Les fameux “Toits de Paris”, c’est le terrain de jeu et d’expertise de l’équipe de couvreurs-zingueurs qui nous accueille. Cédric, couvreur et chef de chantier de 48 ans, et son équipe composée de Ricardo, 40 ans, et de Loïc, 21 ans, nous attendaient dans leur bureau à ciel ouvert. Le chantier est déjà bien avancé et la vue est à couper le souffle : nous sommes aux premières loges pour observer les monuments de Paris.
L’équipe de l’entreprise Riccoboni, une affaire familiale quasi-centenaire, travaille à la réfection totale de la toiture d’un immeuble d’habitations. En quelques mots, un couvreur-zingueur assure l’étanchéité et l’isolation des toits, grâce à la pose de matériaux de couverture sur la charpente en bois (zinc, ardoises, tuiles, tôle, cuivre, plomb…), d’accessoires d’évacuation des eaux (gouttières, chéneaux) et de matériaux d’isolation thermique. Cédric, 30 ans de métier, dont 15 en tant que chef de chantier, souligne la technicité de la profession : « Ici, on a une typologie typiquement parisienne, mais chaque région a la sienne, son style de toiture avec des matériaux différents et des techniques spécifiques. Chaque chantier est différent. » Pas d’atelier ou de travail préparatoire hors chantier : chez Riccoboni, on pratique toujours la “pose en feuilles sur tasseaux”. Des feuilles de zinc sont découpées et dimensionnées directement sur le chantier à l’aide d’une plieuse, avant d’être posées et fixées sur une volige, une charpente en bois.
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La vie sur un chantier
Cédric nous explique : « On procède toujours de bas en haut pour la réfection d’un toit, étape par étape. D’abord la partie basse, celle qui reçoit le plus d’eau. Le but, c’est d’étanchéifier, d’isoler, puis de remonter petit à petit. » La réfection d’aujourd’hui, d’une toiture datant de plusieurs décennies (on estime que la durée de vie d’une toiture en zinc se situe entre 50 et 100 ans), est aussi l’occasion d’ajouter des matériaux isolants. Un travail effectué par tous les temps et toute l’année. Au milieu de son explication, le chef de chantier prend le temps de glisser un petit conseil à son apprenti, Loïc, qui s’active à la pose d’ardoises, en équilibre et agenouillé le long de la toiture. Si le métier de couvreur est accessible via un CAP (couvreur, étancheur du bâtiment et des travaux publics) ou un Brevet professionnel, Loïc a fait le choix de rejoindre les Compagnons du devoir. Depuis ses 16 ans, il sillonne la France et apprend son métier de chantier en chantier. L’an prochain, pour conclure son tour et devenir un compagnon en étant reconnu par ses pairs, il réalisera son “chef-d’œuvre” : un moulin à vent avec un bardage en tuiles plates qui devrait lui demander entre 600 et 700 heures de travail. « Qu’il s’agisse de jeunes en apprentissage ou de compagnons du devoir, on forme toujours, la transmission est importante », affirme le chef de chantier.
Un métier manuel et technique
Rapidement, on comprend la technicité du métier, outils à la main. Démonter des tasseaux de zinc, découper et dimensionner des feuilles de zinc à la plieuse ou tailler l’ardoise… les gestes sont précis, rapides et efficaces. « Tout est travaillé sur place : les matériaux arrivent conditionnés en feuilles, le plus souvent de 2 mètres x 65 centimètres. Et on transforme tout à la plieuse parisienne selon les dimensions et les formes souhaitées », détaille Cédric. En effet, je constate que la plieuse est le point névralgique du chantier, où les couvreurs reviennent constamment pour préparer les éléments qui seront ensuite posés sur la toiture. « On y passe 90 % de notre temps », complète Ricardo, qui m’explique comment découper une feuille de zinc à l’aide d’une griffe, un outil pointu qui sert à tracer, puis creuser, un sillon pour découper la feuille. Ensuite, on me fait façonner cette même feuille à l’aide de la fameuse plieuse. À chaque étape, les couvreurs doivent respecter scrupuleusement les mesures préalablement réalisées : l’étanchéité des toits se joue au millimètre. Après le zinc, on m’initie à la taille de l’ardoise : les tuiles en ardoise sont toutes d’une taille standard, et il faut parfois les découper et les raboter. Pour cela, deux outils incontournables: le marteau – ou assette – et l’enclume. À l’aide du marteau, il s’agit de tailler l’ardoise dans la longueur de l’enclume sur laquelle elle est posée. « On dit qu’on est des couturiers du zinc, ajoute le chef de chantier. Et qu’il faut sept à dix ans de pratique pour réellement former un couvreur. »
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Travail d’équipe et pénibilité
Pour clôturer ma découverte des gestes de base du métier, Ricardo me montre la pose des tasseaux de zinc. Agenouillé dans la pente du toit, les genoux écartés contre les rebords, je fixe la feuille de zinc à la volige en bois en clouant une languette. En quelques minutes, j’ai déjà mal aux genoux : les gestes demandent un effort physique et un positionnement du corps usants. De même que le travail en extérieur et par tous les temps, qui peut induire des journées d’intempéries ou de températures extrêmes à supporter. Après 30 ans de carrière, Cédric a accumulé les pépins physiques et même les blessures : tendinites, maux de dos, déchirure du tendon de l’épaule, fissure du ménisque… « Cela fait partie des réalités du métier, confirme l’intéressé. Heureusement, la sécurité progresse et il y a moins d’accidents qu’avant. Je continue de travailler sur les chantiers parce que c’est un métier passion. Mais il ne faut pas mentir : c’est très physique, et les intempéries, le chaud, le froid, les charges lourdes et les positions peuvent casser un bonhomme. Pendant les canicules, le zinc est brûlant et je dois parfois laisser mes outils dans un seau d’eau pour qu’ils ne le soient pas aussi. » Parmi les évolutions positives en termes de sécurité, les échafaudages modernes et les monte-charges limitent les risques de chute et certains efforts. Les couvreurs sont aussi mieux équipés selon la tâche réalisée (casque, gants, lunettes de protection…).
La promesse de l’emploi
Une chose est certaine : les opportunités d’emploi, d’apprentissage et de reconversion ne manquent pas, et les compétences du couvreur-zingueur sont très recherchées. Le chef de chantier confirme : « Si vous avez les compétences qu’il faut, vous aurez du travail jusqu’à la fin de votre vie. Un couvreur qui est au chômage, j’ai envie de dire qu’il n’a pas envie de bosser. » Autre argument du métier : les perspectives d’évolution. Après une dizaine d’années sur le terrain, en tant que couvreur puis conducteur de travaux, Raphaël Matte, chargé d’affaires chez Riccoboni, a migré vers les bureaux et gagné en responsabilités grâce à la promotion interne. Cédric, lui, a fait le choix de rester sur les chantiers et proche du travail manuel. Il supervise son équipe de projet en projet et transmet son savoir-faire. Il nous propose même un plan de reconversion : « J’ai mon stylo juste ici, on peut signer un contrat d’apprenti tout de suite ! »
Photographies par Quentin Donval