peu de psychologie

Enfin, quelques conseils commerçants pour garder les cheveux soyeux

La relation client est un élément central

Vient le temps de tout balayer pour faire place propre

Cet article est issu du dossier "On a testé le métier"

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Chaises impeccables et siglées, instruments de coupe alignés, présentoirs de produits capillaires bien ordonnés… Le salon Franck Provost qui nous a reçus à Boulogne-Billancourt (92) propose un cadre idéal pour découvrir le métier de coiffeur. Nous nous sommes immiscés dans le quotidien d’une équipe aux petits soins pour ses clients en passant de l’autre côté du bac à shampoing.

Tout juste la porte du salon franchie, les effluves des produits de beauté embaument. L’équipe est au garde-à-vous pour nous accueillir. « J’ai toujours voulu faire ce métier. Devenir coiffeuse était un objectif depuis que je suis adolescente, raconte Marine Allain, 23 ans, installée devant les lavabos. J’ai obtenu mon CAP en deux ans, puis j’ai poursuivi sur un brevet professionnel. Aujourd’hui, je suis coiffeuse depuis deux ans. Ce qui me motive, c’est de rendre les gens beaux et de leur apporter de la bonne humeur. Il y a, en plus, une dimension artistique : chaque coiffeur développe sa patte.” La profession exige aussi une disponibilité horaire importante, avec des amplitudes parfois conséquentes et un rythme qui peut s’avérer soutenu. « Je commence à 9h30 et je finis à 19h30, quatre jours par semaine, précise-t-elle. Avant l’ouverture, je me prépare. Il m’arrive d’enchaîner un client toutes les demi-heures, ce qui peut amener à onze clients sur une journée chargée, ou plutôt huit ou neuf en moyenne.” Être efficace demande aussi d’évaluer la charge de travail et de savoir s’y adapter. « Certaines journées, on peut être presque débordés, d’autres sont plus calmes”, admet Marine Allain.

Le manager du salon, Clément Bonnet, âgé de 32 ans et vêtu d’un polo noir siglé Franck Provost, détaille son parcours ponctué de différentes étapes et promotions : “J’ai commencé par un apprentissage dans le groupe, puis un CAP, et ensuite un brevet professionnel obtenu en quatre ans. Cela fait dix ans que je travaille ici. J’ai débuté comme coiffeur, ensuite co-manager, avant d’être manager depuis trois ans et demi.” Pour celles et ceux qui visent une évolution de carrière, la coiffure offre donc de belles perspectives. « Tous les coiffeurs peuvent progresser s’ils le souhaitent, ajoute-t-il. On apprend à gérer le salon, à encadrer une équipe, à établir des objectifs. Ma journée dépend de l’instant, je peux mettre en place le planning, préparer des entretiens, vérifier les stocks, et toujours garder une main sur les ciseaux si besoin.”

Savoir être multifonction

Au contact des clients, la polyvalence est un atout. Les compétences relationnelles se révèlent également indispensables. « Pour certains clients, aller chez le coiffeur est une forme de “thérapie”, poursuit, ciseaux à la main, Clément Bonnet. Les clients se confient beaucoup, racontent leur vie, des réussites comme des épreuves. On partage parfois leur intimité, et ils attendent une écoute, un échange.” Cette relation va au-delà de la simple prestation. Marine Allain confirme en habillant une cliente : “La relation est très personnelle, on finit parfois par devenir amis, presque une partie de la famille. J’ai déjà entendu des récits de rendez-vous amoureux qui se sont mal passés, des séparations, des moments clés.” Pour une personne envisageant une reconversion dans ce secteur, comprendre cette dimension sociale est important : il ne s’agit pas simplement de manier une paire de ciseaux, mais de s’intégrer dans la vie quotidienne des clients.

Par ailleurs, la dimension humaine du métier ne se limite pas à l’écoute. Elle englobe une forme de soutien dans les moments difficiles. « Je me souviens d’une cliente, il y a quelques années, qui allait subir une chimiothérapie, confie Kelly Milleville. Elle a souhaité que je lui rase la tête. Je n’en garde pas un souvenir facile, mais cela fait partie du métier. La coiffure, ce n’est pas uniquement esthétique, c’est aussi être là dans des moments marquants.” Une histoire qui témoigne aussi de l’importance des émotions dans cette fonction, avec, parfois, une proximité forte auprès d’une clientèle très variée.

La formation, un aspect clé

Jeune trentenaire, Kelly travaille dans ce salon depuis un an, mais cumule déjà une certaine expérience du métier. « J’ai obtenu un CAP coiffure directement après le collège, cela fait donc quinze ans que j’évolue dans ce milieu. Les attentes ont changé. Les clients ne sont plus les mêmes, les prix augmentent, les exigences aussi. Il faut se tenir informé des nouvelles tendances, ce qui était moins le cas quand j’ai démarré. Aujourd’hui, il est indispensable de maîtriser plusieurs styles, de savoir s’adapter.” Pour cela, la formation est un aspect essentiel afin de se perfectionner et d’apprendre tout au long de sa carrière. Car, si la formation de base (CAP, brevet professionnel) fournit les fondations techniques, le reste s’acquiert sur le terrain ou lors de formations professionnelles sur des sujets spécifiques. “La formation initiale est primordiale, mais il faut ensuite rester à jour, se former régulièrement, surtout quand les tendances changent”, recommande Kelly Milleville. Clément Bonnet insiste, quant à lui, sur les évolutions possibles : « J’apprécie le fait d’avoir pu gravir les échelons, de coiffeur à manager. On peut ainsi développer de nouvelles compétences : gérer les plannings, s’occuper des commandes, organiser des entretiens, motiver l’équipe. Ce sont des aptitudes transférables à d’autres domaines, si un jour on souhaite changer de voie.”

Le travail au sein d’un salon inclut également un volet conseil en produits, une facette du métier que Kelly connaît bien : “On ne fait pas que coiffer. Il y a aussi le diagnostic et la vente. Ainsi, on interroge la personne, on repère si elle a le cuir chevelu gras, des cheveux secs et cassants, ou d’autres problèmes spécifiques. Puis, on l’oriente vers des produits adaptés à ses besoins, on la conseille, on recueille des retours. Cela nécessite de maîtriser un minimum de notions techniques et de connaître les différentes gammes de produits.” Ce champ de compétences, tourné vers le conseil et la vente, marque une différence notable par rapport à d’autres métiers manuels. Les coiffeurs ont de multiples casquettes : conseiller, vendeur, spécialiste des cheveux, etc. Le métier demande ainsi de l’énergie, un certain sens du détail, et un goût prononcé pour le contact humain. Durant cette journée, j’ai presque eu l’impression d’exercer plusieurs métiers, de technicien de surface à psychologue en passant par commercial ! « C’est un travail exigeant”, reconnaît Kelly Milleville.

À la croisée des générations

Tous les âges se croisent dans ce salon, du jeune apprenti au client fidèle. Lucas Da Silva, 16 ans, en est la preuve. « Je viens de finir ma première année de CAP, je suis arrivé un peu par hasard, avoue-t-il. On m’avait proposé la mécanique, cela ne m’a pas plu, alors j’ai choisi la coiffure. J’aime le contact.” Être directement en lien avec la clientèle représente pour lui une opportunité d’acquérir un vrai savoir-faire : “Je m’entraîne, j’accueille les gens, je prends des rendez-vous. Je me projette sans difficulté dans le métier.” La coiffure peut aussi constituer un choix pertinent pour ceux qui, même sans vocation initiale, recherchent un compromis entre savoirs technique et relationnel.

Du côté des clients, le retour sur l’expérience fournie par les coiffeurs apporte aussi des éléments sur les attentes vis-à-vis de ce métier. Après avoir installé Chantal Calvier, 73 ans, cliente régulière du salon, je lui demande pourquoi elle semble si convaincue : « J’aime ce salon, la teinte m’avait convenu alors je suis revenue. La proximité et la gentillesse comptent beaucoup. Pour moi, les coiffeurs aident vraiment, je ne suis pas capable de faire ce qu’ils réalisent. Grâce à eux, je n’ai pas de cheveux blancs, je suis bien coiffée.” Savoir fidéliser les clients permet de maintenir un flux stable, d’offrir une sécurité et une régularité du travail, mais aussi de consolider la réputation du salon. Surtout que la clientèle se diversifie de plus en plus. « Aujourd’hui, il y a un peu plus d’hommes qu’avant, constate Kelly Milleville. Cela influence le type de coupes réalisées. Les hommes demandent plus souvent des services inspirés du barbier, les femmes veulent parfois des colorations élaborées, des coupes tendances.”

La satisfaction des clients avant tout

Pour réussir à réaliser toutes leurs tâches, les coiffeurs s’appuient sur une organisation minutieuse : préparer les produits, disposer les serviettes, vérifier les outils, gérer les rendez-vous, optimiser l’agenda… « Le début de la journée, c’est le moment où je fais un check complet, explique Clément Bonnet. Je regarde les rendez-vous à venir, je répartis les clients entre les coiffeurs, je note les objectifs. Cette organisation facilite la journée, limite le stress et augmente la satisfaction du client.” Un objectif clé pour toute l’équipe. “Quand je vois un client partir satisfait, je sais pourquoi j’ai choisi ce métier”, conclut Marine Allain. À la fin de la journée, le salon rangé, chacun dépose ses outils, vérifie l’état du stock, prend quelques minutes pour souffler. Les ciseaux, qui glissaient quelques heures plus tôt sur des mèches rebelles, sont nettoyés, les brosses rangées, les produits replacés. Le décor est prêt pour accueillir les clients dès l’ouverture demain matin. Les acteurs partent, eux, pour un repos bien mérité.

Photos par Quentin Donval

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